Politique

Niger: le rire et la peur d’Aya-Aya, rescapée d’une attaque de Boko Haram

Aya-Aya rit, mais un simple bruit de porte la fait trembler. Il y a juste une semaine, cette commerçante de Diffa, ville du sud-est du Niger, réchappait à une attaque des islamistes de Boko Haram.

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Mis à jour le 16 février 2015 à 09:30

Niger: le rire et la peur d’Aya-Aya, rescapée d’une attaque de Boko Haram © AFP

Large sourire, visage avenant encadré d’un voile vert, Aïchatou Salifou – son nom pour l’état-civil – a des raisons d’être joyeuse. « J’ai eu beaucoup de chance », raconte-t-elle à l’AFP dans la ville de Zinder, où elle a trouvé refuge à quelque 400 km à l’ouest de Diffa.

Le dimanche 8 février, cette petite femme énergique de 52 ans vend ses galettes de riz sur le marché où elle travaille quand elle entend un grand « boum ».

Soudain, l’obscurité. Il n’y a plus qu’un « nuage de poussière ».

Un jeune mendiant meurt sur le coup, déchiqueté par l’obus tiré par les insurgés nigérians depuis l’autre côté de la frontière, selon les autorités.

Autour d’Aya-Aya, une vingtaine de blessés. Certains ont le ventre ouvert, d’autres une main ou une jambe arrachée.

Cette mère de famille s’en sort indemne. Sa chance: un muret qui l’a abritée de l’explosion. « S’il n’y avait pas eu le muret, je serais morte ou maintenant à l’hôpital », insiste-t-elle en alternant français et haoussa, la langue de son ethnie. « Grâce à Dieu, je suis vivante ».

Aussitôt après l’explosion, en état de choc, Aya-Aya n’arrive plus à se lever. « Je crie seulement +Au secours+! », dit-elle de sa voix puissante.

Elle mime sa situation d’alors, rit encore, et déchaîne les rires de l’assistance.

Près d’elle, il y a des enfants et sa tante Nafissa, institutrice vivant à Zinder qui lui a ouvert les portes de la concession familiale.

Dans cette bâtisse traditionnelle aux murs ocres en banco et ciment, dont l’un est décoré de graffitis d’enfants, elle a trouvé un abri avec sept proches.

Toute sa famille a gagné Zinder avec elle, soit « 25 personnes » regroupées dans trois endroits de la deuxième ville du Niger: son mari Abdou, un chauffeur à la retraite, leurs enfants, la seconde épouse de son mari et leurs enfants, et puis d’autres parents.

– Revenir? ‘Jamais!’ –

L’ancien patron de son mari leur avait prêté une voiture pour faire le voyage. « Il n’y avait pas de place dans les cars », bondés d’habitants fuyant la ville après les premières attaques du groupe islamiste, commencées le 6 février.

Entamé lundi à 16H00 (heure locale, 15H00 GMT), le voyage s’est achevé à Zinder mardi à 08H00, après une étape sur la route.

Assise sur un tapis à l’ombre du rude soleil de midi, dans l’allée qui traverse la concession, Aya-Aya, une native de Zinder, confie que le souvenir de l’attentat la poursuit même après avoir quitté Diffa, sa ville durant 32 ans.

« J’entends encore le bruit de l’explosion ». « Dès que j’entends un bruit, même si c’est une porte, je tremble ». Sa tante Nafissa acquiesce: il faut constamment la rassurer sur les bruits du voisinage.

Et cela ne fait que deux jours qu’Aya-Aya a retrouvé le sommeil.

L’attaque des insurgés islamistes, ça a été « une surprise », avoue cette commerçante. « La vie à Diffa, avant c’était tranquille ». « Nous entendions ce qu’ils faisaient ailleurs, mais nous n’avions jamais cru que ça allait arriver chez nous ».

Ce qui lui fait peur surtout, c’est que désormais « les Boko Haram habitent à Diffa ». « Nous sommes mélangés à eux », dit-elle. Pour recruter, le mouvement armé « donne aux jeunes de l’argent avec des motos neuves ».

La région de Diffa n’est séparée que par une rivière du nord-est du Nigeria, fief historique des insurgés islamistes, en guerre continue depuis 2009 contre le pouvoir nigérian.

Devant la concession, Aya-Aya vient tout juste de recommencer à vendre ses galettes. Sa famille s’est cotisée pour qu’elle puisse s’acheter de quoi se remettre à la tâche.

Revenir à Diffa? « Jamais! », lâche-t-elle sans hésiter. « Diffa maintenant c’est dangereux ».