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Crise ivoirienne: 14 militaires pro-Gbagbo jugés jeudi

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Mis à jour le 11 mars 2015 à 21:32

Crise ivoirienne: 14 militaires pro-Gbagbo jugés jeudi © AFP

Quatorze militaires, membres de la garde rapprochée de l’ex-président Laurent Gbagbo, seront jugés jeudi pour leur rôle dans la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, a annoncé mercredi le parquet militaire, au lendemain de la condamnation de Simone Gbagbo.

L’ex-Première dame a été condamnée mardi à 20 ans de prison pour « attentat contre l’autorité de l’Etat » durant cette crise, qui a fait quelque 3. 000 morts.

« Le tribunal militaire va juger dès jeudi quatorze membres de la garde rapprochée de (Laurent) Gbagbo, dont son médecin militaire », a déclaré le procureur militaire Ange Kessi lors d’une conférence de presse.

« Il s’agit du procès militaire des éléments de la garde républicaine et des soldats en relation avec la crise post-électorale », poursuivis pour « violation de consigne » et « atteinte à la sûreté de l’Etat », a-t-il ajouté.

L’annonce intervient au lendemain du verdict d’un procès civil, qui a duré plus de deux mois. Outre la condamnation de Simone Gbagbo, des peines de 5 ans de réclusion ont été prononcées contre Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président, et contre Abou Drahamane Sangaré, un cadre du Front populaire ivoirien (FPI), le parti pro-Gbagbo.

« Le verdict donne le net sentiment qu?il s?agit d?un acharnement contre la famille et les proches de Laurent Gbagbo », a regretté Alphonse Douati, ministre sous Laurent Gbagbo et cadre du FPI, interrogé par l’AFP.

Me Habiba Touré, avocate de l’ex-Première dame, avait dénoncé mardi une justice « instrumentalisée » par le pouvoir, ce que les autorités ont démenti mercredi.

« Il n’y a absolument pas d’interférence, la justice fait son travail de manière totalement indépendante », a affirmé mercredi Bruno Koné, le porte-parole du gouvernement.

Ultérieurement, Jean-Noël Abéhi, Anselme Séka Yapo et Brunot Dogbo Blé, trois piliers de l’appareil sécuritaire sous Laurent Gbagbo, seront aussi jugés par la justice militaire pour leur rôle dans la crise, a indiqué le procureur militaire Ange Kessi, sans fournir de précision sur le calendrier.

Le commandant Jean-Noël Abéhi dirigeait l’escadron blindé d’Agban, le plus grand camp de gendarmerie du pays, basé à Abidjan, une unité qui fut l’un des derniers remparts du régime Gbagbo durant la crise.

Le commandant Anselme Séka Yapo, dit « Séka Séka », ex-chef de la sécurité rapprochée de Simone Gbagbo, fut l’un des hommes les plus craints de Côte d’Ivoire, décrit par ses détracteurs comme l’un des chefs des « escadrons de la mort » accusés d’avoir sévi sous l’ancien président.

Le général Brunot Dogbo Blé, qui commandait la garde républicaine, a déjà été condamné à 15 ans de prison en 2012 pour complicité dans l’assassinat d’un officier à la retraite. Mardi, la cour d’assises d’Abidjan lui a également infligé 20 ans de réclusion pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

Simone Gbagbo et le général Dogbo Blé faisaient partie des 79 personnes jugées pour leur rôle dans la crise de 2010-2011 durant un procès en assises sans précédent qui s’était ouvert fin décembre.

Causée par le refus de l’ex-président Gbagbo de reconnaître la victoire de son adversaire Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010, la crise avait été marquée par de nombreuses violences et s’était achevée par deux semaines de guerre.

Laurent Gbagbo, accusé de « crimes contre l’humanité », est emprisonné depuis fin 2011 à La Haye dans l’attente de son éventuel procès devant la Cour pénale internationale.

Il y sera jugé en même temps que l’ex-chef de la milice pro-Gbagbo des « jeunes patriotes » Charles Blé Goudé, a annoncé mercredi la CPI, sans donner de date, expliquant que les deux hommes sont accusés des « mêmes crimes ».