Santé

Coronavirus : pourquoi la Centrafrique s’attend au pire

| Par - à Bangui
Mis à jour le 12 juin 2020 à 12h38
Des gendarmes centrafricains sécurisent la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, pendant la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2020.

Des gendarmes centrafricains sécurisent la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, pendant la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2020. © Pacôme Pabandji pour JA

L’augmentation du nombre de cas de contamination n’a jamais aussi été aussi rapide en Centrafrique. Et le non-respect des mesures barrières nourrit les inquiétudes.

De plus en plus de Centrafricains sont testés positifs au Covid-19 ces derniers jours. L’évolution de la contagion est exponentielle dans le pays. Rien que pour la journée du 8 juin, au moins 200 nouveaux cas ont été déclarés, faisant passer le nombre de cas total à au moins 2 000. Un chiffre important pour un pays de 4,9 millions d’habitants.

Ministres, cadres administratifs ou encore conseillers du président ne sont pas épargnés. Plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre des Finances, Henri-Marie Dondra, souffrent aujourd’hui du coronavirus. Et un conseiller politique de Faustin-Archange Touadéra en est mort.

Chaque jour, le pays enregistre des chiffres records de contamination. Alors qu’il y a deux mois encore, le pays comptait moins de dix cas, il a franchi le cap des 1 000 cas en trois jours.

À ce jour, le nombre de patients guéris reste minime par rapport au total des cas de contamination recensés. « Sur près de 2000 cas positifs, nous n’avons qu’une trentaine de guérisons. Le protocole suivi par l’État n’est pas fiable », affirme un médecin centrafricain sous couvert de l’anonymat.

Le ministère de la Santé souligne lui que le protocole de soin adopté – traitement des cas positifs avec une association d’azythromycine et d’hydroxychloroquine – a été validé par un comité scientifique dirigé par des chercheurs de l’université de Bangui.

Des gestes barrières ignorés

Dès les premières contaminations, en mars, le gouvernement a pris des mesures, fermant écoles, églises, débits de boissons et lieux pouvant rassembler plus de quinze personnes. Pour faire respecter la distanciation sociale, les autorités avaient imposé une réduction du nombre de passagers dans les taxis et dans les bus et avait même déployé des policiers et des gendarmes dans les rues et les avenues pour faire respecter ces mesures.

Mais de fait, certains contournent ces interdictions. Des débits de boissons ouvrent clandestinement et des partis politiques organisent des rassemblements pouvant réunir une centaine de personnes. « Les gens continuent de se saluer à la main, de se faire des bises, de clairement se moquer des mesures barrières, déplore un cadre du ministère de la Santé. Il y a un réel problème de discipline. Cela nous a conduit au niveau auquel nous nous trouvons aujourd’hui.

Les gens ne se protègent pas. Et il y a aussi un manque de sensibilisation et de communication de la part des autorités

C’est l’incivisme, d’une manière générale, qui est la première cause de propagation de la maladie dans le pays. En mai, des proches parents de la première personne décédée du coronavirus en Centrafrique ont violenté des volontaires de la Croix-Rouge pour récupérer son corps dans la morgue d’un hôpital. Puis les obsèques du défunt ont rassemblé plusieurs centaines de personnes. Le ministère de la Santé a annoncé qu’il engageait des poursuites judiciaires contre la famille.

Le gouvernement a fixé des horaires pour les levées de corps dans les morgues, tout en interdisant les places mortuaires. Pour faire respecter ces règles, il a déployé policiers et gendarmes devant toutes les morgues de Bangui.

Un gendarme sécurise la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, pendant la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2020.

Des gendarmes centrafricains sécurisent la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, pendant la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2020. © Pacôme Pabandji pour JA

« Le pire est à venir »

« Les gens ne se protègent pas. Et il y a aussi un manque de sensibilisation et de communication de la part des autorités. Cela pose un problème. On pourrait avoir plus de contaminations dans les très prochains jours », fait valoir Moussa Hassabarassoul, leader communautaire dans le quartier PK5.

Ce quartier musulman de Bangui est devenu l’un des foyers de la contamination dans le pays. Dès le début de la pandémie, plusieurs conducteurs de camions qui arrivaient du Cameroun voisin y logeaient. Et le non-respect des mesures barrières y a favorisé la diffusion du virus.

« Nous n’avons pas encore maîtrisé la maladie, ce qui fait que nous allons continuer à avoir des chiffres vertigineux, estime notre cadre du ministère de la santé. Le pire est encore à venir. Nous avons peur. Nous avons peur pour les personnes vulnérables et pour toute la population ».

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