Politique

Côte d’Ivoire : les défis du nouveau recensement électoral

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Un électeur signe devant des assesseurs, en 2010 (imagine d'illustration).

Un électeur signe devant des assesseurs, en 2010 (imagine d'illustration). © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Durant deux semaines, les électeurs ivoiriens sont appelés à s’inscrire dans les centres d’enrôlement en vue de la présidentielle d’octobre 2020.

« La CEI compte, c’est toi qui donnes ta voix », « La CEI organise, c’est vous qui choisissez le vainqueur ». Sur de principales artères de la ville d’Abidjan et de certaines villes de l’intérieur du pays, les grands panneaux publicitaires de la Commission électorale indépendante (CEI) passent des messages de sensibilisation. Objectif : inciter les potentiels électeurs à s’inscrire sur la liste électorale et à créer la confiance entre les populations et les acteurs intervenant dans le processus électoral.

L’enjeu est de taille. Pour Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, président de la CEI, l’opération vise près de cinq millions de nouveaux électeurs, ce qui devrait porter la population électorale à 11,5 millions, sur une population générale estimée à 25 millions d’habitants. À cet effet, 10 848 centres d’enrôlement devraient être ouverts, dans l’ensemble des 33 régions, 108 départements et 509 sous-préfectures. 35 000 agents recenseurs sont également annoncés. Innovation majeure : l’électeur déjà inscrit peut directement consulter sa présence sur la liste électorale sur le site internet de la CEI.

Opération « indispensable » pour l’opposition

L’un des enjeux sera l’afflux des populations. Lors de la dernière opération en vue des élections locales de 2018, la CEI avait essuyé un important revers. Au terme de deux semaines de recensement, seules 428 000 personnes s’étaient inscrites, alors que 4 millions étaient attendues, pour un budget de 4,6 milliards francs CFA (7,3 millions d’euros).

Les observateurs espèrent une meilleure affluence cette année. L’opposition dans son ensemble, emmenée par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) et les deux tendances du Front populaire ivoirien (FPI de Pascal Affi N’Guessan et de Laurent Gbagbo), a appelé ses partisans à « envahir » les centres d’enrôlement.

Depuis 2011, à la suite du transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI), les partisans de ce dernier boycottaient systématiquement toutes les élections. La libération conditionnelle de ce dernier et l’espoir d’un retour (hypothétique) avant la présidentielle d’octobre 2020 galvanisent ses troupes en Côte d’Ivoire. « Cette opération est indispensable pour nous assurer d’une victoire certaine à la prochaine élection », assure l’ancienne ministre Danièle Boni-Claverie, présidente de l’Union pour la République et la démocratie (URD, proche de Gbagbo).

Difficultés

Outre la faible mobilisation des potentiels électeurs, il faut craindre que les tracasseries administratives ne soient un frein à l’opération. Au nombre de celles-ci, la lenteur dans la délivrance des cartes nationales d’identité ou des entraves orchestrées par des fonctionnaires.

L’opération de renouvellement des Cartes nationales d’identité (CNI) a en effet connu plusieurs ratés. Les premières pièces d’identité promises pour la première quinzaine d’avril par Sitionni Gnénin Kafana, directeur général de l’Office nationale de l’état civil et de l’identification (Oneci), n’ont toujours pas été livrées. Conscient de cette entrave, le gouvernement a donc pris des mesures, en réduisant le coût du timbre sur les certificats de nationalité et de résidence.

Les moyens ont été dégagés et la machine est rodée depuis plus de dix ans

De son côté, le président de la CEI met en garde « certains agents de l’administration (qui), sans avoir l’ordre de leur hiérarchie, s’autorisent, comme à l’accoutumée, de subordonner la délivrance de ces documents au paiement d’une certaine somme. Cela est interdit ». Pour ce qui est du déploiement des équipes, la crise du coronavirus et les mesures barrières ne devraient pas être un réel frein. « Les moyens ont été dégagés et la machine est rodée depuis plus de dix ans», soutient une source proche de la CEI.

Boycott du scrutin ?

Coût global du processus électoral, comprenant la présidentielle de 2020 et les législatives de 2021 : 87,9 milliards FCFA (134 millions d’euros), dont 79 milliards FCFA (120 millions d’euros) supportés par le budget de l’État. 8,1 milliards FCFA (12,2 millions d’euros) sont apportés par les partenaires financiers du Système des Nations unies, dont le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

À quatre mois de la présidentielle, alors que certains acteurs politiques, notamment de l’opposition, appellent à un report du scrutin, la CEI met les bouchées doubles en vue de tenir dans le délai constitutionnel. La crise postélectorale de 2010, qui a débuté par un manque de consensus au sein du bureau central de la CEI, alors présidé par Youssouf Bakayoko, est toujours dans tous les esprits. Quant à Coulibaly-Kuibiert, il reste fixé sur « la promotion de la maturité démocratique de notre pays ».

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte