Politique

Des réfugiés du Darfour se voient offrir le match de leur vie… en Irak

Des réfugiés du Darfour, vivant dans dix camps à travers le Tchad, ont réussi la gageure de former en deux mois une équipe de football et venir jouer dans la région autonome du Kurdistan irakien, attirant ainsi l’attention sur le sort de leur peuple.

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Mis à jour le 16 juin 2012 à 14:12

Des réfugiés du Darfour se voient offrir le match de leur vie… en Irak © AFP

Vêtus de maillots verts avec le sigle « Darfour uni » et celui du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ces joueurs sont sur un nuage: c’est la première fois qu’ils participent à un tournoi et, cerise sur le gâteau, ils n’avaient jamais joué sur du gazon.

Opposés à des joueurs bien plus expérimentés, dans le cadre de la Coupe du monde 2012 de la VIVA, un tournoi regroupant des régions non homologuées par la FIFA car ne représentant pas des pays indépendants, les 16 membres de l’équipe du Darfour ont livré des batailles difficiles et par deux fois se sont fait étriller.

Ce tournoi, qui vient de s’achever par la victoire du Kurdistan sur la République nord de Chypre (reconnue uniquement par la Turquie), opposait notamment les équipes du Sahara occidental, de Zanzibar, d’Occitanie, de Provence, de Rhétie (Suisse) et des Tamouls du Sri-Lanka.

S’ils n’ont marqué qu’un seul but et en ont encaissé 38, cela n’a en rien entamé leur joie car l’important pour eux était de jouer.

« Nous avons perdu beaucoup de matches mais qu’importe, nous sommes juste venus pour représenter le Darfour », assure le capitaine, Souleimane Adam Bourma.

« Je suis très fier car j’ai écrit une page de l’histoire de la nation du Darfour » ajoute avec un sourire cet avant-centre.

Le voyage qui les a conduits au Kurdistan, a commencé dans les camps du Tchad, où selon l’ONU vivent 270. 000 réfugiés venus du Soudan, dont la majorité ont fui le Darfour.

Selon l’ONU, au moins 300. 000 personnes ont été tuées depuis 2003 dans le conflit du Darfour, et le président soudanais Omar el-Béchir ainsi que d’autres responsables sont poursuivis pour crimes de guerre et génocide.

L’idée est de Gabriel Stauring, directeur d’i-ACT, un groupe basé en Californie qui s’intéresse aux personnes victimes de génocides. Il a contacté Mark Hodson, un entraîneur professionnel britannique. Dix semaines avant le tournoi, les deux hommes se sont rendus au Tchad et ont sélectionné les joueurs de l’équipe en dix jours.

« Nous les avons entraînés et préparés. Parfois nous nous pinçons pour être sûrs que nous sommes bien ici », confie le Britannique.

Plus que du football

Selon lui, « c’était vraiment très difficile de faire sortir d’un pays des personnes sans passeport » et les faire voyager du Tchad en Ethiopie, puis en Turquie et enfin au Kurdistan irakien.

« C’était incroyable: dans l’avion, ils nous ont servi à déjeuner, il y avait la télévision. Vraiment tout « , s’émerveille encore Souleimane Bourma.

Arrivés au Kurdistan, ils n’étaient pas au bout de leurs surprises: ils ont pu jouer sur du gazon et l’hôtel qui les logeait n’avait pas grand-chose à voir avec les camps de réfugiés auxquels ils étaient habitués, note le capitaine.

« Là-bas, la vie est si difficile. Quand je vais dire aux gens (des camps) que je me suis rendu au Kurdistan, il ne pourront pas y croire car pour eux c’est impensable que j’aie pu venir jusqu’ici », assure-t-il.

Il se dit frappé par les différences physiques entre les joueurs du Darfour et ceux des autres équipes, conséquence selon lui de la mauvaise nutrition dans les camps.

« Les rations sont trop faibles. L’habitat est déficient et le système éducatif inapproprié », relève Gabriel Stauring.

« En utilisant le sport le plus populaire au monde, nous avons saisi l’opportunité de faire prendre conscience aux monde de la situation des réfugiés et d’offrir à ces derniers quelque chose de positif dans leur vie, quelque chose dont ils peuvent être fiers », souligne-t-il.

Mark Hodson dit espérer que « lorsqu’ils retourneront dans leurs camps, ils constitueront des équipes qui joueront entre elles ». C’est également le désir des joueurs.

« Je voudrais mettre sur pied une équipe de jeunes enfants et être leur entraîneur », déclare Abdelbassit Omar, arrière droit de l’équipe.