Politique

Les Rwandais réfugiés au Congo refusent de rentrer au pays

Les Rwandais réfugiés au Congo refusent de rentrer au pays

Les Rwandais réfugiés au Congo refusent de rentrer au pays © AFP

Comme la plupart des 4. 400 Rwandais qui vivent à Brazzaville depuis le génocide de 1994, Juvénal Turantsizé ne veut pas rentrer dans son pays : « Là-bas, il n’y a ni garantie, ni sécurité ».

Mais le statut de réfugié qui les protégeait est aujourd’hui remis en cause, le Rwanda jugeant que leur sécurité était garantie s’ils regagnaient leur pays. Le Congo et le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) sont d’accord, un consensus qui a plongé les réfugiés dans l’inquiétude.

Ces Rwandais sont arrivés au Congo après le génocide des Tutsi par les Hutu, qui a fait 800. 000 morts et plus de 2 millions de réfugiés – dont des génocidaires. Le Front patriotique rwandais (FPR), guérilla tutsi, avait mis fin au génocide de1994 en renversant le pouvoir HUTU d’alors. Paul Kagamé, le chef du FPR, est depuis président du Rwanda où son parti est tout-puissant et il pourchasse les génocidaires à travers toute la région des Grands Lacs.

« Ceux qui veulent qu’on rentre, ce sont les mêmes dirigeants (tutsi) qui nous ont pourchassés hier jusqu’aux portes de la RDC (République démocratique du Congo, pays voisin du Rwanda et du Congo). Ils sont toujours au pouvoir et nous en veulent encore », affirme Juvénal Turantsizé, âgé de 49 ans.

Il évoque des « arrestations arbitraires », citant le cas de l’opposante Victoire Ingabiré, actuellement jugée en appel pour « conspiration » et « minimisation du génocide ».

Les autorités congolaises étudient les dossiers des réfugiés rwandais au cas par cas, soit pour leur attribuer la nationalité congolaise, soit pour les aider à choisir un pays tiers d’accueil ou les rapatrier au Rwanda.

Mais les Rwandais refusent de perdre leur nationalité et préfèrent rester au Congo comme réfugiés. Plus de 3. 500 d’entre eux ont fait une demande en ce sens au Comité national congolais d’assistance aux réfugiés, selon son directeur Jules-César Botokou Eboko.

De fait, à peine une dizaine de réfugiés rwandais quittent le Congo pour rentrer dans leur pays chaque année, selon le HCR.

Les Rwandais sont désormais bien intégrés au Congo et ne voient pas de raison d’émigrer à nouveau.

« Nos compatriotes sont présents sur tout le territoire congolais. Ils vivent de l’agriculture, de l’élevage, du petit commerce, de la sculpture, de la couture. . . « , explique Aloïse Bayingana, 52 ans, représentant national des réfugiés rwandais.

« Je ne veux pas repartir. Ceux qui sont partis entre temps reviennent encore ici parce que, une fois au Rwanda, ils sont conduits pour aller combattre pour le M23 « , affirme Hussein Sibomana, 40 ans, conducteur de taxi.

Le Mouvement du 23 mars est la principale guérilla de l’est de la République démocratique du Congo. Plusieurs pays occidentaux et l’ONU estiment qu’il est téléguidé par le pouvoir rwandais pour pourchasser les anciens génocidaires réfugiés en RDC et préserver les intérêts politiques et économiques de Kigali dans la riche région du Kivu.

Depuis le génocide, une génération a passé. Bina Bazimina, une adolescente de 17 ans qui a le statut de réfugiée, ne dénonce pas d’exactions. Si elle ne veut pas rentrer, c’est parce qu’elle se sent tout simplement plus congolaise que rwandaise.

« Je n’imagine pas un jour repartir au Rwanda que j’ai quitté alors que je tétais encore le sein de ma mère. Je ne connais ni le Rwanda, ni ses habitants », explique–t-elle en lingala, la langue nationale du Congo qu’elle pratique avec aisance.

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