Politique

Les commissions occultes de l’Angolagate: « c’était pour les Angolais ! »

« C’était pour les Angolais ! » : d’un même élan, les premiers à s’expliquer au procès de l’Angolagate sur les commissions occultes qu’ils auraient touchées assurent que l’argent versé sur d’exotiques comptes étrangers servait à reverser des pots de vin aux dirigeants de Luanda.

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Mis à jour le 18 novembre 2008 à 17:59

Les commissions occultes de l’Angolagate: « c’était pour les Angolais ! » © AFP

Après avoir tenté de cerner pendant un mois l’organisation de ce commerce d’armes de guerre vers l’Angola dans les années 93 à 98, le tribunal correctionnel de Paris a entamé cette semaine l’examen des faits reprochés individuellement à chacun des 42 prévenus.

Ceux-ci répondent de leur rôle dans cette vente de chars, hélicoptères ou roquettes, achetés d’occasion dans l’ancien bloc soviétique et revendus avec d’énormes profits au président angolais José Eduardo dos Santos, dont le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) luttait alors contre les rebelles de l’Unita.

Parfois dans les mêmes termes, l’ancien Monsieur Afrique du PS Jean-Bernard Curial puis l’ex-dirigeant de Paribas Jean-Didier Maille, ont tenté de convaincre les juges que les premiers bénéficiaires de commissions occultes étaient les officiels angolais, qui ne risquent pas de les contredire puisque aucun d’entre eux ne figure sur le banc des prévenus ou la liste des témoins.

Via des circuits tortueux, Jean-Bernard Curial est soupçonné d’avoir touché des sommes en espèces de sociétés de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, artisans de ce commerce d’armes.

Aux enquêteurs, il avouait avoir conservé certaines sommes à titre personnel, même s’il en avait beaucoup dépensé pour prendre en charge des frais d’hôtels et de restaurants d’officiels angolais à Paris.

Devant le tribunal, ses explications sont complexes et difficiles à suivre.

Certes, il apparaît comme responsable du compte d’où les sommes en cash étaient sorties, mais « à l’époque, dit-il, je ne savais pas ce qu’était un ayant-droit économique ».

Le président Jean-Baptiste Parlos préfère lui lire une de ses dépositions lors de l’enquête : « j’ai un peu pété les plombs. J’ai découvert l’argent facile, les belles voitures (. . . ) j’ai pensé que ces gens avaient des relations extraordinaires et que j’allais faire beaucoup d’argent ».

Jean-Didier Maille est un ancien responsable en ingénierie financière de Paribas, la banque qui a organisé quelque 760 millions de dollars de montage permettant à Luanda de payer ses armes en les gageant sur des ventes futures de pétrole.

Il est soupçonné d’avoir touché des commissions occultes d’environ sept millions de dollars, ce dont il répond seul devant la justice, son supérieur étant mort aujourd’hui.

Mais il nie en bloc.

La police a découvert un mémo de Brenco (une des sociétés de Pierre Falcone, ndlr) où son prénom est accolé à la somme de 880. 000 dollars ? « il y a une erreur manifeste », assure-t-il.

Mais les enquêteurs ont aussi repéré un compte au Luxembourg, dont M. Maille était l’ayant-droit et sur lequel ZTS Osos, société de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, a versé un total de 6,4 millions de dollars.

« J’ai ouvert ce compte à la demande d’Alain Bernard (son supérieur décédé) car il ne pouvait pas se rendre sur place. J’apparais comme l’ayant-droit mais je suis un prête-nom, l’instrument », dit-il.

Cet argent, explique-t-il, n’était pas pour lui mais servait à verser des commissions à des Angolais, « le gouverneur et des sous-gouverneurs de la banque centrale ».

« On appelle cela du graissage, avait-il raconté aux enquêteurs. C’est pour faire en sorte que tout le monde soit content et que cela se passe bien ».