Politique

Le voyagiste Point Afrique jette l’éponge dans la région du Sahel

Le voyagiste Point Afrique jette l'éponge dans la région du Sahel © AFP

"Aqmi a gagné la première manche. La peur s'est installée": faute de clients, Point Afrique, le principal organisateur français de voyages dans le Sahel jette l'éponge et arrête ses deux derniers vols dans la région, après la mort des deux Français tués au Niger.

« J’arrête tout: Atar en Mauritanie et Mopti (Mali) bientôt », a déclaré à l’AFP Maurice Freund, président de Point Afrique.

Par effet de contagion, il « reporte aussi le lancement en février de sa destination Tchad, pays où pourtant il n’y a pas Aqmi » (Al-Qaïda au Maghreb islamique, nldr).

« Il fallait le faire car on a passé un cran supplémentaire » dans l’insécurité, a-t-il ajouté. « Aqmi a gagné la première manche, la peur s’est installée », a-t-il lâché.

« Soyons clairs, il n’y avait plus de clients », a expliqué à l’AFP Gérard Guerrier, patron d’un tour-opérateurs spécialisé Allibert Trekking, par ailleurs membre fondateur de l?association Agir pour un tourisme responsable (ATR).

Le 9 janvier par exemple, Point Afrique ne transportait que 9 personnes entre Paris et Atar qui dessert la région de l’Adrar, principale région touristique de la Mauritanie, dans le Nord, contre « 200 entre Noël et le Jour de l’An », selon M. Freund.

Même chose pour Mopti (Mali) qui dessert le pays Dogon. « Je maintiens les vols jusqu’au 23 janvier pour assurer le retour des vacanciers. Il y a 80 personnes par vol là où l’équilibre financier est à 120 avec un avion qui me coûte 70. 000 euros », a ajouté le patron de Point Afrique, défenseur d’un tourisme responsable.

Mardi, le ministère des Affaires étrangères a mis en garde les voyagistes contre le tourisme au Sahel où plus aucune zone, que ce soit au Mali, en Mauritanie ou au Niger, n’est considérée comme sûre et où il est recommandé de ne pas se rendre « sauf raison impérative ».

Le Premier ministre François Fillon est monté au créneau en rappelant aux tour-opérateurs leur « responsabilité personnelle » et les enjoignant à un strict respect des consignes de sécurité.

Point Afrique, a rétorqué son patron, a déjà pris ses responsabilités fin septembre en supprimant six des sept destinations proposées avant dans le Sahel (trois dans le sud algérien, une dans le nord du Niger, dans le nord du Mali et dans le nord de la Mauritanie) après l’enlèvement par Aqmi de sept personnes (cinq Français, un Malgache et un Togolais) à Arlit (Niger).

« On ne voulait pas et on ne veut toujours pas être un fournisseur d’otages », déclare-t-il.

En dehors des compagnies régulières, Point Afrique est le seul affréteur de la région. Outre l’aérien, il revend des places à l’ensemble des tour-opérateurs qui desservent la région et il organise lui-même des circuits.

Avant les enlèvements, entre 40. 000 et 50. 000 touristes se rendaient dans la région sahélo-saharienne.

Pour Point Afrique comme Allibert Trekking et d’autres tour-opérateurs spécialisés, le tourisme dans la région permet aussi de faire vivre des familles entières dans des zones où Aqmi justement étend son influence.

Courant novembre, avec d’autres tour-opérateurs, ils s’étaient rendus en Mauritanie pour discuter avec les autorités afin de rouvrir Atar, ce qui avait été fait fin décembre.

Mardi, M. Guerrier reste persuadé que le désert de l’Adrar « ne risque absolument rien, mais si les gens ne veulent pas y aller, on ne va pas les forcer ». Mais « c’est dramatique pour les gens (de la région), cela fait mal au coeur », conclut-il.

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