Politique

Tunisie: les salafistes, mouvance très minoritaire mais déterminée à peser

| Par AFP
Tunisie: les salafistes, mouvance très minoritaire mais déterminée à peser

Tunisie: les salafistes, mouvance très minoritaire mais déterminée à peser © AFP

Barbes et tuniques, ils sont de nouveau visibles dans la rue: les salafistes, mouvance très minoritaire de l’islam tunisien, donnent de la voix à la faveur du bouillonnement révolutionnaire et voudraient imposer leur marque à une société très largement sécularisée.

Pour les chercheurs, ces partisans d’un islam rigoriste, qui prône une application littérale de la charia (loi islamique), profitent surtout d’un effet d’aubaine.

« Ils sont dans la réaction plutôt que dans l’action. C’est pourquoi on les voir ressurgir en période électorale », analyse Alaya Allami, spécialiste des mouvements islamistes au Maghreb, à moins de 15 jours des premières élections de l’après-Ben Ali.

« Ils profitent de la liberté offerte par la révolution pour tenter d’imposer leur norme à la société », renchérit l’historien Fayçal Chérif.

Cette intrusion dans l’espace public se traduit par des confrontations plus ou moins violentes.

A Sousse (est), quelque 200 islamistes ont envahi l’université la semaine dernière après le refus d’inscription d’une femme vêtue d’un niqab.

Dernier incident à Tunis: la tentative d’attaque le 9 octobre de la chaîne privée Nessma, après la diffusion d’un film contenant une séquence représentant Dieu sous les traits d’un vieillard barbu.

Pour Fayçal Chérif, ces incidents ne sont pas tous de même nature: « A Sousse, il y a eu une volonté de passage en force, typique d’un activisme salafiste. En revanche, l’affaire de Nessma a touché tous les musulmans, car en islam, on ne représente pas Dieu ».

L’émergence du salafisme en tant que mouvement date de la fin des années 1980, explique M. Allami. « Ils sont été mis en cause dans deux épisodes violents, l’attentat contre la synagogue de Djerba (sud) en 2002 (21 morts) et la fusillade de Soliman (banlieue de Tunis) début 2007 (14 morts). « 

Mais ils restent selon lui « extrêmement minoritaires », divisés et peu organisés. « Plus de 1. 500 d’entre eux ont été arrêtés et jugés depuis 2007. Aujourd’hui, on estime les salafistes à 200 maximum, âgés de de 20 à 30 ans, et à entre 5 et 7. 000 le nombre de leurs sympathisants », affirme-t-il.

Il distingue deux grandes tendances: « ceux qui se réclament d’un islam apolitique, conservateur et non violent, comme c’est le cas de Hizb At-Tahrir. Et ceux, plus minoritaires encore, qui se réclament du djihadisme, d’une prédication de combat ».

Poussée de fièvre salafiste

Seul mouvement appelant ouvertement à « la restauration du califat » islamique, Hizb At-Tahrir n’a pas obtenu sa légalisation après le 14 janvier.

« Le Hizb n’a pas été légalisé parce qu’il ne joue pas le jeu démocratique, comme l’a au contraire affiché Ennahda (le principal parti islamiste, donné favori pour le scrutin du 23 octobre) », explique Fayçal Chérif.

Pour ces historiens, la poussée de fièvre salafiste heurte une relation généralement apaisée à la pratique religieuse.

« Les Tunisiens pratiquent dans leur immense majorité un islam sunnite modéré. Très tôt, la Tunisie s’est distinguée: en 1803, les oulémas tunisiens ont refusé d’adhérer au wahhabisme, alors que l’Arabie saoudite avait sollicité ce ralliement dans une lettre au Bey de Tunis », rappelle Alaya Allami.

Pour l’islamologue Amel Grami, les salafistes sont d’autant plus « en quête de visibilité » qu’ils « ne sont pas des acteurs de la vie politique ».

« Ils profitent de la fragilité du gouvernement intérimaire, de l’impatience de la jeunesse et du manque de courage des grands partis politiques qui ne prennent pas clairement position sur la liberté religieuse », explique-t-elle.

« Les islamistes en général ont imposé un débat sur l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, obligeant même les partis les plus modernistes à s’y référer, parce qu’aucune formation n’est capable de formuler un projet de société qui garantisse la sauvegarde des minorités », analyse-t-elle.

Va-t-on alors voir l’émergence d’une nouvelle force, avec un risque de basculement dans la violence?

Pour Alaya Allami, le risque est faible en Tunisie, où « il peut exister des rencontres opportunistes entre des salafistes locaux et des membres d’Al-Qaïda », mais où « la réussite du processus électoral devrait marginaliser les courants djihadistes violents ».

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