Politique

RDCongo: la rébellion se retire d’un front, la Monuc tire sur des Maï-Maï

La rébellion de Laurent Nkunda a opéré un retrait unilatéral de ses troupes sur l’un des principaux fronts dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où des casques bleus ont ouvert le feu sur miliciens pro-gouvernementaux Maï-Maï.

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Mis à jour le 19 novembre 2008 à 19:12

RDCongo: la rébellion se retire d’un front, la Monuc tire sur des Maï-Maï © AFP

Les rebelles se sont retirés de plusieurs localités à une centaine de kilomètres au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, selon la Mission de l’ONU en RDC (Monuc).

Ce retrait, de 30 à 40 km, s’est opéré sur trois axes du front nord, notamment celui de Kanyabayonga-Nyanzale et de Kabasha-Kiwanja.

Il était effectif mercredi après-midi dans le bourg de Rwindi, occupée jusqu’à mardi par la rébellion, sur l’un des des plus importants axes routiers du Nord-Kivu, a constaté une journaliste de l’AFP.

Mais il ne concerne pas le front le plus sensible, celui situé à une quinzaine de kilomètres de Goma, ville d’un demi-million de personnes où sont cantonnés un millier de casques bleus.

« Le retrait est terminé depuis hier, nous nous sommes retirés sur 40 kilomètres », a affirmé le porte-parole de la rébellion, Bertrand Bisimwa.

Mardi, à l’issue d’une réunion de son comité politique, la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) avait décidé de se retirer de 40km pour donner « une chance à la paix » et « conforter » les efforts de médiation de l’émissaire de l’ONU en RDC Olusegun Obasanjo.

La rébellion avait cependant demandé à la Monuc « de prendre en charge la sécurité de ces zones de séparation et de s’assurer qu’aucune autre force ne vienne l’occuper ». Une « telle occupation rendrait immédiatement caduque la décision de retrait », avait mis en garde le CNDP.

Quelques heures à peine après le mouvement de ses troupes, le porte-parole de la rébellion a accusé l’armée régulière, des miliciens Maï-Maï et des rebelles hutus rwandais d’avoir repris pied dans les zones évacuées, notamment en périphérie nord de Kiwanja (80 km au nord de Goma).

Précisément dans ce secteur, des casques bleus de la Monuc ont ouvert le feu sur des miliciens Maï-Maï, en riposte à des tirs visant une patrouille de deux blindés de l’ONU.

Les soldats de la Monuc « ont tiré à l’arme légère pour éviter les pertes parmi les civils, car l’incident a eu lieu sur un marché » du village de Kibututu, selon le porte-parole militaire de la force onusienne, le lieutenant-colonel Dietrich.

Aucun bilan humain n’était disponible dans l’immédiat.

La patrouille onusienne « était en train de vérifier des informations faisant état de l’avancée dans la zone de miliciens Maï-Maï », généralement alliés de l’armée congolaise.

Un convoi de la Monuc « est venu pour déloger nos forces de la grande route (. . . ) et pour laisser passer le convoi CNPD (rébellion) qui se retirait », a affirmé de son côté un porte-parole des Maï-Maï du Nord-Kivu, Didier Bitaki, accusant les casques bleus d’avoir « commencé à tirer ».

« Ce genre d’erreur ne sera plus tolérée », a réagi M. Bitaki, menaçant « d’entrer en belligérance » avec la Monuc et de « descendre sur Kiwanja », localité sous contrôle rebelle déjà le théâtre début novembre d’une contre-attaque Maï-Maï.

Selon une source rebelle à Kiwanja, des éléments Maï-Maï se sont rapprochés mercredi jusqu’à 5 km au nord de Kiwanja, faisant craindre une possible attaque Mai-Maï sur la ville et poussant à la fuite de nombreux habitants.

Quelques groupes de personnes commençaient néanmoins à revenir dans le centre-ville dans l’après-midi, en s’enquérant prudemment de la situation.

Le retrait de la rébellion du front nord est le premier signe encourageant sur le terrain depuis la visite en fin de semaine au Nord-Kivu de l’envoyé spécial de l’ONU.

M. Obasanjo avait alors rencontré le chef rebelle Laurent Nkunda et obtenu de lui un engagement à respecter un cessez-le-feu proclamé unilatéralement le 29 octobre par la rébellion et resté depuis lettre-morte.