Politique

Laurent Gbagbo sous forte pression après les violences meurtrières d’Abidjan

L’ONU, l’Union européenne et la France ont fait monter la pression vendredi sur le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo, sommé de quitter très rapidement le pouvoir au lendemain de violences meurtrières à Abidjan contre les partisans de son rival Alassane Ouattara.

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Mis à jour le 17 décembre 2010 à 17:41

De onze à une trentaine de personnes, selon diverses sources, ont été tuées jeudi et au moins 80 blessées, essentiellement lorsque des sympathisants de Ouattara ont tenté de marcher sur la télévision d’Etat, la RTI.

Vendredi, les dirigeants de l’UE ont exhorté l’armée à « se placer sous l’autorité du président démocratiquement élu, Alassane Ouattara », reconnu par la communauté internationale comme le vainqueur de l’élection controversée du 28 novembre.

Pour Nicolas Sarkozy, président de l’ex-puissance coloniale française – qui compte encore 15. 000 ressortissants dans le pays -, Gbagbo doit partir « avant la fin de la semaine », sans quoi il figurera « nommément » ainsi que son épouse Simone sur la liste des personnes visées par des sanctions de l’UE.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a estimé que le maintien au pouvoir de Gbagbo conduirait à une « parodie de démocratie », mettant en garde contre toute attaque des troupes des Nations unies sur place (environ 10. 000 éléments).

Jeudi, les Etats-Unis avaient affirmé que le sortant disposait d’un « temps limité » pour s’en aller.

Dans ce contexte de durcissement, le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, tentait une médiation vendredi à Abidjan dans l’espoir d’éviter le pire à la Côte d’Ivoire, déchirée par une quasi-guerre civile en 2002-2003 et coupée en deux depuis lors.

Il a rencontré les deux rivaux, mais le plus grand secret entourait ces échanges.

L’UA avait aussi reconnu la victoire de Ouattara. Mais plutôt qu’une médiation, le Premier ministre kényan Raila Odinga, a suggéré le « recours à la force militaire » pour déloger Gbagbo.

Vendredi après-midi, dans Abidjan quadrillée par les forces fidèles à Gbagbo, les partisans de Ouattara ne se sont pas mobilisés, malgré l’appel à reprendre la marche sur la télévision d’Etat tentée jeudi.

« C’est trop dangeureux pour sortir », confiait à l’AFP un militant au Golf hôtel, QG de Ouattara. « La peur est là », disait un autre au siège de sa coalition, dans le même quartier chic de Cocody, qui abrite aussi la RTI.

Dans le quartier populaire et pro-Ouattara d’Abobo (nord), très calme alors qu’il avait été le théâtre d’importantes manifestations jeudi, des habitants s’étaient attroupés dans la matinée autour des corps de deux jeunes hommes tués d’une balle dans la tête, étendus sur la route, a constaté un journaliste de l’AFP.

Il n’avait pas été possible de savoir dans quelles circonstances ils avaient été tués.

Le quartier d’Adjamé (nord) offrait le même spectacle que celui de Yopougon (sud, fief de Gbagbo): patrouilles des forces de l’ordre partout, activité très réduite. A Treichville (sud), les rues se sont animées peu à peu, même si les commerces restaient fermés.

Le Premier ministre de Ouattara, le chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) Guillaume Soro, avait appelé jeudi la population à marcher de nouveau sur la RTI, symbole et atout majeur du camp Gbagbo, ainsi que sur le siège du gouvernement.

Mais les locaux de la RTI étaient cernés par un impressionnant déploiement d’au moins une centaine de gendarmes, militaires et policiers, avec un véhicule blindé garé à l’entrée.

Conséquence, les partisans de Ouattara n’avaient pas réussi à converger vers le grand bâtiment bleu, bloqués par les Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à Gbagbo, qui ont dans certains quartiers tiré sur la foule.

Le gouvernement Ouattara n’avait pu sortir du Golf hôtel et vendredi matin, les FDS tenaient toujours le barrage limitant l’accès à l’établissement que les FN n’avaient pas réussi faire sauter jeudi, malgré de violents échanges de tirs.

Mais une autre bataille cruciale se joue sur le terrain économique et financier, les pro-Ouattara visant une asphyxie progressive de l’adversaire. Le gouvernement Gbagbo a réagi vendredi en accusant Ouattara d’essayer de nommer des représentants au sein des organisations économiques ouest-africaines.