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Zimbabwe: on trouve désormais tout dans les supermarchés, sauf des clients

Les supermarchés de Harare sont désormais bien achalandés, après des mois à vide à cause d’une hyperinflation aujourd’hui contenue. Mais les clients ne se pressent pas aux caisses: la majorité des Zimbabwéens ne peut toujours pas s’offrir les denrées de base.

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Mis à jour le 16 juin 2009 à 07:57

Zimbabwe: on trouve désormais tout dans les supermarchés, sauf des clients © AFP

« Les magasins regorgent de produits mais pour nous, ça ne fait aucune différence parce qu’on ne peut pas se les payer », explique Marian Chituku, 36 ans, qui sort d’un supermarché avec une miche de pain pour toute emplette.

« C’est comme si tous ces produits n’existaient pas. On les regarde seulement sur les étals », ajoute cette mère de trois enfants.

Il faut compter 2 dollars US pour deux kilos de sucre, 1 dollar pour un demi-litre de lait et environ 1 dollar pour du pain.

Des prix hors de portée pour bon nombre de Zimbabwéens puisque 95% de la population, selon le ministre des Finances Tendai Biti, vit avec moins de 0,35 dollar par jour.

Dans ces conditions, environ 70% des 13 millions d’habitants de ce pays d’Afrique australe, qui fut un temps le grenier à céréales de la région, dépend de l’aide alimentaire.

Chez Marian, qui vend des légumes dans le quartier pauvre de Chitungwiza, on boit du thé sans lait en fin de matinée, on s’abstient de déjeuner et au dîner, on mange une bouillie de maïs avec quelques légumes.

Les produits alimentaires sont très chers, mais l’achalandage des supermarchés a malgré tout changé du tout au tout en quelques mois. L’an dernier, les rayons étaient quasi vides.

Les entreprises locales avaient en effet fermé ou tournaient au ralenti à cause d’une inflation inouïe, de l’ordre de plusieurs milliards pour cent en 2008 selon les économistes.

La situation a encore empiré quand le gouvernement a obligé les commerces à baisser leurs prix, les accusant de collusion avec les puissances occidentales soupçonnées par le président Robert Mugabe de vouloir renverser son régime. Résultat, trouver du lait, du pain ou de l’huile relevait du casse-tête.

Mais avec la mise en place en février d’un gouvernement d’union nationale, auquel participent les anciens ennemis d’hier, et l’abandon de la devise nationale en début d’année, les prix ont commencé à légèrement baisser: -3,1% en février et -1,1% en avril.

Pour tenter de mettre fin à la pénurie de nourriture, les autorités ont aussi assoupli les règles d’importation, permettant l’entrée dans le pays de produits de base, comme le sucre, l’huile et le savon, qui viennent essentiellement de l’Afrique du Sud voisine.

« C’est complètement différent de l’an dernier quand les magasins étaient vides », souligne Josephine Marucchi, une retraitée d’origine européenne installée au Zimbabwe et qui ne sait plus où donner de la tête au rayon fromage d’un supermarché du quartier chic de Mount Pleasant.

Aujourd’hui, elle peut aussi se laisser tenter par des fruits de mer, de l’huile d’olive, des pâtes, du jambon d’Italie ou encore du chocolat. « On peut tout avoir. . . à condition d’en avoir les moyens », reconnaît-elle.

« Le principal défi est l’incapacité (d’une majorité de la population) d’acheter les produits alimentaires », note l’économiste Prosper Chatambara à Harare.

« La majorité des travailleurs gagnent 100 dollars (71 euros) par mois », alors que le conseil des consommateurs du Zimbabwe a estimé début juin qu’une famille de cinq personnes avait besoin d’au minimum 437 dollars (311 euros), ajoute-t-il à l’AFP. Dans ces conditions, « les produits de base sont devenus des produits de luxe », conclut-il.