Politique

Le superpétrolier saoudien piraté ancré devant un port somalien

Les pirates somaliens qui ont capturé dans l’océan Indien un superpétrolier saoudien, le Sirius Star, ont ancré mardi leur prise d’une valeur de quelque 250 millions de dollars au large d’Harardere, un de leur repaires, à 300 km au nord de Mogadiscio.

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Mis à jour le 18 novembre 2008 à 16:56

Le superpétrolier saoudien piraté ancré devant un port somalien © AFP

La capture samedi 15 novembre de ce bateau, trois fois plus grand qu’un terrain de football et trois fois plus lourd qu’un porte-avion, est l’opération de piraterie la plus spectaculaire menée au large de la Somalie.

Elle constitue un défi pour la force maritime internationale censée protéger le trafic marchand dans cette partie du monde.

Dans le même temps, plus au nord, des pirates ont pris le contrôle d’un cargo hong-kongais, le Delight, chargé de 36. 000 tonnes de blé, dans le golfe d’Aden, au large du Yémen, selon le Centre chinois de recherche et de secours maritimes.

Il se dirigeait vers le port iranien de Bandar Abbas, avec un équipage de 25 personnes quand il a été pris d’assaut par les pirates.

Long de 330 mètres et chargé de 300. 000 tonnes de pétrole, d’une valeur d’environ 100 millions de dollars, le Sirius Star, avec 25 hommes à bord, est la propriété de la compagnie saoudienne Aramco.

Mis en service le 8 avril, ce mastodonte d’une valeur de 150 millions de dollars, a été capturé en plein océan Indien, à plus de 450 milles nautiques (800 km) au sud-est de la ville de Mombasa au Kenya.

« Le supertanker a été saisi le 15 novembre vers midi », a indiqué à l’AFP un porte-parole de la Ve Flotte, le lieutenant Nathan Christensen.

L’opérateur du superpétrolier a assuré que la sécurité des membres de l’équipage –deux Britanniques, deux Polonais, un Croate, un Saoudien et 19 Philippins– était sa priorité absolue, dans un communiqué publié sur le site internet de l’entreprise.

« Notre première et plus importante priorité est la sécurité de l’équipage », a indiqué le Pdg de Vela International Marine Ltd, Salah B. Ka’aki, une filiale d’Aramco, basée à Dubaï.

Auparavant, un conseiller du président de la région autoproclamée autononome du Puntland, Bile Mohamoud Qabowsade, avait annocé que le bateau était ancré près de Harardere, à 300 km au nord de Mogadiscio.

« Ces gens (les pirates) sont de la région de Mogadiscio. Ils sont sortis en mer il y a dix jours avec trois vedettes rapides. C’est un groupe bien équipé et très organisé », a-t-il ajouté.

Harardere est l’un des ports utilisés par les pirates somaliens pour garder les bateaux qu’ils ont capturés en attendant de recevoir les rançons qu’ils réclament pour relâcher navires et équipages.

D’autres navires et équipages sont actuellement retenus en otages dans les ports de Eyl et de Hobyo, autre localités plus au nord de la capitale qui servent de base à différents groupes de pirates.

Depuis début 2008, 92 navires ont été attaqués dans le golfe d’Aden et l’océan Indien par des pirates somaliens, dont 11 pour la seule période du 10 au 16 novembre, selon un dernier décompte du Bureau maritime international (BMI).

Sur ces 92 navires, 36 ont été capturés par les pirates qui en détiennent actuellement 14 et leurs équipages, soit 268 marins, selon le BMI.

Une force navale internationale anti-piraterie, surtout de l’Otan, déployée dans la zone est censée prévenir ce genre d’attaques, très lucratives pour un pays livré au chaos depuis le début d’une guerre civile en 1991.

Elle doit être relayée en décembre par une opération de l’Union européenne.

« Nous patrouillons une zone de 6,5 millions de km2, du Pakistan au Kenya. La zone est très grande (. . . ) Nous ne pouvons être partout à la fois », a expliqué à l’AFP le lieutenant Nathan Christensen porte-parole de la Ve Flotte de la marine américaine, qui siège à Bahreïn.

Le chef d’état-major interarmées américain, l’amiral Michael Mullen, s’est néanmoins dit « surpris » par le rayon d’action des pirates.

Les pirates, a-t-il expliqué, sont « très bons dans ce qu’ils font ». « Ils sont bien armés. Tactiquement, ils sont très bons ».

« Et une fois qu’ils sont parvenus au stade de monter à bord, il devient très difficile de les déloger, parce que, évidemment, ils ont des otages », a-t-il rappelé.