Politique

Guinée-Bissau : le nouveau Premier ministre contesté prête serment

Baciro Dja a été nommé Premier ministre par le président Vaz le 20 août 2015. © Sia Kambou/AFP

Le nouveau Premier ministre bissau-guinéen Baciro Dja, dont la nomination jeudi par le président José Mario Vaz est contestée par le parti au pouvoir, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), a prêté serment vendredi.

M. Dja a été investi devant le chef de l’Etat, le président de la Cour suprême, le procureur de la République et le corps diplomatique, lors d’une cérémonie au palais présidentiel, dont les abords étaient protégés par un cordon policier, a constaté le correspondant de l’AFP.

« Cette nouvelle nomination comme Premier ministre est un gage de la confiance que je place en cet homme. C’est la deuxième fois que je vous choisis », a déclaré M. Vaz lors d’une brève allocution, en référence à la précédente nomination de M. Dja, dont le PAIGC avait obtenu l’annulation par la Cour suprême.

La Guinée-Bissau traverse des turbulences politiques depuis la destitution par le président en août 2015, au profit de M. Dja, de son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du PAIGC, auquel tous trois appartiennent. D’après leurs entourages, les deux têtes de l’exécutif ne s’entendaient pas sur la direction du pays, notamment au sujet de la corruption.

Le nouveau Premier ministre s’est fixé « trois axes prioritaires », citant « la bonne gouvernance », « la croissance économique », et « la promotion du capital humain ».

Sur le premier point, « je veillerai à une gestion saine des fonds publics et je lutterai avec acharnement contre le gaspillage des biens publics », a-t-il assuré.

Le chef de l’Etat a expliqué sa décision de rappeler M. Dja, comme le proposait le Parti de la rénovation sociale (PRS, opposition, deuxième formation du pays), par sa volonté de s’appuyer sur une nouvelle majorité, constituée des 41 députés du PRS et des 15 députés frondeurs du PAIGC, soit 56 sièges sur 102 au Parlement.

« Par rapport aux propositions présentées par le PAIGC, celle du PRS offe davantage de garanties de stabilité pour la présente législature », a affirmé M. Vaz, invoquant « l’impérieuse nécessité que le nouveau gouvernement dispose de l’appui de la nouvelle majorité ».

Le PAIGC avait proposé soit le retour de M. Pereira avec un gouvernement élargi, soit la reconduction de Carlos Correia, un vétéran du parti nommé en septembre et limogé le 12 mai, soit la désignation du chef de son groupe parlementaire Califa Seidi.

« Gouvernement parallèle »

Les ministres du gouvernement Correia ne reconnaissent pas la décision de M. Vaz de les démettre et ont passé la nuit dans leurs bureaux, entourés par la police anti-émeute et une force de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

« Nous n’allons pas céder un pouce de nos bureaux pour qu’ils soient occupés par un gouvernement illégal », a déclaré à l’AFP le ministre de la Communication Agnelo Regala.

« Le PAIGC ne se fera pas voler sa victoire acquise dans les urnes et pour cela nous formerons ou nous maintiendrons un gouvernement parallèle », a affirmé à l’AFP un vétéran du parti, Manuel Dos Santos.

Après quelques violences dans la nuit entre partisans du PAIGC et police près du palais présidentiel, la situation était calme vendredi, à l’exception de quelques heurts sporadiques dans ce secteur.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans une déclaration de son porte-parole, s’est dit « profondément inquiet », et a appelé toutes les parties en Guinée-Bissau à « s’abstenir de toute violence » et à « résoudre leurs différends par le dialogue ».

Il a salué « le professionnalisme des forces armées nationales dans l’accomplissement de leur devoir et les a exhortées à continuer à agir de manière responsable ».

Selon la Constitution, le choix du Premier ministre revient au parti majoritaire. Le PAIGC, première formation du pays, a perdu sa majorité parlementaire absolue de 57 sièges à la suite de la fronde de 15 députés.

Les tensions à la tête de l’Etat inquiètent d’autant plus la communauté internationale que l’élection de M. Vaz en mai 2014 a marqué un retour progressif à la légalité constitutionnelle dans cette ex-colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest jusqu’alors en proie à une instabilité chronique, avec des tentatives de coup d’Etat militaires à répétition.

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