Politique

Ben Barka: le juge refuse de répondre aux demandes « politiques » d’Interpol

Le juge d’instruction parisien chargé de l’enquête sur la disparition de Mehdi Ben Barka a refusé de fournir les renseignements demandés par Interpol pour débloquer les mandats d’arrêt visant quatre Marocains, suggérant qu’il ne se prêterait pas à de possibles manoeuvres « politiques ».

Par
Mis à jour le 8 octobre 2009 à 17:46

Ben Barka: le juge refuse de répondre aux demandes « politiques » d’Interpol © AFP

Diffusés le 18 septembre par Interpol deux ans après avoir été signés par le juge Patrick Ramaël, ces mandats, dont l’un vise le chef de la gendarmerie royale marocaine, ont été bloqués quelques jours plus tard par le parquet de Paris dans l’attente de « précisions » demandées par l’organisation internationale.

Prié de fournir ces renseignements, le juge a sèchement répondu par la négative, dans un document adressé au parquet qu’a pu consulter l’AFP.

M. Ramaël « estime inutile et hypocrite de +fournir de plus amples éléments afin de permettre d’apprécier s’il s’agit d’une affaire mettant en cause des responsabilités étatiques+ », reprenant les termes de la demande d’Interpol.

Interpol « revendique le blocage des diffusions sollicitées selon des procédures (. . ) qui tiennent compte des intérêts politiques et diplomatiques », ajoute-t-il dans ce document, versé au dossier.

L’enquête sur la disparition en 1965 de Mehdi Ben Barka est régulièrement de sources de tensions entre la France et le Maroc.

Le juge Ramaël est rompu aux affaires franco-africaines puisqu’il est aussi en charge de l’enquête sur la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en 2004 en Côte d’Ivoire.

Dans son courrier, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles la diffusion de ces mandats a été bloquée pendant deux ans.

« Je ne peux expliquer pourquoi, pendant pratiquement deux ans, vous n’avez pas transmis ces mandats d’arrêt », souligne-t-il dans son courrier.

« Manifestement, l’affaire Ben Barka continue de déranger 44 ans après », ajoute-t-il, rappelant que les mandats d’arrêts émis en 1966, en particulier contre Mohamed Oufkir à l’époque ministre marocain de l’Intérieur, n’avaient pas été transmis au Maroc.

Ben Barka, chef de file de l’opposition marocaine en exil, a disparu le 29 octobre 1965 à Paris, lors d’une opération menée par les services marocains du roi Hassan II avec la complicité de policiers et de truands français.

L’affaire n’a jamais été totalement élucidée malgré deux instructions judiciaires. Le corps de Ben Barka n’a toujours pas été découvert et les conditions de sa mort n’ont pas été établies.

Outre le général Benslimane, les mandats suspendus visent le général Abdelhak Kadiri, ancien patron du renseignement militaire, Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, un membre présumé du commando marocain auteur de l’enlèvement, et Abdlehak Achaachi, agent du Cab 1, une unité secrète des services marocains.

L’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, a fait part de son soutien au juge, indiquant qu’il « souscrivait tout à fait à sa manière de réagir ».

« Après des contacts qu’il a pu avoir sur les questions qui lui étaient posées, le juge a senti qu’on se moquait de lui », a-t-il dit à l’AFP.

« Pour la famille Ben Barka », le blocage des mandats, quelques jours après leur diffusion, « montre la complicité au plus haut niveau entre la France et le Maroc ».

De son côté, le parquet de Paris a indiqué qu’il n’avait encore reçu aucun courrier du juge Ramaël en milieu d’après-midi tandis que la Chancellerie n’avait pas réagi.