Politique

Côte d’Ivoire: les médias au coeur de la bataille entre Gbagbo et Ouattara

Le siège de la télévision publique à Abidjan, gardé par un déploiement massif de forces de l’ordre, en est le symbole: les médias sont au coeur de la bataille que se livrent Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara pour la présidence en Côte d’Ivoire.

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Mis à jour le 20 décembre 2010 à 17:59

La crise qui divise le pays depuis l’élection de novembre a pris une ampleur dramatique le 16 décembre avec une marche appelée par le camp Ouattara et réprimée dans le sang par les Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à Gbagbo. Les manifestants entendaient prendre le contrôle de la radio-télévision RTI.

La chaîne est l’une des places fortes du régime Gbagbo et, entre deux « telenovelas » sud-américaines, offre une tribune aux caciques et aux chantres, grands ou petits, du pouvoir.

Ces derniers jours, à l’heure du journal télévisé, les Ivoiriens ont pu voir à de multiples reprises le porte-parole des FDS, le colonel-major Hilaire Babri Gohourou, et celle du gouvernement Jacqueline Lohoues Oble, lire d’un air sévère des communiqués accusateurs contre l’ONU ou le camp Ouattara.

La RTI est actuellement un « média de guerre », relève un observateur de la scène politique ivoirienne.

Le nouveau ministre de la Communication de Gbagbo, Gnonzié Ouattara, le reconnaît à sa façon. « Nous faisons face à une agression, donc nous prenons des mesures exceptionnelles », explique-t-il à l’AFP, soulignant que la RTI a pour « mission » de « défendre les institutions et la Constitution » et d’ »aider à maintenir l’ordre public ».

Le rôle cardinal de la RTI n’a pas échappé à l’Union européenne, qui a placé lundi le directeur général de la chaîne, Pierre Brou Amessan, parmi les 19 personnes ciblées par ses sanctions.

Face au pouvoir de la RTI, le camp Ouattara, confiné au Golf hôtel d’Abidjan, a lancé une radio pirate. La fréquence n’est pas parfaitement audible, mais suffisamment pour qu’on puisse entendre discours du Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, réquisitoires contre Gbagbo et chansons à la gloire du « président Alassane Dramane Ouattara ».

L’instance de régulation, le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA), a protesté, mais ne semble pas en mesure pour l’heure de stopper l’émission.

Le CNCA – dont le chef, Franck Anderson Kouassi, est aussi frappé par les sanctions de l’UE – avait marqué les esprits au commencement de la crise en interdisant la diffusion des chaînes d’informations étrangères comme France 24, ainsi que de la radio RFI.

Malgré cette suspension, ces chaînes, ainsi que d’autres médias étrangers, continuent de couvrir l’actualité ivoirienne. Mais, alors que la tension monte entre le camp Gbagbo et la communauté internationale qui le pousse vers la sortie, leur travail est délicat.

Lors de la marche de jeudi et dans les jours qui ont suivi, des journalistes étrangers, de télévision notamment, ont été durement pris à partie par des membres des forces de l’ordre.

Dans ce climat, les médias étrangers optent pour la prudence, restreignant leurs déplacements.

« On dit à notre direction à Paris ce qu’on fait, notre trajet, avec qui on se déplace », raconte un journaliste français. « C’est un peu lourd ».

Mais le bras-de-fer entre les camps Gbagbo et Ouattara passe aussi par la presse écrite ivoirienne, notoirement partisane et abonnée aux attaques.

Vendredi et samedi, plusieurs journaux pro-Ouattara avaient été empêchés de paraître par des éléments de l’armée. L’initiative paraît avoir été spontanée et les quotidiens ont pu reparaître lundi.