Politique

Guinée équatoriale: pratique de la torture « systématique », rapporte l’ONU

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture Manfred Nowak, qui a achevé mardi une mission en Guinée équatoriale, a conclu que « la torture est systématiquement pratiquée » dans ce pays, selon son rapport préliminaire obtenu mercredi par l’AFP à Malabo.

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Mis à jour le 19 novembre 2008 à 16:22

Guinée équatoriale: pratique de la torture « systématique », rapporte l’ONU © AFP

« J’ai constaté que la torture est pratiquée de manière systématique (. . . ) contre les personnes qui refusent de +coopérer+ (avec la police), des détenus politiques ainsi que des personnes soupçonnées (de) crimes de droit commun », écrit M. Nowak dans ce document rassemblant ses « conclusions préliminaires ».

Le rapport final sera rédigé à son retour à Genève et transmis au gouvernement équato-guinéen, qui l’avait « invité » pour notamment « évaluer la situation de la torture », d’après sa délégation qui a quitté Malabo mardi.

Durant son séjour (9-18 novembre), la mission n’a toutefois pu avoir accès « à aucun lieu de détention sous autorité militaire » dans le pays, dirigé d’une main de fer depuis 1979 par le président Teodoro Obiang Nguema.

Selon le rapporteur onusien, la gendarmerie « semble » recourir « moins fréquemment » à la torture, pratiquée surtout « dans les commissariats de police » et prisons de Malabo, la capitale, et Bata, la deuxième ville située dans la partie continentale, afin d’arracher aux victimes « des aveux ou informations, parfois aussi pour les intimider, punir ou leur extorquer de l’argent ».

Citant des témoignages confirmés « par un médecin légiste » et « des preuves découvertes dans les commissariats », il évoque des détenus battus « souvent sur la plante des pieds et/ou sur les fesses » avec matraques, câbles ou bâtons. « Des décharges électriques provoquées par des câbles de démarrage de voiture attachés à diverses parties du corps par des pinces, plusieurs formes de suspension avec pieds et mains attachés » pendant de longues périodes.

« Pendant qu’ils sont suspendus, (ils) sont balancés ou frappés. De plus, des objets lourds, batteries de voitures entre autres, sont placés sur (leur) dos », poursuit le rapporteur.

Il dépeint par ailleurs un tableau sinistre pour les détenus tant dans les commissariats que dans les deux principales prisons du pays: « cellules sales, humides », sans installations sanitaires et matelas, « des bouteilles et sacs plastiques » pour satisfaire leurs besoins, accès limité à l’eau pour boire et se laver, alors que les visites leur sont interdites, l’accès aux soins et aux médicaments « extrêmement limité ».

Manfred Nowak attribue une telle situation à une « impunité (. . . ) quasi-totale ». « Aucun auteur présumé de torture n’a été traduit en justice. Au contraire, des officiers dont on sait qu’ils ont régulièrement eu recours à la torture, poursuivent leur carrière dans la police ou la gendarmerie », déplore-t-il, en recommandant notamment une « réforme profonde » des institutions et législations pour combattre efficacement la torture dans le pays.

En juillet 2007, une mission du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, conduite par la juge espagnole Manuela Carmena Castrillo, s’était inquiétée des conditions d’emprisonnement et de la situation des détenus en Guinée équatoriale.

« La situation générale relative à la privation de liberté continue d’être un sujet de profonde préoccupation », avait-elle indiqué.