Politique

Tunisie: répercussions dans le monde arabe, mais « effet domino » incertain

Les événements de Tunisie se répercutent dans plusieurs pays arabes, inspirant des manifestations sociales et des revendications politiques, mais un « effet domino » à court terme sur d’autres régimes de la région reste incertain, estiment des spécialistes.

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Mis à jour le 20 janvier 2011 à 15:19

Tunisie: répercussions dans le monde arabe, mais « effet domino » incertain © AFP

Du sultanat d’Oman à la Jordanie, en passant par le Soudan et l’Egypte, le renversement il y a une semaine du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a fourni slogans et arguments à nombre d’opposants et syndicalistes, ou à l’homme de la rue.

Pour Rabab el-Mahdi, professeur de sciences politiques à l’université américaine du Caire (AUC), la révolte populaire tunisienne « aura des répercussions sur la mémoire collective des peuples de la région » et va leur « donner confiance en eux-mêmes ».

Mais elle ne s’attend pas à ce que que cela « ait un impact à court terme, ou soit contagieux de manière directe » car « les mêmes ingrédients ne donnent pas nécessairement le même résultat » et « la Tunisie était un exemple extrême de dictature ».

Les répercussions du soulèvement tunisien sont de fait très contrastées.

En Jordanie, une manifestation doit encore avoir lieu vendredi, après des rassemblements anti-gouvernementaux ces derniers jours pour protester contre le chômage et l’inflation.

A Mascate, une manifestation contre la vie chère a rassemblé quelque 200 Omanais lundi, un défilé modeste mais rare pour une monarchie du Golfe.

Au Soudan, l’opposition a appelé à la « fin du régime totalitaire » du président Omar el-Béchir, invoquant le précédent tunisien.

En Algérie, en Egypte et en Mauritanie, des individus se sont immolés par le feu, reproduisant de manière spectaculaire le geste du jeune Tunisien qui avait déclenché la révolte mi-décembre.

Au Yémen, l’exemple tunisien a inspiré des rassemblements étudiants, mais aussi des manifestations du Mouvement sudiste, qui réclame la sécession du sud du pays.

Le Maroc n’a de son côté pas enregistré de manifestation particulière liée à la situation tunisienne. Rabat vient toutefois, à l’instar d’autres pays de la région, de lancer des appels d’offre pour l’achat d’importantes quantités de céréales, afin d’éviter des pénuries pesant sur le climat social.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, l’Egyptien Amr Moussa, a fait sensation mercredi en déclarant que « les citoyens arabes sont dans un état de colère et de frustration sans précédent ».

Le rapport 2010 de l’ONU sur les « objectifs du millénaire pour le développement », confirme que les racines du malaise sont profondes, malgré les progrès économiques de nombreux pays ou l’opulence des pétromonarchies du Golfe.

Le document fait état d’un taux de chômage de 12% en moyenne dans cette région sur la période 2005-2008, atteignant 30% chez les jeunes. Il parle de « graves préoccupations » concernant l’impact de hausses des prix alimentaires, également en cause dans les manifestations récentes qui ont touché plusieurs pays arabes.

Amr al-Chobaki, du centre d’études politique al-Ahram du Caire, souligne toutefois qu’en Egypte par exemple, le fait que le régime, contrairement à la Tunisie de Ben Ali, tolère certaines manifestations et laisse une marge aux médias, « atténue les risques de voir une révolution ».

Pour Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes de Paris, l’impact des événements de Tunisie dépendra beaucoup de l’évolution de ce pays.

« Si la phase de transition en Tunisie se passe bien, cela produira un exemple à suivre. Par contre si le pays tombe dans le chaos, les régimes en place ailleurs dans la région s’en serviront pour présenter cette expérience comme un repoussoir », souligne-t-il.