Politique

Côte d’Ivoire : Venance Konan, un « journaliste critique » au côté de Ouattara

Côte d'Ivoire : Venance Konan, un "journaliste critique" au côté de Ouattara

Côte d'Ivoire : Venance Konan, un "journaliste critique" au côté de Ouattara © AFP

Le président ivoirien Alassane Ouattara, qui venait de le nommer à la tête du quotidien d’Etat, le salua d’un « Monsieur le journaliste critique ». Après avoir pourfendu Laurent Gbagbo, Venance Konan accompagne le nouveau pouvoir, mais en tâchant de préserver sa liberté.

Ce journaliste de 52 ans a pris fin avril les rênes de Fraternité-Matin, qui fut un virulent relais des partisans de l’ex-président Gbagbo contre les « rebelles » pro-Ouattara et leurs alliés durant la sanglante crise post-électorale de décembre 2010-avril 2011.

« J’ai dit à la rédaction: +on va essayer de faire du journalisme, laisser nos convictions de côté, faire un journal où tous les Ivoiriens se reconnaissent+ », raconte-t-il à l’AFP.

Venance Konan avait quitté « FratMat » en 2006 après sa reprise en main par le pouvoir. Il s’était dans la foulée imposé dans d?autres journaux en procureur implacable du régime Gbagbo: « jeunes patriotes » à machette, évangélistes en costume de marque, ministres roulant carrosse, cette fine lame n’épargna personne et surtout pas « Laurent », son meilleur ennemi, opposant admiré, devenu président honni.

A ses risques et périls: en janvier dernier, quand la crise s’installe dans la durée et la violence, des militaires passent à Abidjan à un domicile que le journaliste n’habitait plus, raconte-t-il, perdant un instant son éternel sourire amusé.

Quelques jours plus tard, il est exfiltré par les Français et se retrouve à Paris. Il court les plateaux de télévision et multiplie les interventions dans la presse française. Durant ces mois de « folie furieuse », « il fallait contrecarrer la propagande de Gbagbo », explique-t-il.

Ironie de l’histoire: le voilà couronné à « FratMat » par le même Alassane Ouattara qu’il attaqua dans les années 1990. Avec les laudateurs du président de l’époque Henri Konan Bédié (1993-1999), il entonnait le refrain de l’ »ivoirité », concept nationaliste destiné à écarter M. Ouattara, décrit comme un « étranger » par ses adversaires d?alors.

Sans faux-fuyants, Venance Konan finira par renier ces « conneries » qui ont mis le feu à cette terre d’immigration.

Fan des Rolling Stones

Alors que le consternent la presse ivoirienne, ses partis pris, ses rumeurs farfelues et ses articles de complaisance, il répète son ambition comme un mantra: « faire de Fraternité-Matin le plus grand journal d’Afrique ».

Ses troupes ne sont pas au niveau? Le docteur en droit mué en patron de 320 employés rêve de créer une école de journalisme, « pour assurer la relève ».

En attendant, ce fan des Rolling Stones et du romancier américain Jack Kerouac découvre, aux commandes d’un journal aux finances flageolantes, les grandeurs et les servitudes du « DG » (directeur général), comme on l’appelle du matin au soir.

Chauffeur, garde du corps, ministres qui vous font la cour, hommes d’affaires pressés de vous couvrir de « cadeaux »: « je suis important dans ce pays! », plaisante ce père de deux enfants.

Mais dans les médias d’Etat, on ne badine pas avec « Son Excellence Monsieur le président de la République ». Le patron de la télévision publique en a fait les frais récemment, débarqué car aucune équipe n’était à l’aéroport pour couvrir le retour de M. Ouattara d’une visite aux Etats-Unis.

« Fini le laxisme », commente Venance Konan sans broncher. Qui assume sa propre position: « nous sommes le journal du gouvernement ».

Il sourit quand la presse pro-Gbagbo l’accuse de déverser sa « haine » sur les vaincus, et récuse toute « pression » du pouvoir.

Et celui qui est aussi un romancier caustique (« Robert et les Catapila ») et un commentateur percutant (« Chroniques afro-sarcastiques », publié cette année) souligne que ses éditoriaux ne ménagent pas la nouvelle armée mise en place par M. Ouattara, ces Forces républicaines (FRCI) dont les exactions font une bonne part de la réputation.

Quant à l’écrivain ivoirien Tiburce Koffi, il ne craint pas que son vieil ami ruine dans cette aventure son crédit d?esprit libre: « quand il ne sera pas d’accord, il dira non et il partira ».

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