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Algérie: tentative de relance de la société civile, l’opposition critique

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Mis à jour le 14 juin 2011 à 15:15

Algérie: tentative de relance de la société civile, l’opposition critique © AFP

Des assises inédites de la société civile algérienne destinées à relancer les activités des organisations sociales et syndicales se sont ouvertes mardi à Alger en l’absence d’associations de l’opposition qui y voient une tentative de récupération de la contestation du régime.

Voulus par le président Abdelaziz Bouteflika, ces travaux de trois jours en présence de plus d’un millier de délégués de divers horizons au Palais des Nations sont largement ouverts, selon Mustapha Mekidèche, vice-président des organisateurs de l’événement, le Conseil national économique et social (CNES), un organe consultatif.

« Je considère ces assises comme une forme de printemps arabe », qui a vu des peuples arabes renverser leurs dirigeants, a estimé le président du CNES Mohamed-Seghir Babès. « La société doit exprimer à haute voix ses préoccupations », a-t-il ajouté.

« L’objectif de ces premiers états généraux de la société civile est de restituer la parole aux associations et aux syndicats, reconnus, formels ou non formels, et leur donner un espace de discussions, un espace de libération de la parole », a précisé M. Mekidèche.

Il a appelé à « des consensus minima, sur un certain nombre de problématiques lourdes que traverse le pays que ce soit l’économique ou le social », dans une conjoncture arabe marquée par une effervescence politique et sociale.

« Le compromis politique n?est pas notre couloir », a cependant souligné M. Mekidèche.

Le philosophe algérien et expert du dialogue des cultures et des religions Mustapha Cherif a déclaré à l’AFP que « la diversité dans la société civile était un trésor et ces assises une opportunité pour exprimer et échanger les opinions ».

En revanche, les organisations de la société civile de l’opposition ont émis des doutes sur leur crédibilité, accusant leur organisateur, le CNES, d’être un porte-voix du pouvoir.

La Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH), le syndicat autonome du personnel de l’administration publique (Snapap) -qui n’a pas été invité et représente pourtant des milliers de fonctionnaires- et trois autres organisation de la société civile ont rejeté cette démarche.

Elle n’est, selon un communiqué publié lundi à l’issue d’une réunion conjointe, qu’un moyen de gagner du temps et « d’absorber la contestation pour contourner l’exigence de changement exprimée par la société ».

Pour ces organisations, le principal rôle des représentants de la société civile est d’être « une force autonome de contestation, de proposition et de médiation d’une façon permanente, et non pas conjoncturelle à travers des rencontres-alibis de salons ».

Selon un ancien consultant au CNES, Abderahmane Mebtoul, « les interlocuteurs privilégiés et souvent uniques du pouvoir algérien sont des organisations civiles appendices du pouvoir et se trouvant à la périphérie des partis » de l’Alliance présidentielle tripartite (Front de Libération Nationale, Rassemblement National Démocratique et Mouvement pour la Société et la Paix).

« Les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente » pétrolière, a-t-il dit à l’AFP.