Politique

Israël veut endiguer la vague d’immigration venue d’Afrique

Vika Duvinsky et ses parents sont parmi les derniers Israéliens à vivre à « Sing Sing », un quartier déshérité d’Eilat (sud d’Israël) qui doit son surnom au pénitencier américain. Presque tous les autres sont des immigrés africains.

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Mis à jour le 20 décembre 2010 à 09:30

Ce qui a commencé en 2006 par quelques infiltrations de clandestins s’est transformé depuis en un flux incontrôlé qui bouleverse l’aspect de cette station balnéaire au bord de la Mer Rouge ainsi que certains quartiers sud de Tel-Aviv, poussant les autorités israéliennes à ériger une barrière le long de la frontière avec l’Egypte et à bâtir un vaste centre de rétention.

L’afflux de ces immigrés, qu’ils viennent chercher du travail ou qu’ils fuient le Soudan ravagé par la guerre civile, les horreurs du Darfour ou le régime dictatorial en Erythrée, suscite des réactions mitigées en Israël.

« Je veux qu’ils quittent Israël. Ce n’est pas possible de se conduire comme ils le font! », s’exclame Vika, une adolescente israélienne de 14 ans, racontant notamment que les jeunes Africains se rassemblent le soir et lancent des réflexions obscènes aux passantes.

Quelque 35. 000 migrants africains se sont installés illégalement en Israël depuis quatre ans, selon le ministère de l’Intérieur.

Les Israéliens ne sont pas insensibles aux souffrances d’hommes et de femmes qui ont pris la route de l’exode en quête d’un pays d’accueil, réminiscence des épreuves des Juifs durant leur histoire.

Mais beaucoup, surtout dans les couches les plus pauvres, s’alarment de ces nouveaux venus qui débarquent dans leurs quartiers alors que les autorités brandissent l’épouvantail d’une invasion qui transformerait à long terme les Juifs en minorité dans leur pays.

« Au début nous étions prêts à les accueillir, dans le cadre d’un devoir humanitaire. Nous avons fait une erreur. De 500 au départ, ils sont aujourd’hui 10. 000 à Eilat », se plaint Nahoum Serai, chargé par la mairie du dossier des immigrés.

Selon lui, le fardeau est devenu insupportable pour Eilat, qui compte 60. 00O résidents.

La vague des clandestins « grossit et menace les emplois des Israéliens. Elle modifie le visage de l’Etat et nous devons la stopper », déclarait récemment le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans ce but, Israël a commencé récemment la construction d’une barrière de sécurité de 250 kilomètres le long de sa frontière avec l’Egypte afin de bloquer les principales voies d’infiltration du Sinaï.

Par ailleurs, le gouvernement de droite a approuvé fin novembre la création, près de la frontière égyptienne, d’un grand centre de rétention pour héberger des milliers de clandestins, en majorité des Africains.

La semaine dernière, 150 Soudanais entrés illégalement en Israël ont été rapatriés via un pays tiers à bord d’un charter.

Selon les autorités israéliennes, un nombre infime d’immigrés sont des réfugiés politiques, l’écrasante majorité partant pour des raisons économiques.

« La plupart des demandeurs d’asile viennent d’Erythrée et du Soudan. Ils ont le droit à une protection collective en vertu du droit international », plaide pour sa part Nirit Moscovich, porte-parole de l’Association israélienne des droits civiques (ACRI).

Israël et le Soudan n’ont pas de relations diplomatiques, de sorte que les autorités israéliennes ne peuvent rapatrier purement et simplement les clandestins.

« Je n’ai plus personne au Soudan, tous sont morts ou partis. Il ne me reste que mes enfants. J’ai tout perdu », se lamente Sumaya Hussein, la voisine de Vika.

A l’instar de milliers d’immigrés, elle a pris des risques considérables pour franchir la frontière. 85 immigrés ont été abattus par les garde-frontières égyptiens depuis 2007.