Elections

Gabon : les législatives boycottées par Jean Ping

Le président gabonais Ali Bongo vote aux législatives et municipales à Libreville, le 6 octobre 2018. © Joel TATOU / AFP

Les Gabonais participaient samedi dans le calme à des législatives et municipales boycottées par l'opposant Jean Ping qui se proclame toujours "président élu", deux ans après la victoire du président Ali Bongo Ondimba à la présidentielle, marquée par la violence et la contestation.

Ces législatives et municipales, reportées trois fois, sont les premières élections nationales depuis les violences meurtrières de la présidentielle de 2016, liées à la victoire du président Ali Bongo face à Jean Ping.

« Comme tout Gabonais, je viens accomplir mon devoir civique, tout ce que je souhaite c’est que tout se déroule dans de bonnes conditions », a déclaré M. Bongo après avoir voté à Libreville.

Au pouvoir depuis 2009, il a succédé à son père Omar Bongo Ondimba, décédé cette année-là après avoir dirigé le Gabon depuis 1967.

À Libreville, par un temps maussade, Stanislas Bidoubi, un commerçant de 53 ans, a affirmé qu’il votait pour un parti d’opposition. « Je veux qu’il y ait l’alternance dans mon pays », dit-il.

« Je vote pour le parti au pouvoir, car aujourd’hui il y a des réformes qui font mal, mais c’est pour le bien de la population », explique Rodrigue Taika, un fonctionnaire de 34 ans, en référence à de récentes mesures d’austérité.

Alors que le taux de participation est généralement bas aux élections gabonaises, des files d’attentes se sont formées dans des bureaux visités par l’AFP, notamment en centre-ville.

Même si « dans tous les votes en Afrique il y a des ‘trucages’, en tant que citoyenne gabonaise, je préfère aller voter », dit Rainatou Wagne, 52 ans, commerçante. « Je n’ai jamais manqué une élection », affirme-t-elle.

Sur les réseaux sociaux, des Gabonais ont fait part de leur grand scepticisme quant à ces élections auxquelles ils n’entendent pas participer.

« Je n’irai pas voter car le processus électoral est biaisé, les dés sont pipés », écrit ainsi Samy Maghoumbou, enseignant, sur Whatsapp. « On sait déjà qui a gagné d’avance, donc ça ne sert à rien de faire semblant », ajoute-t-il.

Face a une opposition divisée, le Parti démocratique gabonais (PDG) du président Bongo Ondimba, part favori.

Parti « revitalisé »

Rose-Christiane Ossouka Raponda, maire de Libreville et candidate du PDG, affirme que dans ce parti, « tout a été régénéré, revitalisé, et c’est cet engouement là qui fait que le PDG reste le plus solide, le plus puissant, le plus fort de notre pays ».

Premier parti gabonais, le PDG rassemble plus de 2.000 adhérents et bénéficie de ses connexions dans l’administration et il lui arrive de mobiliser les moyens de l’Etat en sa faveur.

Jean Ping, rival malheureux d’Ali Bongo à la présidentielle de 2016, n’a jamais reconnu sa réélection qualifiée de « frauduleuse » et se proclame toujours « président élu ». Très discret depuis sa défaite, il a décidé de boycotter le vote de samedi.

Mais une majorité d’opposants et leurs partis ont décidé d’y participer. Parmi eux, certains sont membres de partis d’opposition présents au gouvernement, d’autres sont d’ex-caciques du PDG, passés dans l’opposition.

Des candidats d’opposition ont dénoncé dès samedi des irrégularités, comme l’absence de listes d’émargement dans des bureaux, l’accès refusé à leurs représentants, « l’achat » de votes.

Dans la province du Haut Ogooué, fief de la famille Bongo, trois candidats d’opposition ont préféré se retirer de la course après avoir, affirment-ils, constaté des irrégularités.

« Les processus électoraux sont toujours biaisés » au Gabon, selon le politologue gabonais Wilson Andre Ndombet. La fraude « multiple » va de « l’achat des membres des bureaux de vote au bourrage des urnes », plutôt « en faveur du pouvoir ».

Les 680.000 électeurs appelés à voter doivent désigner leurs 143 représentants à l’Assemblée nationale, ainsi que dans les assemblées des villes et provinces.

Ces élections sont organisées par le Centre gabonais des élections (CGE) et observées par une mission de l’Union africaine (UA).

Les premiers résultats doivent être envoyés dès samedi soir au CGE pour une proclamation définitive dans les prochains jours.

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