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Zimbabwe: Robert Mugabe appelle l’Occident à lever ses « sanctions cruelles »

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Mis à jour le 19 mars 2009 à 22:39

Le président du Zimbabwe Robert Mugabe a appelé jeudi l’Occident à lever les « sanctions cruelles » imposées à son cercle de proches pour favoriser le redressement de l’économie zimbabwéenne, mais s’est heurté à une fin de non recevoir de Washington.

« Au nom du gouvernement d’union et du peuple zimbabwéen, j’appelle les amis du Zimbabwe à nous venir en aide », a déclaré le chef de l’Etat en présentant un plan de relance de l’économie.

« Et j’exhorte l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis à lever leurs sanctions, qui sont inhumaines, cruelles et infondées », a-t-il ajouté lors d’une cérémonie publique à Harare.

Les Etats-Unis ont immédiatement réagi: le Zimbabwe « a du chemin à faire avant que nous levions une quelconque sanction ciblée » contre les dirigeants du pays, a répondu un porte-parole du département d’Etat, Robert Wood.

Début mars, le président Barack Obama avait déjà reconduit pour un an les sanctions américaines, estimant que la crise politique au Zimbabwe n’était pas résolue malgré le partage du pouvoir entre M. Mugabe et son ancienne opposition.

Les sanctions occidentales avaient été adoptées après la réélection controversée de M. Mugabe en 2002 et renforcées à plusieurs reprises. Elles visent une nombre restreint de proches de Robert Mugabe, dont les avoirs ont été gelés et qui sont interdits d’entrée sur les sols européens et américains.

Depuis la formation d’un gouvernement d’union entre M. Mugabe et son rival historique Morgan Tsvangirai à lami-février, l’Afrique australe a demandé à l’Occident de lever ses sanctions. Mais l’UE et Washington attendent des réformes concrètes avant de changer leur politique.

Robert Mugabe, 85 ans et au pouvoir depuis l’indépendance en 1980, a toujours estimé que ces sanctions étaient responsables de la crise économique au Zimbabwe, caractérisée par une hyperinflation de plusieurs milliards pour cent, un taux de chômage de 94% et une production au point mort.

Il leur a encore imputé jeudi les « difficultés socio-économiques » dans les secteurs productifs comme « l’agriculture, les mines, l’industrie, le commerce et le tourisme », priorités du Programme de relance d’urgence à court terme (Sterp).

« La mise en oeuvre réussie du Sterp nécessitera des ressources substantielles et nous espérons que nous trouverons l’argent nécessaire », a-t-il déclaré, sans donner de chiffres.

Son nouveau Premier ministre Morgan Tsvangirai avait précédemment estimé à cinq milliards de dollars les fonds nécessaires pour redresser le pays.

Concrètement, le plan de relance prévoit la fin du contrôle des prix, une mesure adoptée par l’ancien régime pour tenter de contrer l’hyperinflation mais qui a en fait accéléré le déclin de la production. Faute de couvrir leurs coûts, la plupart des entreprises avaient en effet freiné ou arrêté leur activité.

Le président a également promis d’améliorer « les ressources en énergie, en eau, en transport et en communication ». Ces infrastructures sont dans un état de délabrement inouï, qui complique la lutte contre une épidémie de choléra ayant fait plus de 4. 000 morts depuis août.

Le plan de relance prévoit également de calculer l’inflation en devises étrangères, dont l’usage a été légalisé en janvier, et non plus en dollars zimbabwéens. La dernière mesure officielle remonte à juillet et fait état d’un taux annuel d’inflation de 231 millions %.

Le Sterp estime qu’en devises étrangères, l’inflation pourrait être ramenée à 10% d’ici la fin de l’année.