Politique

A Ouagadougou, recyclage du plastique le matin, alphabétisation l’après-midi

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Mis à jour le 26 octobre 2009 à 07:42

A Ouagadougou, la défense de l’environnement va de pair avec l’éducation. Près de la décharge de la capitale du Burkina Faso, une trentaine de femmes recyclent les déchets plastiques avant de suivre, l’après-midi, des cours d’alphabétisation.

Bidons et bouteilles en plastique s’amoncellent d’abord dans la cour en terre. Puis ces déchets collectés à travers toute la ville sont triés, lavés puis concassés avant d’être revendus aux industries locales pour en faire des récipients ou des chaises.

« Chaque matin, la population de Ouagadougou nous envoie les déchets plastiques », explique à l’AFP la vice-présidente des femmes du Centre de récupération des déchets plastiques de Ouagadougou, Marie-Claire Koussoubé.

« On fait le tri par type de plastique, on pèse et puis on achète au collecteur à 30 ou 50 FCFA (0,04 à 0,07 euro) le kilo » de plastique, poursuit-elle.

Construit en 2001 grâce à une organisation non gouvernementale italienne, le centre est aujourd’hui géré de façon autonome par 30 femmes qui se sont constituées en association après le retrait de l’ONG. Chaque membre représente un des 30 secteurs de Ouagadougou.

Sur 800 tonnes de déchets que produit chaque mois la capitale de ce pays sahélien enclavé, 6 à 8 tonnes de déchets plastiques sont récupérées par l’association auprès des populations et de la décharge de la ville située à quelques mètres du Centre.

Cette collecte du plastique à travers Ouagadougou contribue à rendre la ville plus propre. Mais le recyclage constitue également une source de revenus supplémentaire.

« Ce travail nous aide beaucoup parce que nombre de femmes ici vivent seules. Leurs maris sont décédés », explique Mme Oumou Ouédraogo, membre du Centre.

« Mais grâce au travail que nous faisons, elles arrivent à subvenir à leurs besoins, payer les cahiers pour leurs enfants qui vont à l’école et aider leur mari pour celles qui en ont », souligne-t-elle. Avec les primes au rendement et grâce aux 30. 000 FCFA (45 euros) de rémunération mensuelle, certaines d’entre elles ont pu acquérir des vélos ou des cyclomoteurs, indique Mme Ouédraogo. Mais c’est aussi une occasion pour la plupart de ces femmes analphabètes, d’apprendre à lire et à écrire soit en mooré (dialecte parlé par les Mossi, ethnie majoritaire au Burkina Faso), soit en français.

Après plusieurs heures de travail, celles-ci poursuivent leur journée par des cours d’alphabétisation dont l’objectif premier est de les aider à résoudre des problèmes pratiques dans leur vie quotidienne.

« A leur âge, ce ne sont pas les diplômes qui les intéressent. Il s’agit plutôt de les aider à gérer au mieux, à organiser, leur vie quotidienne », indique Félicité Ouédraogo, chargée de l’alphabétisation en langue française.

Dans la cour du Centre, les femmes apprennent ainsi le calcul, la façon dont on gère un compte ou dont on répond à une lettre, mais suivent aussi des cours sur l’hygiène, la planification familiale, la protection de l’environnement, la coupe abusive du bois et la scolarisation des filles.

Emilienne Tapsoba, 60 ans, en est ravie: « on apprend à écrire, à lire, à calculer en Mooré. J’en suis très contente. Maintenant je peux lire, je peux calculer sans l’aide de personne. «