Politique

A Soweto, le massacre de Marikana réveille les fantômes de l’apartheid

A Soweto, le massacre de Marikana réveille les fantômes de l'apartheid © AFP

Les Sud-Africains espéraient que les images de policiers tirant dans une foule appartenaient désormais aux musées, comme celui de Soweto qui commémore l'insurrection de 1976. Jusqu'à la mort de 34 mineurs jeudi dans la mine de platine de Marikana (nord-est).

« Je pensais sincèrement que ces choses là étaient derrière nous. L’état d’esprit des forces de sécurité du pays était censé avoir changé », dit à l’AFP Thomazile Ngesi, 27 ans, au chômage, qui vit tout près du musée « Hector Pieterson » de Soweto.

Hector Pieterson, 12 ans, est considéré comme le premier mort tombé sous les balles de la police de l’apartheid, lors de la révolte lycéenne et estudiantine de cette township aux portes de Johannesburg, le 16 juin 1976.

Vingt-trois personnes avaient été tuées ce jour-là, dans un massacre qui est entré dans les livres d’histoire comme le point de départ d’un soulèvement massif contre le régime raciste.

Pour Thomazile Ngesi, la police de Marikana a tiré, comme en 1976, sur une population pauvre et déconsidérée.

« Je n’ai aucun doute sur le fait que la police n’aurait pas osé tirer sur un groupe de grévistes riches et blancs », assène M. Ngesi, pour qui la fusillade rappelle tristement les comportements de la police de l’ancien régime raciste, disparu en 1994.

Les mineurs d’Afrique du Sud sont, de fait, la classe la plus pauvre de la société, sous-payés et vivant dans des conditions indignes à proximité des puits de mine.

« Pour la plupart, nous attendions de la liberté qu’elle nous délivre de la pauvreté et des injustices sociales », poursuit le jeune homme, « mais ce que nous voyons, c’est de plus en plus de souffrances pour les pauvres et des capitalistes qui deviennent de plus en plus riches ».

A la sortie du musée, où l’on peut visionner des images des émeutes de 1976, Dag Ekstrom, un touriste suédois, semble lui aussi ne pas comprendre: « Ce que nous avons vu à la télévision il y a deux jours ressemblait à un mauvais rêve », témoigne-t-il. « Au début, j’ai cru que c’était une rediffusion d’images des années 70 et 80. J’ai compris plus tard que c’était la réalité d’aujourd’hui ».

« J’ai été choqué par la brutalité de la police, juste sous l’objectif des caméras. Je pensais que l’Afrique du Sud était sortie de cette époque », ajoute-t-il.

Mais pour certains habitants de ce quartier de Soweto, la tragédie de la mine n’est malheureusement pas une surprise: « C’était une question de temps avant qu’un truc comme ça ne se produise », dit Ananias Makgaretsa à l’AFP, « les policiers de ce pays sont violents, ils tirent sur les gens, ils ne les protègent pas ».

« A mon avis on ne va pas tarder à avoir des musées des massacres policiers post-apartheid. Le sang des noirs pauvres continue à couler », ajoute-t-il.

La fusillade de la mine de Marikana, avec un bilan officiel de 34 morts et 78 blessés, est le pire massacre jamais survenu dans une opération policière depuis la chute de l’apartheid en 1994.

Il faut remonter à 1985, à l’époque de l’apartheid le plus dur, pour trouver un événement aussi violent: plus de 20 noirs avaient été tués par la police au Cap, alors qu’ils commémoraient l’anniversaire d’un autre massacre, celui de Sharpeville en 1960.

Mais à Marikana, les tireurs étaient presque tous des policiers noirs. Censés maintenir l’ordre dans une démocratie qui respecte et protège les droits de l’Homme.

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