Politique

Kenya ou Djibouti, qui représentera l’Afrique au Conseil de sécurité ?

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Conseil de sécurité de l’ONU, le 30 septembre 2015

Conseil de sécurité de l'ONU, le 30 septembre 2015 © Seth Wenig/AP/SIPA

Le vote de l’Assemblée générale de l’ONU mettra fin, le 17 juin, à la bataille sans merci que se livrent les deux pays pour le fauteuil africain au sein du Conseil de sécurité.

Depuis plus de deux ans, Djibouti n’en démord pas. « Selon les règles de l’Union africaine, nous sommes incontestablement le seul candidat africain légitime », a une nouvelle fois asséné Mohamed Siad Doualeh, l’ambassadeur djiboutien auprès de l’ONU, lors du « grand oral » organisé par visioconférence le 27 mai, à New York.

Devant plus de 210 ambassadeurs et représentants d’ONG, et à quelques jours du vote qui, le 17 juin, désignera les cinq nouveaux membres non permanents au Conseil de sécurité pour 2021-2022, Mohamed Siad Doualeh en a même fait « une question de principe ».

Embarrassante guerre d’influence

Qui de Djibouti ou du Kenya rejoindra le Niger et la Tunisie pour représenter l’Afrique au sein de l’une des principales instances des Nations unies ? Jusqu’en août 2019, la voie semble toute tracée pour la petite République, qui, dès fin 2016, fait acte de candidature à un siège qu’elle a déjà occupé en 1993-1994. Elle semble même bénéficier d’un large soutien auprès de l’UA, chargée de valider les candidats.

Mais c’était avant que le Kenya ne dévoile ses intentions et ne réussisse à convaincre les pays anglophones de voter pour lui. C’est chose faite fin août, puisque le Kenya est désigné par 37 voix contre 13 pour son challenger. Quelques semaines plus tard, Nairobi, qui a déjà siégé au Conseil de sécurité en 1977-1978, puis en 1997-1998, peut fièrement afficher dans le hall du quartier général de l’ONU, une large bannière affirmant que sa candidature est « soutenue par l’Union africaine ».

Le coup est rude pour Djibouti, qui s’estime alors « victime d’une injustice », comme le déclare son ministre des Affaires étrangères, Mahmoud Ali Youssouf. Pas question néanmoins pour le pays de se retirer d’une course qu’il estime faussée, puisque « l’UA a constaté plusieurs vices de procédures lors de son dernier sommet en janvier », rappelle Mohamed Siad Doualeh. Sans que cela ne remette en cause les résultats du vote.

Une véritable guerre d’influence démarre alors entre les deux adversaires, sous le regard consterné et gêné des 52 autres pays africains qui, depuis cet épisode, évitent de se prononcer sur le sujet. « C’est une situation très embarrassante pour le continent, confirme depuis New York le représentant d’un pays africain tiers, que beaucoup espèrent ne jamais revoir ».

Le Kenya a fait preuve d’une arrogance certaine vis-à-vis de Djibouti

C’est que la bataille a été féroce. « Une véritable guerre des tranchées », estime Mohamed Siad Doualeh, en première ligne depuis de longs mois. Les rencontres entre les deux présidents, Ismaïl Omar Guelleh et Uhuru Kenyatta, en septembre à New York, puis à Sotchi fin octobre, n’ont pas permis de mettre un terme à cette rivalité fratricide, inédite entre pays africains.

Un temps à l’étude, l’idée d’un partage du siège, tel que l’avait envisagé les Pays-Bas et l’Italie en 2016, a vite été abandonnée. « Le Kenya a fait preuve d’une arrogance certaine vis-à-vis de Djibouti, reprend notre diplomate africain, et cela n’a pas facilité la recherche d’un possible compromis ». Qui n’a donc pu être trouvé.

En campagne jusqu’au bout

L’irruption de la pandémie de Covid-19 n’a rien changé à l’affaire, chaque camp poursuivant ses actions de lobbying pour faire la différence à l’heure du vote. « Malgré le confinement, nous avons organisé des rencontres thématiques en visioconférence et, même si en diplomatie rien ne remplace le face-à-face, nous avons multiplié les interactions avec les autres ambassadeurs pour présenter notre programme », explique Mohamed Siad Doualeh, qui prévoit de garder le même rythme jusqu’à la veille du scrutin.

« Nous allons continuer de frapper à toutes les portes », confirme le diplomate djiboutien, qui affirme déjà pouvoir compter sur l’appui officiel des pays membres de la Ligue arabe, de l’Organisation de la coopération islamique et de l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi que du Forum des petits États, auquel appartient Djibouti.

Si aucun pays n’obtient deux tiers des votes, un second tour sera organisé avant la fin du mois

Les deux candidats n’ont plus que quelques jours pour tenter de convaincre les dernières parties hésitantes, en marchandant notamment leurs votes au sein des différentes organisations onusiennes. « Le scrutin s’annonce très serré », affirme un observateur européen.

Les 193 votants se déplaceront tous physiquement, par groupe de 24, pour déposer leur bulletin dans l’urne. Les résultats sont attendus en milieu de journée, avec l’objectif, pour Djibouti comme pour le Kenya, de réunir les deux tiers des participants autour de leur candidature. Dans le cas contraire, un second tour sera organisé avant la fin du mois.

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