Politique

« Françafrique », documentaire choc sur 50 ans de politique occulte

Valises de billets, barbouzeries ou coups d’Etat: le documentaire « Françafrique » (France 2) frappe fort pour décrire la politique occulte de la France depuis 50 ans en Afrique, où, selon de nombreux témoins interrogés, tout était permis afin que la source de pétrole ne se tarisse pas.

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Mis à jour le 1 décembre 2010 à 09:19

« Françafrique », documentaire choc sur 50 ans de politique occulte © AFP

En deux épisodes de 80 minutes (sortie en DVD anticipée le 2 décembre), le réalisateur Patrick Benquet, conseillé par Antoine Glaser journaliste spécialiste de l’Afrique, démonte les rouages du système « Françafrique », mis sur pied par Jacques Foccart juste après l’indépendance des colonies d’Afrique noire en 1960, à la demande du général de Gaulle.

Objectif: contrôler les dirigeants de ces pays, riches de matières premières vitales pour la France, en tout premier lieu le pétrole. Et en dehors de tout contrôle gouvernemental ou parlementaire, la raison d’Etat a justifié tous les coups, même les plus tordus.

« J’ai voulu montrer que de de Gaulle à Sarkozy, il y a une continuité, explique à l’AFP Patrick Benquet. Les gens connaissent un certain nombre de choses – le Biafra, les diamants de Bokassa, Bob Denard, l’affaire Elf. . . – mais ne font pas le lien. Tout cela s’inscrit pourtant dans une cohérence ».

Le documentaire donne la parole à des témoins clés. « Certains n’avaient jamais parlé et d’autres n’avaient jamais parlé comme ça », souligne le réalisateur.

Maurice Delaunay, ex-ambassadeur au Gabon, décédé depuis, décrit ainsi sans retenue les manoeuvres qui l’ont conduit à favoriser l’accession au pouvoir d’Omar Bongo ou, plus tard, la protection qu’il apporta au mercenaire Bob Denard après une tentative de coup d’Etat manqué au Bénin.

Albin Chalandon, PDG de Elf de 1977 à 1983, n’a pas davantage de scrupules à raconter comment il « arrosait » généreusement le financement des campagnes électorales des grands partis grâce aux énormes revenus générés par le pétrole africain.

« Pour les législatives de 1978 et les présidentielles de 1981, dit-il, cela fait 7 millions de francs, partagés à égalité au nom du principe d’impartialité d’une entreprise publique entre la gauche et la droite ».

Des pratiques qui ont perduré, assure ensuite Loïk Le Floch-Prigent, lui aussi président d’Elf (1989-1993), qui explique de surcroît qu’il a financé des guerres en Angola et au Congo Brazzaville afin de favoriser les desseins de sa compagnie!

Le film montre également comment le rapport de force s’est inversé: après avoir été faits et défaits par la France, les dirigeants africains ont pris le dessus. Ils font notamment jouer la concurrence avec Américains et Chinois pour l’exploitation des matières premières.

« L’Afrique, ce n’est pas la tasse de thé de Sarkozy, explique Patrick Benquet. Mais il doit effectuer des allers-retours afin de jouer les +VRP+ pour Bolloré, Bouygues ou Areva ».

Plus frappant encore, l’avocat Robert Bourgi, présenté comme le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour l’Afrique, ne fait pas mystère de l’influence qu’a eu Omar Bongo, disparu en 2009, sur la politique intérieure française.

« En 2002, au lendemain de la victoire de M. Chirac, raconte-t-il, avant que ne soit constitué le gouvernement, le président Chirac a dit: +Il serait bon, Robert, que vous présentiez au président Bongo les hommes de l’avenir+. On s’est retrouvé dans l’appartement de Bongo (à Paris, NDLR), il y avait François Fillon, Jean-François Copé, Pierre Bédier ».

« Il les a interrogés (. . . ), à la fin de l’entretien, il a pris son papier à lettres et couché les noms des élus. Il a dit: +Tu portes ça à Jacques+. Il y avait sept noms et parmi les sept, cinq sont devenus ministres du gouvernement Raffarin ». « Ca vous choque? », lui rétorque le réalisateur. « Non, ça m’amuse », répond Robert Bourgi en riant.