Politique

Le pas de danse, les chemises et le sourire de Mandela: la « magie Madiba »

Une aura de grandeur et de simplicité mais aussi un pas de danse inimitable, des chemises colorées et un sourire désarmant: la « magie Madiba », du nom de clan de Nelson Mandela, était passée dans le langage courant en Afrique du Sud.

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Mis à jour le 5 décembre 2013 à 23:05

Le pas de danse, les chemises et le sourire de Mandela: la « magie Madiba » © AFP

Le monde a gardé l’image du premier président noir de l’Afrique du Sud démocratique, se livrant, à l’issue de la solennelle cérémonie d’investiture de mai 1994, à quelques pas de danse. La longiligne silhouette, raidie par les ans et la captivité mais indéniablement dans le rythme, l’immense sourire.

Le « Madiba jive » (le swing Madiba) était né. Repris par les radios, copié par les amuseurs publics. Pas un meeting, une conférence du Congrès national africain (ANC) ou une visite d’école où le président, puis l’ex-président, n’ait été invité à s’exécuter.

Indissociables du personnage, aussi, les « Madiba shirts ». Un assortiment infini d’amples chemises de soie multicolores d’un tailleur d’Abidjan, portées par-dessus le pantalon, allongeant encore la silhouette. Un bonheur de photographes, malgré l’interdiction des flashes en raison de ses yeux abîmés par le travail dans la carrière de craie de l’île-bagne de Robben Island.

« Aucun autre président au monde n’a eu un tel impact sur la mode », affirmait un magasin sud-africain de prêt-à-porter dans un encart souhaitant en 1999 une bonne retraite à Mandela.

Adulé par les enfants des townships comme par les chefs d’Etat souvent surpris à quémander aux photographes une pose aux côtés de l’idole lors de sommets internationaux, Mandela charma ceux qui l’approchèrent par sa simplicité et son apparente candeur, masquant un grand instinct politique et un sens certain du spectacle.

Peu d’hommes d’Etat purent, sans avoir l’air emprunté, se dire honorés de recevoir un visiteur aussi anonyme soit-il, ou sembler à sa place tant aux côtés de la reine Elizabeth II, du chef d’un micro-parti hutu burundais que des Spice Girls.

La « magie Madiba », c’est aussi être capable d’interrompre une session du conseil des ministres pour s’enquérir de la santé d’une journaliste enceinte, venir tapoter le ventre rond de ses immenses mains d’ancien boxeur, demander la date de l’accouchement.

« Il est capable de s’ouvrir et de dire des choses que d’autres ne pourraient pas dire et de garder quand même sa dignité », disait de lui son épouse Graça Machel, de 27 ans sa cadette.

Roelf Meyer, ex-ministre puis négociateur du régime de l’apartheid, raconte avoir pris la mesure du charisme de Mandela lorsque, peu après la libération du prisonnier politique en 1990, il vit des dizaines de jeunes militaires blancs se mettre en file d’attente pour serrer la main du vieil homme, de l’ancien « terroriste ».

L’adulation n’a cessé de croître, alors que, délaissant la gestion politique quotidienne, Mandela endossait l’habit du « grand-père de la Nation » et d’ »icône mondiale de la réconciliation », selon le mot de l’archevêque Desmond Tutu.

Statufié de son vivant, presque intouchable, Nelson Mandela était devenu « Super-MadibaMan », comme ironisa une série de tee-shirts sud-africains le représentant en super-héros façon comics américains.