Politique

Centrafrique : l’ultimatum de l’ex-Séléka après la destitution de Karim Meckassoua

Une manifestante proteste le 23 octobre 2018 devant la force de l'ONU (Minusca) à propos de la destitution d'Abdou Karim Meckassoua, président de l'Assemblée de Centrafrique. © FLORENT VERGNES / AFP

L'ex-Séléka a donné samedi un ultimatum de 48 heures aux représentants de l'État centrafricain pour quitter les zones du pays sous son contrôle, a déclaré l'un de ses leaders, au lendemain de la destitution du président de l'Assemblée nationale.

« Les représentants de l’État en poste dans les zones occupées par les groupes armés de l’ex-Séléka ont 48 heures pour partir de ces zones », a déclaré au téléphone à l’AFP Abdoulaye Hissene, leader de l’ex-Séléka et actuel président du Conseil national de défense et de sécurité (CNDS), une formation militaire regroupant différents groupes armés de l’ex-Séléka.

Vendredi soir, le président de l’Assemblée, Karim Meckassoua, a été destitué par les députés centrafricains.

Karim Meckassoua est le député du troisième arrondissement de la capitale, Bangui, qui comprend le PK5, le quartier abritant la majorité des musulmans de Bangui.

Sa destitution est « illégale », a dit Abdoulaye Hissène à l’AFP, ajoutant qu’il « n’a commis aucune faute grave qui justifie qu’il soit destitué par ses pairs ».

« Pour nous, c’est parce qu’il est tout simplement musulman », a-t-il ajouté.

« Ils sont en train de vouloir en faire une affaire ‘musulmans/chrétien’ alors que c’est de l’intérêt politique pur », estime de son côté une source proche du Parlement.

« Ceux qui ont entamé la procédure de destitution ont évoqué des problèmes de gestion. À aucun moment la question confessionnelle n’a été évoquée », a réagi samedi Ange-Maxime Kazagui, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. « La démocratie a joué son rôle à l’Assemblée, nous déplorons que certains saisissent cette opportunité pour remettre en cause le dialogue et la cohésion sociale ».

Après le déferlement de haine entre rebelles de la coalition Séléka à dominante musulmane et groupes antibalaka prétendant défendre les chrétiens du Sud à partir de 2013, l’élection de Karim Meckassoua au perchoir en 2016 était apparue comme un symbole de réconciliation en Centrafrique, dirigée par un chrétien, Faustin-Archange Touadéra.

Mais dans ce pays où l’influence politique reste en partie communautaire, les relations entre les deux hommes n’ont jamais été bonnes.

Mardi, plus de 400 personnes, dont de nombreux habitants du PK5, avaient manifesté depuis leur secteur jusqu’au quartier général de la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca, 13.000 Casques bleus), pour protester contre cette procédure.

« S’il y a la destitution du président de l’Assemblée, je vous assure qu’il y aura la crise totale dans le pays », avait déclaré Moussa, un manifestant.

Des tirs épars et qui ont cessé après quelques minutes avaient été entendus vendredi soir au PK5.

D’autres tirs sporadiques ont été entendus vendredi dans la soirée à Bria et Bambari, deux villes où sont présents des groupes armés liés au CNDS, selon l’ONU, sans qu’un lien clair puisse être établi avec la destitution de Karim Meckassoua.

Un check-point de la Minusca situé sur l’axe Bambari-Alindao a également été la cible de tirs qui n’ont pas fait de victimes vendredi soir, selon la mission onusienne.

En Centrafrique, l’État ne contrôle qu’une petite partie du territoire : depuis 2013, la quasi-totalité de celui-ci vit sous la coupe de groupes armés, dans un pays de 4,5 millions d’habitants classé parmi les plus pauvres au monde mais riche en diamants, or et uranium.

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