Politique

Le superpétrolier saoudien piraté ancré devant un port somalien

Les pirates somaliens qui ont capturé dans l’océan Indien un superpétrolier saoudien ont convoyé leur prise jusque l’un de leurs repaires, Harardere, où il était ancré mardi, dans un véritable camouflet à la force navale anti-piraterie de l’Otan déployée dans la zone.

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Mis à jour le 18 novembre 2008 à 16:11

Le superpétrolier saoudien piraté ancré devant un port somalien © AFP

Long de 330 mètres et chargé de deux millions de baril de brut, soit l’équivalent de 300. 000 tonnes de pétrole, le Sirius Star, 25 hommes à bord et propriété de la compagnie saoudienne Aramco, a été capturé dimanche par des pirates en plein océan Indien, à plus de 450 milles nautiques (800 km) au sud-est de la ville de Mombasa au Kenya.

« Nous savons maintenant que le bateau est ancré près de Harardere » (300 km au nord de Mogadiscio), a indiqué Bile Mohamoud Qabowsade, conseiller du président de la région autoproclamée autononome du Puntland.

« Ces gens (les pirates) sont de la région de Mogadiscio. Ils sont sortis en mer il y a dix jours avec trois vedettes rapides. C’est un groupe bien équipé et très organisé », a-t-il ajouté.

Harardere est l’un des ports utilisés par les pirates somaliens pour garder les bateaux qu’ils ont capturés en attendant de recevoir les rançons qu’ils réclament pour relâcher navires et équipages.

D’autres navires et équipages sont actuellement retenus en otages dans les ports de Eyl et de Hobyo, autre localités plus au nord de la capitale quui servent de base à différents groupes de pirates.

Depuis début 2008, 92 navires ont été attaqués dans le golfe d’Aden et l’océan Indien par des pirates somaliens, dont 11 pour la seule période du 10 au 16 novembre, selon un dernier décompte du Bureau maritime international (BMI).

Sur ces 92 navires, 36 ont été capturés par les pirates qui en détiennent actuellement 14 et leurs équipages, soit 268 marins, selon le BMI.

Les 25 marins du Sirius Star –originaires de Grande-Bretagne, de Croatie, de Pologne, d’Arabie saoudite et des Philippines– sont « en bonne santé, personne sur le navire n’a été touché », a affirmé à l’AFP une source de Vela International Marine Ltd, l’armateur du pétrolier.

Cette source, qui a requis l’anonymat, a précisé que sa cargaison a une valeur d’environ 100 millions de dollars.

La prise d’un navire et d’une cargaison d’une telle valeur, inédite pour les pirates somaliens, constitue un revers majeur pour la force navale anti-piraterie de l’Otan déployée dans la zone et qui doit être relayée en décembre par une opération de l’Union européenne.

Cette force de l’Otan a été dépêchée après la prise le 25 septembre par les pirates du Faina, d’un cargo ukrainien chargé d’armes, dont des chars d’assaut, toujours retenu devant le port de Hobyo.

D’autres pays, dont la Russie et l’Inde ont également envoyé des navires de guerre au large de la Somalie pour lutter contre les pirates. Sans parvenir jusque présent à faire cesser les attaques, très lucratives pour un pays livré au chaos depuis le début d’une guerre civile en 1991.

« Nous patrouillons une zone de 6,5 millions de km2, du Pakistan au Kenya. La zone est très grande (. . . ) Nous ne pouvons être partout à la fois », a expliqué à l’AFP le lieutenant Nathan Christensen porte-parole de la Ve Flotte de la marine américaine, qui siège à Bahreïn.

Le chef d’état-major interarmées américain, l’amiral Michael Mullen, s’est néanmoins dit « surpris » par le rayon d’action des pirates.

Les pirates, a-t-il expliqué, sont « très bons dans ce qu’ils font ». « Ils sont bien armés. Tactiquement, ils sont très bons ».

« Et une fois qu’ils sont parvenus au stade de monter à bord, il devient très difficile de les déloger, parce que, évidemment, ils ont des otages », a-t-il rappelé.