Politique

RDC : Kabund parviendra-t-il à sauver sa tête ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 11 juin 2020 à 17h36
Le président intérimaire de l'UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016.

Le président intérimaire de l'UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

La victoire aura été de courte durée pour Jean-Marc Kabund-a-Kabund. Déchu de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, il avait obtenu la suspension de l’élection de son remplaçant, prévue ce vendredi. Mais l’Assemblée a annoncé son refus d’appliquer la décision, qualifiant de Conseil d’État de « juridiction politique ».

Le feuilleton n’en est plus à un rebondissement près. Après avoir été déchu avec pertes et fracas de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, lundi 25 mai, au terme d’une séance qui avait vu les députés en venir aux mains, Jean-Marc Kabund-a-Kabund a pensé, pendant quelques heures, tenir une victoire d’étape de taille, le 10 juin.

Le Conseil d’État, que le président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, de Félix Tshisekedi) avait saisi dans la foulée de son éviction, a rendu un arrêt en sa faveur ce mercredi soir.

Si les sages n’ont pas statué sur le fond – qui sera étudié par la Cour constitutionnelle, devant laquelle Kabund réclame l’annulation pure et simple de sa déchéance du poste de premier vice-président –, ils ont en revanche jugé que la procédure était recevable et, en conséquence, ont prononcé la suspension du processus engagé à l’Assemblée en vue d’élire un successeur. Le Conseil d’État a aussi décidé de suspendre, à titre conservatoire, la demande de restitution des biens et mobiliers liés au poste de premier vice-président qui avait été adressée à Kabund au lendemain de sa déchéance.

L’Assemblée veut passer outre le Conseil d’État

Mais Kabund et ses partisans n’auront eu que très peu de temps pour savourer cette décision en leur faveur. Ce jeudi, Boniface Balamage, deuxième vice-président de l’Assemblée, a annoncé lors d’une conférence l’intention des députés de passer outre la décision du Conseil d’État et de maintenir à ce vendredi l’élection du nouveau premier vice-président de l’Assemblée.

« Le Conseil d’État vient de démontrer à l’opinion qu’au-delà d’être une juridiction administrative, dans le cas d’espèce, elle est aussi une juridiction politique », a tonné le député, élu sous l’étiquette du parti Éveil de la conscience pour le travail et le développement (ECT, l’une des composantes du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila). Faisant écho aux propos de Jeanine Mabunda, la présidente de l’Assemblée nationale, qui critiquait la « République des juges », dans un entretien accordé fin mai à Jeune Afrique, Boniface Balamage a également mené la charge contre les juges, qualifiant la décision des sages d’« inique, irrégulière, et inconstitutionnelle ».

En attendant un éventuel nouveau rebondissement dans cette affaire qui n’en manque décidemment pas, le vote est donc maintenu, ce vendredi. Le 8 juin, à l’issue des tractations dans lesquelles s’est personnellement impliqué Félix Tshisekedi auprès des députés et responsables de l’UDPS, la députée nationale Patricia Nseya, élue de Likasi, dans la province du Haut-Katanga, a été désignée pour remplacer Jean-Marc Kabund-a-Kabund au poste de premier vice-président.

Sa candidature a d’ores et déjà été dûment déposée par le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya. Le même qui, quelques jours plus tôt, signait pourtant un communiqué de l’UDPS qui affirmait que le parti ne comptait pas proposer de candidat à ce poste, encourageant ainsi Kabund à saisir la justice.

« Rétablir son honneur »

En désignant personnellement Patricia Nseya pour remplacer Kabund, Félix Tshisekedi a clairement remis en cause cette stratégie de la chaise vide. Selon une source proche du président congolais, ce dernier n’a cependant pas opposé son veto à une démarche en justice. « Son objectif est de rétablir son honneur, sa dignité. Ensuite, il a prévu de démissionner », assurait ainsi un proche du chef de l’État, quelques heures avant que le Bureau de l’Assemblée n’annonce sa décision de passer outre la décision du Conseil d’État.

C’est désormais un bras de fer qui va se jouer entre les pouvoirs législatif et judiciaire. « Les décisions du Conseil d’État sont exécutoires », explique à Jeune Afrique Juvenal Muntumbi, avocat au barreau de Kinshasa/Gombe. « Si l’Assemblée s’entête, elle le fera en violation de la loi, et même de la Constitution », juge l’avocat, qui estime que le vote de vendredi « sera attaqué en justice, et sera en toute logique annulé ».

La fermeté du Bureau de l’Assemblée fait écho aux pressions qu’ont exercées plusieurs députés, en particulier dans les rangs du FCC, « furieux » de voir le Conseil d’État interrompre le processus. Jean-Marc Kabund-a-Kabund, qui incarne l’aile « dure » de l’UDPS et a notamment été de ceux qui ont plaidé pour une rupture avec le FCC, s’est à plusieurs reprises retrouvé en opposition frontale aux caciques de la coalition de Kabila. C’est d’ailleurs l’ancien président congolais qui, selon nos informations, a définitivement scellé le sort de Kabund.

 

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