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De Gaulle dans tous ses états

Qui était mieux placé que son fils pour dresser le portait d’un être aussi complexe que le fondateur de la Vè République? Le public ne s’y est pas trompé, faisant un best-seller du livre de souvenir de l’amiral. J.AI. vous en propose un commentaire inspir

Par - Henri Marque
Mis à jour le 23 août 2004 à 01:00

De tous les « mots » de De Gaulle, le plus souvent cité et celui sans doute qui a le plus de chances de lui survivre, c’est le fameux « les Français sont des veaux ». Cité par ses propres victimes, avec cette autre particularité nationale que les veaux, ce sont toujours les autres. Comment s’en étonner dans ce pays dont Pierre Daninos écrivait déjà, dans les premières années de la IVe République, qu’il compte « 40 millions de sujets, dont 40 millions de sujets de mécontentement ». De Gaulle l’a-t-il au moins prononcé ce mot d’un dédain cruel ? « Ah, ça oui ! » répondrait-il aujourd’hui avec cet « accent graillonnant et gouailleur » qui amplifiait ses sarcasmes. Prononcé et répété sur tous les modes et dans toutes les circonstances – ce qui faisait dire à son ministre confident Alain Peyrefitte : « De Gaulle aime la France plus que les Français. »
La première fois qu’il le prononça devant Philippe, c’était en juin 1940 à Londres à l’hôtel Connaught, après avoir stigmatisé l’Armistice au micro de la BBC. « Les Français sont des veaux, ils sont bons pour le massacre, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Ils sont comme cela depuis les Gaulois », ajoutait-il en citant Hannibal et César, lequel les trouvait « courageux et téméraires, mais vite découragés et jamais contents ».
Stigmatisant la France « vacharde », il se désolait de constater que les Français « s’avachardisent », terme militaire, précise son fils, « pour signifier qu’ils s’avachissent en grognant ». Il ne cessait de fulminer contre leurs travers et leurs attitudes, jusque dans sa voiture où il s’agaçait de la circulation : « Comment voulez-vous conduire des gens qui ne savent pas se conduire entre eux… La pagaille, voilà leur maladie. » Il leur trouvait bien d’autres maux : l’envie, ce vice national « qui est vraiment leur côté le plus bas, cette colère du perdant, sentiment des vaincus et des haineux qui estiment toujours que les succès d’autrui se font à leur détriment, et font la révolution pour détruire l’élite qu’ils se sentent incapables de remplacer ». Il expliquait qu’à la différence de l’Angleterre, la France, « où l’État passe son temps à jouer les nounous », reste « très exposée à la lutte des classes » dans laquelle on hait le patron « par principe ou par raison sociale ou idéologique ».
Philippe souligne l’actualité de ces propos en rappelant les hécatombes de la canicule dans notre pays, « alors qu’il y a eu si peu de morts en Grande-Bretagne où le sentiment de solidarité est très développé ». Mais tout n’est-il pas désespérément actuel dans ces évocations filiales, quand de Gaulle assure par exemple que la défaite de 1940 poursuivra les Français « pendant au moins une génération… ils auront longtemps cette casserole à traîner, et s’ils venaient à l’oublier, d’autres se chargeraient de la leur rappeler. Les Américains les premiers, qui veulent que les Français ne cessent jamais de les remercier de les avoir libérés et de se considérer comme leurs obligés pour l’éternité ». Le chapitre sur « les Français tels qu’ils sont », un des plus virulents et à la fois des plus blasés du livre, aligne avec une verve amère les tirades vengeresses. Sur leur versatilité : « Qui peut marcher droit les yeux tournés à droite ou à gauche sans se casser le nez contre un mur ? » grommelle-t-il avant de décrire nos compatriotes, en 1968, « bêtifiant dans le laxisme » pour « se défiler de l’effort ». Sur leur complexe d’infériorité : « C’est pour cela qu’ils n’ont plus voulu de moi. La présence de De Gaulle à la tête de l’État était pour eux comme un remord vivant. »
Sur les intellectuels « qui ne peuvent être qu’à gauche… parce que le monde n’est jamais juste… Ah ! ce pauvre malheureux qui arrache le sac de la vieille dame… S’il était PDG, il laisserait les vieilles dames tranquilles. »
Sur la France, au contraire, de Gaulle ne tarit pas d’exclamations lyriques : « Elle serait si belle sans les Français » qui « ne méritent pas de l’habiter. » Elle est « la lumière du monde, humaine, universelle… Elle a été la mieux équilibrée dans l’art et la culture, les écrits, l’architecture, les jardins, les châteaux, la peinture. Même si cela a été un peu plus tardif, elle a fourni de grands médecins, de grands scientifiques, de grands généraux… C’est elle qui a donné le la à l’interdiction de l’esclavage, le la à l’indépendance des nations, le la au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et si ce sont les États-Unis qui ont proclamé les premiers les droits de l’homme et du citoyen – je dis « du citoyen » et pas seulement les droits de l’homme -, c’est bien la France qui les a inspirés. Car, à la différence des autres, elle n’a jamais oeuvré uniquement pour elle-même. Son génie a éclairé le monde entier. C’est sa particularité. Elle a toujours travaillé pour l’intérêt général, et parfois, d’ailleurs, contre son propre intérêt ».
Philippe nous apprend que sur la cheminée de sa bibliothèque de Colombey de Gaulle n’avait placé qu’un seul ornement : un très beau bronze représentant un homme tirant de l’eau l’épave de la France, cette France dont Malraux a écrit qu’il était « possédé ». Mais que de tendresse refoulée dans cette étrange relation d’amour-haine avec son peuple ! Car ces Français « immatures, individualistes forcenés, trouillards, peuple de gueulards toujours prêts à tout casser quand on contrarie leur intérêt personnel », dont « la malveillance et le dénigrement, fulminait-il encore en citant son écrivain préféré, Chateaubriand, sont les deux caractères », il reconnaît, une fois ses humeurs retombées, qu’ils sont aussi « capables de tout, même du meilleur ». Ses fureurs contre eux sont celles d’une passion constamment déçue de ne pas recevoir en retour un égal attachement. « Comment aurais-je pu me pencher sur le sort de gens que je n’aurais pas aimés ? »
D’où ces bains de foule dont il ne se lassait pas. Tel le dieu Antée retrouvant ses forces dès qu’il touchait le sol, il y reprenait espoir et vie. Il les avait inaugurés à Londres avec les premiers volontaires de la France libre. Ils furent tout au long de sa carrière politique son lien charnel avec le pays profond, le signe d’un consentement sans lequel il s’estimait privé de légitimité pour exercer son pouvoir. « C’est ce qui l’a déboussolé en mai 1968, quand il a vu qu’il n’avait plus le contact avec les gens qui manifestaient dans la rue, jusqu’au moment où, le 30 mai, la France profonde l’a repris dans ses bras. »
Quand Philippe se rend à l’Élysée dans la soirée du 27 mai pour une conversation « entre hommes » avec son père, il le trouve « fatigué, parlant d’abord avec détachement, comme absent, une lueur d’irritation dans son regard… À part deux ou trois ministres et encore ! le gouvernement ne suit plus mes directives. Je n’ai plus barre sur personne. J’ai pratiquement perdu le contrôle de l’exécutif. Pompidou laisse pourrir. Jusqu’à quand ? … Je ne peux tout de même pas laisser la France à un Mitterrand ou à un Cohn-Bendit ! »
L’abattement fut de courte durée. « Les Français ne comprendront jamais rien. Je m’en vais… » On le croit à cause de l’audace qu’il devait montrer dans une autre circonstance. Au plus grave de la crise de Mai 68 et du désarroi de son père qu’il avait retrouvé à la Boisserie. Une rare audace de Philippe, involontaire ou non, allait contribuer au sursaut. « Après avoir soufflé un bon coup, je prends mon courage à deux mains et lui lâche, le plus doucement possible, sur le ton le plus respectueux qu’il soit : Papa, il faut bien voir qu’à terme votre règne est fini. Après que vous les avez une fois de plus tirés d’un mauvais pas, les Français ne veulent plus de vous. Il ne veulent d’ailleurs rien si ce n’est profiter de ce que vous leur avez apporté. »
Philippe, mesurant son impudence, vit « tout à coup le sanglier revenir en lui, bondir, foncer ». On connaît la suite. De Gaulle ira rencontrer le général Massu à Baden-Baden afin de « plonger les Français, y compris le gouvernement, dans le doute et l’inquiétude et de ressaisir la situation ». On ne reviendra pas ici sur cet épisode qui a fait l’objet d’innombrables récits et exégèses, dont un livre de Massu lui-même, sinon pour noter que, selon Philippe de Gaulle, l’entretien du général avec son tumultueux compagnon n’a duré en réalité qu’une trentaine de minutes, « et qu’à aucun moment il n’a été envisagé d’envoyer les forces françaises d’Allemagne rétablir l’ordre en France ».
Sa légitimité à ses yeux recouvrée par la manifestation populaire sur les Champs-Élysées, son pouvoir renforcé par la défaite complète de l’opposition aux élections législatives des 23 et 30 juin, son Premier ministre Georges Pompidou remplacé par Maurice Couve de Murville, le général retrouve l’usage de ses bains de foule sans se douter qu’ils seront les derniers de son règne. Et fait face à l’inquiétude croissante d’Yvonne de Gaulle qui s’angoissait des risques d’attentat ; lui, au contraire, « semblait s’en moquer ». En vain le mettait-on en garde contre un coup de couteau au ventre ou la botte secrète du « parapluie bulgare » dont la pointe cachait une seringue à poison. « Le hasard est maître de tout », répondait-il. Dans la masse, il voyait en réalité une protection, « les candidats assassins savent qu’ils peuvent être lynchés ». Il acceptait tout aussi difficilement les mesures que voulait lui imposer son ministre de l’Intérieur, Roger Frey, pour le protéger des opérations de l’OAS. « Il ne voulait pas de cortège imposant comme ce fut le cas plus tard avec Mitterrand, qui en disposait parfois même de deux, l’un servant de diversion. »
Combien d’attentats ont-ils été perpétrés contre lui ? Les services secrets de l’époque en ont dénombré plus d’une vingtaine. « Il estimait, précise son fils, que l’on pouvait retenir pour vrais une dizaine avec un commencement d’exécution. » Michel Tauriac ne manque pas de lui demander ce que de Gaulle a vraiment dit après l’attentat du Petit-Clamart – tant de versions ont circulé ! « Ce simple commentaire : cette fois, c’était tangent. » Puis : « Ils ont vraiment tiré comme des cochons. » Surprenante réaction de perfectionnisme militaire, car à en juger par les impacts de balles qui encadraient les silhouettes du général et de sa femme dans une voiture lancée à 120 à l’heure, c’était plus que « tangent ». C’était « le destin à un millième de seconde », dira Alexandre Sanguinetti, qui s’y connaissait, lui aussi, en armes automatiques comme en sécurité rapprochée.
Alors que de Gaulle ne félicitait jamais, et disait « c’est bien » quand c’était remarquable, il complimentera pour une fois ses compagnons d’embuscade. D’abord son chauffeur, l’adjudant de gendarmerie Francis Marroux, pour son sang-froid. Puis son gendre, le général Alain de Boissieu, avec lui dans la voiture : « Dans les grandes occasions, vous avez la voix du commandement, merci, mon cher Alain. » Enfin Yvonne, d’un discret « très bien, vous êtes courageuse ». Dans l’avion du retour, il lui glissera à l’oreille sur un ton plus affectueux : « Ah, vous êtes brave ! » Authentique également, assure Philippe, l’histoire des poulets. Sa mère n’avait eu qu’un souci en sortant de la voiture mitraillée : « J’espère que les poulets n’ont rien. » Il s’agissait de deux poulets qu’elle avait achetés pour le déjeuner familial du lendemain, auquel était invité Georges Pompidou, et qu’elle avait placés dans le coffre arrière. « Il paraît, raconte Philippe, que les deux policiers qui ont entendu cette réflexion l’ont prise pour eux. »
Nous ajouterons à cet épisode un dernier « mot » de De Gaulle sur l’attentat qui ne figure pas dans le livre de son fils. C’était lors de l’inauguration de la nouvelle école HEC (Hautes études commerciales) déplacée de Paris à Jouy-en-Josas. Avec sa courtoisie habituelle, le général, dès son arrivée, se fait présenter les enseignants parmi lesquels un professeur d’anglais de la Sorbonne et lui demande s’il n’est pas trop compliqué pour lui de se rendre plusieurs fois par semaine à Jouy. Comme son interlocuteur lui répond que « l’autoroute a bien facilité le parcours », de Gaulle laisse simplement tomber : « Il est vrai qu’une fois qu’on a passé le Petit-Clamart, on est tiré d’affaire. »
L’organisateur du complot, Jean-Marie Bastien-Thiry, sera condamné à mort et fusillé. Dans une conversation avec son fils, de Gaulle observe qu’il n’était pas lieutenant-colonel d’aviation, comme on l’a écrit à l’époque, mais ingénieur d’armement dans l’armée de l’air. « S’il avait été un officier rompu au métier des armes, remarquait-il, il aurait été plus efficace dans son opération armée. Il a agi en se fiant à ses calculs de polytechnicien sans tenir compte des réalités du terrain. »
Précisons à ce propos, et toujours hors ouvrage, un détail révélateur : devant les enquêteurs qui l’interrogeaient, Bastien-Thiry s’exclamera orgueilleusement, après avoir reconstitué dans toutes ses phases la préparation de l’attentat : « Messieurs, d’après mes calculs, de Gaulle est mort. » Le peloton lui aurait-il été épargné si le Général avait eu connaissance des deux lettres que le père du condamné, colonel d’artillerie en retraite et l’un de ses anciens camarades de garnison à Metz, avait adressées l’une à son fils pour qu’il renie son acte, l’autre au chef de l’État pour demander sa grâce ? La seconde n’est parvenue à l’Élysée que le 12 mars 1963, lendemain de l’exécution. Philippe ignore si elle aurait influencé son père, qui s’est borné à lui avouer : « Les choses n’en sont que plus pénibles pour moi. »
Inventeur des bains de foule, de Gaulle allait passer maître dans un autre mode de communication : la conférence de presse rituellement tenue dans la grande salle de réception de l’Élysée. Les journalistes y venaient comme au spectacle, particulièrement prisé des envoyés spéciaux des grands journaux étrangers. Ce « dramaturge romantique » (Michel Tauriac) y atteignit un tel degré de virtuosité, d’expression et de mise en scène que ses successeurs, à l’exception de Georges Pompidou, s’épargnèrent le plus souvent la comparaison, préférant l’imiter dans les contacts moins risqués avec les multitudes populaires. De Gaulle s’y était initié pendant la guerre en Angleterre, émerveillé par la maîtrise avec laquelle Churchill affrontait « la faune redoutable de la presse britannique » que lui-même admirait beaucoup. Lors de son premier voyage aux États-Unis en juillet 1944, il devait éprouver à son tour, face aux journalistes américains, ce plaisir de « joutes » qui lui rappelaient les assauts d’escrime de sa jeunesse. Et puis, dira-t-il plus tard, « n’est-ce pas tout simplement la démocratie ? » Philippe de Gaulle raconte sans se faire prier comment son père s’était astreint à l’apprentissage de ce talent où il allait montrer du génie. « Cela avait commencé durant sa jeunesse lilloise, lorsqu’il se mêlait à la foule venue entendre Jaurès. Il avait noté que le grand tribun variait de discours et de ton selon son public du jour. »
À cette époque où il n’y avait pas de micros ni de haut-parleurs, le jeune Charles avait également remarqué que dans les derniers rangs les gens n’entendaient que certains termes assénés d’une voix plus forte qu’ils répétaient et retenaient comme des leitmotive. « D’où l’emploi systématique qu’il fera de certains mots qui devinrent célèbres, tels que tracassin, volapük, farfadet, chienlit, des mots qui devaient frapper les esprits par leur caractère peu usuel, insolite. Ou encore ces expressions qui ont marqué l’opinion comme au moment de l’affaire algérienne : l’Algérie de papa, la paix des braves, les soldats perdus, le quarteron de généraux en retraite, etc. C’était son inspiration du moment, un phénomène inexplicable, raisonnait-il. » Philippe confirme que le général avait pris quelques leçons de diction auprès notamment de comédiens de la Comédie-Française, et qu’il savait reconnaître ses ratés de communication, par exemple en Mai 68, après avoir annoncé le référendum : « Je suis tombé complètement à côté de la plaque… J’ai été mauvais dans le fond et dans la forme. »
Il s’amusait des nombreuses expressions « que l’on mettait abusivement dans sa bouche », bien qu’elles ne fussent pas toujours innocentes. « Qu’est-ce qu’on ne lui fait pas dire ! » soupirait Yvonne entre deux tricots. Philippe cite en exemple « l’intendance suivra » dont l’opposition s’est souvent servie pour essayer de faire croire que ce militaire ne se souciait pas des questions économiques et sociales. Dans un autre passage du livre, Philippe décrit son père, revenu au pouvoir en 1958, « passant au contraire des heures à la Boisserie à étudier le budget, alignant au crayon des colonnes de chiffres. »
Intendance ou pas, il abordait les problèmes d’économie en pragmatique qui se méfiait des « philosophes » et n’imaginait pas le verbe sans l’action. « Comment traiter les problèmes sans être réaliste ? » Il estimait, comme l’économiste américain John Galbraith, que « l’économie est l’application du bon sens aux réalités du moment », jugeant par exemple que les impôts ne devraient pas dépasser « 50 % tout compris, quelle que soit la fortune du contribuable, car, au-delà, c’est une spoliation ».
Quand on lui reprochait de gérer le pays en « technicien », loin de s’en défendre, il revendiquait ce titre par opposition aux idéologies et dogmatismes de la politique politicienne. Dans le même esprit, cet « aristocrate faussement réputé maurrassien » refusait d’être classé à droite par la gauche, « alors, répétait-il, que je ne suis l’homme de personne ». Il n’était d’ailleurs guère plus sévère pour la gauche que pour la droite. Il l’accusait de faire « de la démagogie en se servant des mouvements d’opinion du moment… » Bien avant les controverses sur la France d’en haut et d’en bas, il soutenait « qu’il faut tirer le bas vers le haut alors que la gauche tire le haut vers le bas par égalitarisme… Quand admettra-t-on que la prospérité ne se sépare pas de la grandeur ! » Aux syndicats, il reprochait de faire en sorte « qu’un avantage soit arraché, sinon il perd sa raison d’être ». Il voyait dans les socialistes « des utopistes déphasés, gaspilleurs de crédits… Persuadé que les hommes sont irresponsables et que la société est toujours coupable, ils pensent que tous se valent, les paresseux et ceux qui se donnent du mal, les veules et les courageux ».
Il n’avait pas meilleure opinion de leur chef, François Mitterrand. Cette méfiance remontait à loin. Philippe nous apprend qu’il l’aurait fait arrêter sur-le-champ, après avoir « accepté » de lui confier, à la Libération, le secrétariat général des Prisonniers, s’il n’avait désavoué, sur son ordre cinglant, la manifestation d’anciens prisonniers et déportés dont il avait pris la tête dans la rue. Il le trouvait « astucieux et séducteur », mais aussi « insaisissable, cynique, incapable de sincérité et méprisant pour ses interlocuteurs ». Philippe affirme pourtant que, dans l’affaire du faux attentat de l’Observatoire, son père avait donné pour instruction au garde des Sceaux de ne pas donner de suite judiciaire.
Quant à la droite, de Gaulle en pensait ce qu’il disait de son électorat, « qui peut très bien virer à gauche selon l’humeur du moment » et « envoyer le charroi dans le fossé ». n