Politique

Abidjan: à Yopougon, l’ancien bastion de miliciens, la vie revient peu à peu

Abidjan: à Yopougon, l'ancien bastion de miliciens, la vie revient peu à peu

Abidjan: à Yopougon, l'ancien bastion de miliciens, la vie revient peu à peu © AFP

Dans les rues écrasées de chaleur, des balayeuses s’affairent, les taxis roulent, des échoppes ont rouvert: la vie reprend lentement dans le quartier de Yopougon à Abidjan, l’ancien bastion des miliciens pro-Gbagbo contrôlé depuis dix jours par les forces pro-Ouattara.

Sur un bout de trottoir, Michelle vend des crèmes défrisantes pour les cheveux et éclaircissantes pour la peau. Pots et tubes sont bien alignés sur cinq petites étagères, mais les acheteurs se font rares.

« On a ouvert à partir de lundi. Pour le moment les clients viennent un peu mais pas trop comme avant », explique la vendeuse.

Yopougon, immense quartier populaire d’un million d’habitants dans l’ouest d’Abidjan, a résonné de tirs à l’arme lourde jusqu’au 4 mai, trois semaines après l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril.

Des miliciens et mercenaires libériens, fidèles à l’ancien président ivoirien, refusaient de déposer les armes et s’affrontaient aux Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) du nouveau chef d’Etat Alassane Ouattara.

Les habitants qui n’avaient pas fui restaient terrés chez eux.

« On ne sortait qu’une heure tôt le matin. Les tirs commençaient vers 10H00 et duraient jusqu’au soir. On avait peur », raconte Simon-Pierre Pona, vigile d’une agence bancaire attaquée et pillée le 18 avril par des miliciens et des jeunes du quartier « qui en ont profité ».

« Les miliciens nous contrôlaient, demandaient de quelle ethnie ou de quel camp on était. C’était aussi dur pour trouver de quoi vivre, il fallait marcher 3-4 km pour acheter de la nourriture », se souvient-il, en montrant l’arrière totalement éventré du distributeur de billets de la banque.

Après le 4 mai, la Croix-Rouge a ramassé des dizaines de cadavres dans le quartier, et l’ONU a fait état lundi de la découverte de dix fosses communes renfermant près de 70 corps.

Dans plusieurs rues, des petits groupes de femmes en pagne, foulard sur la tête et le visage, balayent dans un nuage de poussière les trottoirs et la chausée. Rien n’a été nettoyé depuis des semaines, « il faut rendre la commune propre », lance l’une d’elles.

Quasi-absent il y a encore une semaine, les taxis circulent à nouveau, signe d’un retour progressif à la normale, alors qu’au centre d’Abidjan les habituels embouteillages sont réapparus depuis plusieurs jours.

Alassane Diakité ne travaillait plus depuis deux mois et a repris aussi depuis lundi. Mais son garage a été incendié et pillé, et la vingtaine de voitures qu’il avait en réparation ne sont plus que des carcasses calcinées.

Il emploie normalement une trentaine de personnes, en majorité des adolescents en formation. « Si l’Etat ne nous aide pas, ces enfants finiront dans la rue et deviendront délinquants. C’est très dur », explique-t-il.

Dans la rue Princesse, réputée pour ses « maquis » (restaurants), bar et boite de nuit et sa vie nocturne, David Kaoudio a le sourire. Lui aussi a été pillé mais vendredi soir il a pu rouvrir son grand bar. « Les lieux de la nuit sont de retour », assure-t-il.

Dans certaines zones du quartier, la sécurité est loin d’être totale. Il y a toujours des pillages, et la présence de barrages des FRCI, avec des hommes armés en uniformes disparates qui arrêtent les voitures et fouillent les coffres à la recherche d’armes, n’est pas fait pour rassurer.

Sur une route, une famille pousse trois chariots remplis de vêtements, meubles et ustensils de cuisine.

L’homme le plus âgé explique qu’ils vont dans une zone plus calme en raison des pillages. Mais, selon le plus jeune, quand les FRCI fouillent des groupes de maisons, s’ils trouvent des treillis ou des munitions abandonnés par les miliciens, ils suspectent les occupants de maisons alentours et peuvent les arrêter.

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte