Politique

La CPI enquête sur des milliards présumés de Béchir à l’étranger

La Cour pénale internationale (CPI) a confirmé samedi enquêter sur des comptes à l’étranger du président soudanais Omar el-Béchir pouvant atteindre la somme totale de neuf milliards de dollars, des allégations aussitôt balayées d’un revers de main par les autorités à Khartoum.

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Mis à jour le 18 décembre 2010 à 17:38

« Nous avons différentes sources donnant des informations sur l’argent de Béchir, sur plusieurs comptes, entre plusieurs centaines de millions et neuf milliards » de dollars, a déclaré le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo dans un entretien à l’AFP.

« Ce sont des informations que nous essayons de confirmer, nous ne l’accusons pas », a précisé le procureur, dont le tribunal a délivré en mars 2009 un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l’humanité au Darfour (ouest du Soudan). Depuis juillet, le président soudanais est également soupçonné de génocide.

Selon un télégramme diplomatique américain, publié samedi par le quotidien britannique partenaire de WikiLeaks, The Guardian, M. Ocampo avait affirmé à des responsables américains en mars 2009, peu après l’émission du mandat d’arrêt contre el-Béchir, que le raïs soudanais avait détourné jusqu’à neuf milliards de dollars de la vente du pétrole soudanais.

« Ocampo a suggéré que s’il était révélé que Béchir ait caché de l’argent. . . cela pourrait retourner l’opinion publique soudanaise contre lui. Il passerait alors de croisé à voleur », souligne le télégramme diplomatique.

Le document assure que le groupe bancaire britannique Lloyds Banking Group « pourrait détenir l’argent ou savoir où il se trouve ». Or, la banque a formellement démenti.

« Nous ne disposons absolument d’aucun élément permettant de suggérer qu’il existe un lien quelconque entre Lloyds Banking Group et M. Béchir. La politique du groupe est de respecter les lois et réglementations de toutes les juridictions où nous opérons », a déclaré une porte-parole de Lloyds.

« La banque a plusieurs comptes officiels du gouvernement soudanais mais nous n’avons pas d’informations selon lesquelles elle aurait des comptes de M. Béchir lui-même », a expliqué M. Ocampo.

Interrogé sur les pays où se trouverait l’argent du président soudanais, il a répondu : « Je ne peux pas donner cette information ». Et à la question de savoir si cet argent provient de la vente du pétrole soudanais, le procureur a répondu: « Non, nous ne sommes sûrs de rien, nous n’accusons personne, nous enquêtons ».

Les autorités soudanaises ont balayé d’un revers de main samedi les allégations selon lesquelles Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en juin 1989 à la faveur d’un coup d’Etat soutenu par les islamistes, détient des comptes bien garnis à l’étranger.

« C’est le type de mensonge d’Ocampo, c’est un menteur. Il n’a aucune preuve. Je peux vous assurer que le président n’a aucun compte bancaire, à l’intérieur comme à l’étranger », a déclaré à l’AFP Rabie Abdul Atti, un haut responsable du parti du Congrès national (NCP) du président Béchir.

« Si Ocampo trouve un compte (du président Béchir) à l’étranger, qu’il garde alors l’argent pour lui », a ajouté ce responsable.

Cette affaire confirme que la Cour pénale internationale et son procureur « agissent d’une façon politique misérable », a renchéri dans un communiqué le ministère soudanais de l’Information.

Le président Omar el-Béchir avait lancé une vaste campagne populaire contre la CPI, tiré à boulets rouges sur l’Occident et expulsé 13 ONG internationales oeuvrant au Darfour, en réponse au mandat d’arrêt émis contre lui pour des crimes présumés au Darfour.

La guerre civile au Darfour, dans l’ouest du Soudan, a fait depuis sept ans 300. 000 morts selon les estimations de l’ONU, 10. 000 seulement d’après Khartoum, et 2,7 millions de déplacés.