Politique

Guinée-Bissau: attaque contre la résidence présidentielle, au moins un mort

Des militaires ont attaqué dimanche la résidence du président de Joao Bernardo Vieira, faisant au moins un mort, une semaine après des élections législatives censées apporter la stabilité à ce petit pays pauvre et instable d’Afrique de l’ouest.

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Mis à jour le 23 novembre 2008 à 22:58

Guinée-Bissau: attaque contre la résidence présidentielle, au moins un mort © AFP

Le chef de l’Etat bissau-guinéen a affirmé au président de la Commission de l’Union Africaine (UA) Jean Ping que la « mutinerie » de militaires contre lui avait échoué. Mais la situation restait très tendue dans ce pays, plaque tournante du trafic de cocaïne sud-américaine vers l’Europe.

L’attaque de la résidence présidentielle a été menée vers 03H00 (locales et GMT) par un groupe de militaires. Deux heures plus tard, des « coups de feu » ont été entendus près de la caserne de Mansoa (70 km de la capitale), une des plus importantes du pays, selon des témoins.

« Nous avons enregistré un mort du côté des assaillants et plusieurs blessés dans nos rangs » lors de l’attaque de la résidence présidentielle, a indiqué sous couvert d’anonymat un responsable au ministère bissau-guinéen de l’Intérieur.

Dimanche, la situation était « sous contrôle » et la zone où habite le chef de l’Etat est « entièrement quadrillée par nos éléments », a affirmé une source à l’état-major de l’armée.

Selon le responsable du ministère de l’Intérieur, au moins « trois assaillants » ont été arrêtés et sont interrogés. Mais plusieurs autres ont réussi à s’enfuir et « à subtiliser une importante quantité d’armes entreposées dans la cour arrière de la résidence présidentielle », selon un élément de la garde présidentielle.

Un neveu de l’ex-président Kumba Yala, le sergent Alexandre Tchama Yala, présenté comme « l’homme qui a dirigé les opérations » et « le cerveau » est en outre activement recherché, a-t-on appris auprès de l’état-major de l’armée.

En début d’après-midi, le président de la Commission de l’UA a fait savoir que lors d’une nouvelle conversation téléphonique avec le président Vieira, ce dernier l’avait « informé de l’échec de la mutinerie qui a éclaté (dimanche) matin ».

Mais « la situation demeure encore précaire et, comme telle, requiert une attention soutenue », a poursuivi M. Ping qui a réitéré « l’attachement indéfectible de l’UA au respect de la légalité ».

Les Nations unies, l’Union européenne (UE) et la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) ont condamné cette attaque « avec véhémence », dans un communiqué commun.

Le Portugal, ex-puissance coloniale, a également condamné les violences et appelé au « respect de l’ordre constitutionnel ».

Dès le début des troubles, le président Viera avait téléphoné à son homologue et voisin, le chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade, qui a alerté la communauté internationale.

Mutinerie motivée par des intérêts catégoriels ou tentative de coup d’Etat, le flou subsistait dimanche sur les motivations des assaillants.

Mais « il y avait des signes avant-coureurs que nos agents avaient noté ces derniers jours », a déclaré à l’AFP le ministre de l’Administration interne (Intérieur) Cipriano Cassama.

Ces violences interviennent après la publication vendredi des résultats provisoires des élections législatives du 16 novembre, donnant une large victoire (67 sièges sur 100) à l’ex-parti unique de Guinée-Bissau, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap vert (PAIGC).

Ces résultats avaient été vivement contestés par Kumba Yala, élu président en 2000 et renversé en 2003 par l’armée, et chef du Parti de la rénovation sociale (PRS, 35 députés dans l’Assemblée sortante).

Selon les résultats officiels provisoires du scrutin de dimanche, le PRS a obtenu 28 sièges sur 100.

M. Yala avait « lancé un appel pressant à tous les militants, sympathisants et dirigeants du PRS afin qu’ils ne reconnaissent pas les résultats manipulés » des élections.