Politique

Rwanda: la sensible affaire Kabuye pourrait « crever l’abcès » entre Paris et Kigali

Source de tensions entre Paris et Kigali, l’arrestation et l’extradition mercredi en France de Rose Kabuye, chef du protocole rwandais, pourrait néanmoins permettre de « crever l’abcès », selon les mots de Paul Kagame, qui bloque toute réconciliation entre les deux pays.

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Mis à jour le 19 novembre 2008 à 21:38

Rwanda: la sensible affaire Kabuye pourrait « crever l’abcès » entre Paris et Kigali © AFP

Rwandais et Français entrent, en effet, dans le vif du différend qui les oppose depuis deux ans et qui a abouti à la rupture, par Kigali, des relations diplomatiques entre les deux capitales, déjà tendues depuis le génocide de 1994.

Mme Kabuye, arrêtée le 9 novembre en Allemagne, était visée par l’un des neuf mandats d’arrêts lancés en novembre 2006 par le juge français Jean-Louis Bruguière contre des proches de M. Kagame.

Ils sont soupçonnés d’avoir participé à l’attentat en avril 1994 contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, élement déclencheur du génocide qui a fait, selon l’ONU, 800. 000 morts principalement parmi la minorité tutsie.

Jusqu’à présent, le président Kagame exigeait des autorités françaises la levée des mandats d’arrêt, particulièrement mal acceptés par un gouvernement qui accuse Paris d’avoir été complice du génocide.

Avec l’arrestation de Mme Kabuye, les autorités françaises constatent un changement de stratégie de Kigali.

« Les Rwandais ont clairement décidé de rentrer dans la logique d’accéder au dossier », affirme une source proche de l’exécutif français.

M. Kagame a lui-même reconnu que Mme Kabuye s’était rendue en Allemagne en toute connaissance des risques encourus. « Nous avons estimé qu’il valait mieux interjeter appel contre la procédure plutôt que de laisser Rose Kabuye à la maison », a-t-il expliqué.

« Nous attendons l’issue de ce procès. Nous voulons que l’abcès soit crevé », a-t-il déclaré plus tard.

De leur côté, les avocats de la Rwandaise ont fait valoir qu’ils pourraient désormais contre-attaquer. Un témoin clé vient de disculper Mme Kabuye, « qui, parmi les neuf personnes visées par les mandats, n’est pas celle contre laquelle sont retenues les charges les plus lourdes », selon une source proche du dossier.

De l’avis des diplomates français, ces mandats d’arrêt sont le principal obstacle à une normalisation des relations entre Paris et Kigali, souhaitée par le président Nicolas Sarkozy dès son arrivée au pouvoir, en mai 2007. Kigali avait alors salué « la nouvelle attitude de la France », marquée notamment par des arrestations de génocidaires présumés.

M. Sarkozy a reconnu des « faiblesses ou erreurs » commises par la France au Rwanda et, pour la première fois depuis 2004, un ministre français, en la personne du chef de la diplomatie Bernard Kouchner, s’est rendu à Kigali.

Mais en septembre à New York, à l’issue de la deuxième rencontre entre MM. Sarkozy et Kagame, M. Kouchner faisait état d’un « blocage » persistant, en raison des mandats d’arrêt.

Entre-temps, le ton est encore monté à Kigali, avec la publication d’un rapport d’enquête concluant à la « participation » de la France au génocide, assorti de la menace de mandats d’arrêt contre des responsables français.

« L’abcès crevé », la procédure judiciaire qui s’annonce va-t-elle pour autant ouvrir la voie à un rapprochement entre Paris et Kigali?

Du côté des autorités françaises, le ton reste prudent. Si on laisse entendre que le fait que les Rwandais aient accès au dossier peut rendre la procédure plus équilibrée, on souligne également que « la justice est indépendante ».

« L’affaire n’est pas entre nos mains et ce sera à nous de gérer ses éventuelles conséquences diplomatiques si les choses se crispent », indique la source proche de l’exécutif. Le sort judiciaire de Mme Kabuye, remise en liberté ou incarcération, sera déterminant.

Un diplomate de haut rang s’est récemment rendu au Rwanda pour évoquer l’affaire Kabuye mais aussi la crise dans l’est de la République démocratique du Congo, dont le voisin rwandais est l’un des acteurs majeurs, a confirmé cette source.