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Cet article est issu du dossier «Série : « On ne choisit pas sa famille »»

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Politique

Au Qatar, l’embarrassant cousin de l’émir Al Thani

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Mis à jour le 26 juin 2020 à 10h05
Cheikh Mohamed Ben Zayed avec Cheikh Sultan Ben Suhaim Al Thani à Abou Dhabi.

Cheikh Mohamed Ben Zayed avec Cheikh Sultan Ben Suhaim Al Thani à Abou Dhabi. © The National

« On ne choisit pas sa famille » (4/5). Dans la famille Al Thani, je demande… le cousin dissident. En exil depuis 2017, Sultan Ben Suhaim Al Thani ne cesse de clamer que le Qatar est manipulé par la Turquie et l’Iran, et exige la démission de l’émir, Tamim Ben Hamad Al Thani.

À l’occasion du troisième anniversaire du blocus contre le Qatar, son nom et sa barbe broussailleuse sont réapparus dans les médias saoudiens, qui lui ont déjà offert plusieurs tribunes. Lui, c’est Sultan Ben Suhaim Al Thani.

Ce cousin et opposant de l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, est le huitième enfant de l’ancien ministre des Affaires étrangères qatari Suhaim Ben Hamad Al Thani, mort en 1985. Ce dernier était le frère de l’émir déposé en 1995 par Hamad Ben Khalifa Al Thani, qui est le père de l’actuel émir (Tamim Ben Hamad), à qui il a laissé le pouvoir en 2013.

Pour faire simple : Sultan Ben Suhaim Al Thani est le cousin germain du père de l’actuel émir.

Il conteste la thèse officielle selon laquelle la mort de son père aurait été causée par une attaque cardiaque et évoque un empoisonnement

Sultan Ben Suhaim n’a jamais avalé la thèse – officielle – selon laquelle la mort de son père aurait été causée par une attaque cardiaque et évoque plutôt un empoisonnement – dont il dit avoir des preuves, jamais divulguées – fomenté par Hamad.

Ordres de succession

Selon la tradition des ordres de succession dans le Golfe, le pouvoir se transmet généralement entre frères, avant de passer à la génération suivante. Or Suhaim Ben Hamad, comprenant que l’émir – son frère Khalifa – comptait faire de son propre fils Hamad le prince héritier, aurait tenté un coup d’État. Il en serait tombé en disgrâce, avant de s’éteindre, en 1985.

Une version contestée par Sultan, son fils, qui prétend que son père a toujours fait preuve de loyauté envers l’émir Khalifa, et qui décrit l’« empoisonnement » de son père comme la première étape de la prise de pouvoir de Hamad Ben Khalifa, qui a mené à la déposition de l’émir Khalifa en 1995. « J’innocente Cheikh Khalifa de cet acte odieux, et j’en accuse directement Hamad Ben Khalifa », déclarait-il ainsi lors d’une interview à la chaîne saoudienne Al-Arabiya en 2018.

Pour lui, Doha est coupable d’avoir développé une politique et une diplomatie hostiles aux pays de la région

Pour le prince de 36 ans, c’est avec le changement de direction de l’émirat, en 1995, que le Qatar commence à se couper de ses voisins du Golfe – une narration largement relayée par l’Arabie saoudite, pour qui Doha est coupable d’avoir développé une politique et une diplomatie hostiles aux pays de la région, notamment à travers son outil d’influence Al-Jazira, dont la création a été décidée par l’émir Hamad Ben Khalifa en 1996.

Quelques semaines après le début du blocus régional contre le Qatar, en juin 2017, Sultan Ben Suhaim quitte la capitale qatarie et, en septembre, s’exprime depuis Paris.

« Notre rôle aujourd’hui est de purger notre terre et de continuer à nous développer », affirme-t-il dans une vidéo diffusée par Sky News Arabia – chaîne détenue en partie par la famille régnante d’Abou Dhabi, où se trouve son siège. Selon lui, l’objectif de l’ancien émir Hamad Ben Khalifa était de menacer l’existence même de ses voisins : « L’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, et même le Koweït ! »

Perquisition

Le Qatar serait aujourd’hui sous la coupe de la Turquie et de l’Iran – des « colonisateurs » –, dont les polices secrètes patrouilleraient dans les rues de la capitale qatarie pour réprimer quiconque leur déplairait. Quelques semaines après ces déclarations, ses avoirs qataris sont gelés, et son domicile à Doha perquisitionné, selon Sky News.

Bien qu’ayant abandonné le pouvoir à son fils en 2013, Hamad Ben Khalifa jouerait toujours, selon Sultan, un rôle prépondérant à Doha, de concert avec son fils Tamim, son épouse Cheikha Moza et Hamad Ben Jassem Al Thani, l’ancien Premier ministre du Qatar. Un clan que Sultan qualifie « d’organisation criminelle ». Du miel aux oreilles de Riyad. Et d’Abou Dhabi, où il est reçu en grande pompe par le prince héritier Mohammed Ben Zayed en février 2018.

Sultan Ben Suhaim Al Thani accuse également l’ancien émir Hamad Ben Khalifa d’avoir directement commandité l’assassinat de Mouammar Kadhafi en 2011.

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