Politique

En Erythrée, l’impératif de l’autosuffisance étouffe la population

En Erythrée, l'impératif de l'autosuffisance étouffe la population

En Erythrée, l'impératif de l'autosuffisance étouffe la population © AFP

Les logos de l’aide américaine sont répandus en Erythrée, mais les sacs de céréales ont été recyclés en sachets et les bidons d’huile de cuisine en pots de fleurs. Toute aide alimentaire est devenue une denrée rare dans ce pays autoritaire et obnubilé par l’autosuffisance.

Depuis septembre 2005, l’Erythrée a arrêté l’essentiel de la distribution d’aide alimentaire gratuite. Or, l’ONU a estimé qu’au moins deux-tiers des quelque 4,2 millions d’habitants ont eu besoin d’aide alimentaire en 2005.

A Asmara, les pénuries de denrées de base, pain, gaz de cuisine, ou bière, sont communes. Le marché noir est cher. De nombreux habitants dépendent de tickets de rationnement échangés dans des magasins d’Etat contre du sucre, de l’huile ou de la farine.

Ignorant des millions de dollars d’aide potentielle, Asmara a souligné à plusieurs reprises les dangers de la dépendance envers l’aide extérieure. Et régulièrement, les médias d’Etat font l’éloge de l’autosuffisance.

« Dans le monde d’aujourd’hui fait de (. . . ) tyrans et d’exploiteurs, tout pays court le risque d’être impitoyablement exploité et oppressé s’il ne fait pas en permanence tout son possible pour être autosuffisant », indiquait récemment un communiqué du ministère de l’Information.

Une diatribe qui souligne la colère d’Asmara à l’égard de la communauté internationale, qu’elle accuse de prendre parti pour l’Ethiopie dans la dispute frontalière qui a opposé les voisins de la Corne de l’Afrique, de 1988 à 2000.

Pour contrebalancer l’impact de cette politique d’arrêt volontaire de l’aide, l’Erythrée a lancé un programme « travail contre nourriture », des travaux manuels dont les faibles revenus sont dépensés par les habitants dans des magasins d’Etat.

La jeunesse érythréenne paie un lourd tribu à cette politique. Des milliers de jeunes sont enrôlés dans l’armée, la plus nombreuse d’Afrique subsaharienne. L’armée avalait au moins 11% de la force de travail du pays en 2005, selon la Banque mondiale (BM).

Payés moins d’un dollar par jour lors de leur service militaire obligatoire d’au moins 18 mois, ces jeunes constituent une force de travail à bas prix pour les récoltes ou la construction de barrages.

Même les écoliers doivent consacrer une partie de leurs vacances à des « programmes de travail d’été », par exemple à labourer des coteaux pour y planter des arbres.

Le chef de l’Etat, Issaias Afeworki, s’est félicité du succès, selon lui, de ces programmes, saluant « les efforts communs de la population et des membres des forces de sécurité ».

Mais les évaluations indépendantes sont limitées, les autorisations de voyage pour les étrangers à l’extérieur de la capitale étant très restreintes. En outre, le gouvernement publie rarement ses statistiques.

Mais les indicateurs disponibles démontrent les difficultés de l’économie. L’inflation a atteint 20,3% en 2004, pour une croissance de 1,8%. Et malgré la rhétorique enthousiaste du gouvernement, l’objectif d’autosuffisance n’est pas atteint.

En 2005, l’Erythrée a reçu 335 millions de dollars d’aide extérieure au développement, soit 36,9% du revenu national brut, selon la BM, soit le quatrième plus haut pourcentage au monde, après le Liberia, le Burundi et l’Afghanistan.

L’aide des Erythréens de la diaspora représente jusqu’à la moitié du produit intérieur brut (PIB), selon certaines statistiques.

Selon des analystes, le régime de parti unique conserve une autorité de fer sur une population de plus en plus mécontente et pleine de désillusions, et qui fuit par milliers dans les pays voisins.

« Chaque jour on nous dit que c’est un devoir national de défendre notre pays », lâche un Erythréen, concluant: « Les temps sont durs, et comme on dit, il faut juste nous serrer la ceinture. « 

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