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Cet article est issu du dossier «Série : « On ne choisit pas sa famille »»

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Politique

En Tunisie, l’influence grandissante de Naoufel, le frère de Kaïs Saïed

Réservé aux abonnés | | Par - correspondante à Tunis
Naoufel et Kaïs Saïed à Tunis, le jour de l'élection présidentielle tunisienne, le 15 septembre 2019

Naoufel et Kaïs Saïed à Tunis, le jour de l'élection présidentielle tunisienne, le 15 septembre 2019 © HASNA/AFP

« On ne choisit pas sa famille » (3/5). Naoufel Saïed ne figure sur aucun organigramme officiel. Mais le frère du président tunisien défend bec et ongles son aîné et ne se prive pas pour donner son avis sur le fonctionnement des institutions, semant parfois la confusion.

Sur plusieurs photos de l’été 2019, Kaïs Saïed, alors candidat à la présidentielle tunisienne, figure en compagnie de son directeur de campagne électorale. Rien de plus normal. Mais la ressemblance entre les deux hommes est frappante, et pour cause : ils sont frères.

Inconnu du grand public, Naoufel Saïed fait ainsi discrètement ses premières apparitions, aux côtés de son aîné. Aux yeux de certains, sa présence nourrit l’image d’une campagne sans grands moyens, avec des proches qui viennent prêter main forte.

Mais d’autres observateurs plus avertis s’inquiètent : un frère pourrait en cacher un autre. Ils savent que dans le pré carré du futur locataire du palais de Carthage, Naoufel Saïed compte tout autant que Ridha Chiheb el-Mekki, dit Ridha Lénine, ou Sonia Charbti, dite Sonia Marx. S’ils forment le trio qui a conforté Kaïs Saïed dans sa vision d’une démocratie directe, Naoufel est celui qui le connaît le mieux.

Le cadet de la fratrie, originaire de Beni Khiar (cap Bon), a, depuis l’enfance, mis ses pas dans ceux de ce frère qu’il admire et cornaque à la fois. Comme lui, il est juriste de formation et a débuté en enseignant le droit en tant qu’assistant à la faculté des sciences juridiques de Tunis. Il a ensuite rejoint le cabinet d’audit, d’expertise comptable et de conseil KPMG, puis a choisi d’endosser la robe d’avocat jusqu’à sa retraite.

Un avis sur tout

Dès les premières apparitions publiques de Naoufel Saïed, les esprits s’échauffent et dénoncent la proximité de la Ligue de Tunisie pour la culture et la pluralité (LTCP), dont il est le vice-président, avec le courant islamiste. Mais cet intellectuel n’en a cure : il estime qu’il est « un citoyen libre dans un pays libre et démocratique ». Ce sera son argument quand il utilisera les réseaux sociaux comme tribune pour étayer les prises de position du président.

Il serait l’éminence grise qui a effectué le casting de la nouvelle équipe de Carthage.

Monsieur Frère ne figure sur aucun organigramme, mais il serait l’éminence grise qui a effectué le casting de la nouvelle équipe de Carthage. Il aurait notamment influé sur le recrutement du ministre conseiller au cabinet présidentiel, Abderraouf Bettaïeb, lequel a jeté l’éponge au bout de trois mois.

Taxé de népotisme, Naoufel Saïed ne disparaît pas pour autant des radars et sème au fil des semaines une certaine confusion. Il a un avis sur tout et sert de faire-valoir à son aîné, qui s’exprime peu. À l’issue des cent jours, il répond aux détracteurs de Kaïs Saïed : « Les tentatives de rabaisser le président de la République ne feront qu’augmenter sa popularité. »

En plein confinement, au début du mois du mai, il publie sur Facebook un document annoté par le chef de l’État annulant un contrat pour la décoration florale du palais. Une vétille populiste qui en dit long sur la proximité de Naoufel Saïed avec les hermétiques services de la présidence.

De plus en plus intrusif

Si ses interférences provoquent la polémique, il persiste à épingler les lacunes de la Constitution, un sujet cher à la fratrie. En février 2020, il monte au créneau pour dénoncer la situation aberrante du pays et l’impasse politique lors du rejet par le Parlement du gouvernement de Habib Jemli.

Commenter les décisions de l’Assemblée des représentants du peuple devient l’une de ses activités de prédilection. Depuis le mois d’avril, il se montre particulièrement intrusif, estimant que suspendre le « tourisme parlementaire » (qui consiste à passer d’un camp politique à l’autre) est une cause noble, bien que le projet de loi visant à l’interdire soit anticonstitutionnel.

Dans la foulée, il déploie l’arsenal du droit international pour justifier l’autorisation d’atterrir à Djerba donnée par le président à un avion turc acheminant de l’aide médicale pour le gouvernement de Tripoli au début de mai. Celui qui dit « exprimer ses points de vue comme un citoyen » est décidément un citoyen pas comme les autres. En tout cas mieux informé.

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