Politique

Côte d’Ivoire: l’UE décide des sanctions contre Laurent Gbagbo

L’Union européenne a accru la pression lundi sur le régime de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire en décidant de le sanctionner, via des restrictions de visas et un gel d’avoirs, face à son refus de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle.

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Mis à jour le 13 décembre 2010 à 18:34

Côte d’Ivoire: l’UE décide des sanctions contre Laurent Gbagbo © AFP

« Ces mesures incluront une interdiction de visas et un gel des avoirs », indique une déclaration adoptée lundi à Bruxelles par les ministres européens des Affaires étrangères.

Elle souligne que l’Union « a décidé d’adopter sans délai des mesures restrictives ciblées à l’encontre de ceux qui font obstruction aux processus de paix et de réconciliation nationale et en particulier menacent le bon aboutissement du processus électoral ».

« Elles cibleront notamment les responsables qui ont refusé de se placer sous l’autorité du Président démocratiquement élu, dont une première liste devrait être adoptée rapidement », ajoute encore le texte, dans une claire référence à Laurent Gbagbo et à son entourage.

L’UE promet aussi « de prendre des mesures en soutien des autorités démocratiquement élues » autour d’Alassane Outtara et invite sa chef de la diplomatie Catherine Ashton « à faire des propositions dans ce sens ».

Deux semaines après la présidentielle du 28 novembre, la Côte d’Ivoire reste plongée dans une crise institutionnelle sans précédent avec deux chefs d’Etat proclamés, le sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu par une communauté internationale quasi-unanime comme étant le président légitime.

Alassane Ouattara a été donné vainqueur par une Commission électorale indépendante (CEI) avec 54,1% des suffrages mais le Conseil constitutionnel, acquis à Laurent Gbagbo, a invalidé ces résultats et proclamé ce dernier président avec 51,45% des voix.

Pour l’UE, « à présent il s’agit d’envoyer un message politique: on veut sanctionner » le camp Gbagbo, a souligné un diplomate européen.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a souligné à Bruxelles qu’il était « important que la volonté de la population (ivoirienne) soit respectée » et affirmé que son pays était favorable à une « approche dure » à l’égard de Laurent Gbagbo et de son régime.

En plus des restrictions sur les visas ou le gel d’avoirs, l’UE a un levier important dans le domaine de la coopération.

L’aide au développement actuellement programmée par l’UE en faveur de la Côte d’Ivoire, sur plusieurs années, s’élève à 254,7 millions d’euros. Mais ce volet possible de sanctions, susceptible de pénaliser la population, ne devrait pas être utilisé dans l’immédiat.

Les Etats-Unis ont eux aussi brandi jeudi la menace de sanctions et l’Union africaine a suspendu la Côte d’Ivoire.

Isolé au plan international, Laurent Gbagbo a fait une ouverture en appelant à la « discussion ».

Mais, à la fois fort du très large soutien international et pour l’heure sans levier apparent pour exercer effectivement le pouvoir, le camp Ouattara ne paraît pas prêt à négocier avec le sortant, et vise le contrôle de l’appareil d’Etat.

La tension actuelle fait craindre une confrontation armée dans le pays, théâtre d’une quasi-guerre civile après le coup d’Etat manqué de septembre 2002, qui l’a coupé en un sud loyaliste et un nord tenu par l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN).

Des éléments armés des deux présidents proclamés se faisaient face lundi à Abidjan près de l’hôtel où est retranché le gouvernement Ouattara.