Politique

Annexion de la Cisjordanie : vers une troisième Intifada ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Jérusalem
Scène de heurts entre Palestiniens et l'armée israélienne, le 7 février 2020 à Jénine.

Scène de heurts entre Palestiniens et l'armée israélienne, le 7 février 2020 à Jénine. © © JAAFAR ASHTIYEH/AFP

Encouragé par le plan Trump, Israël se prépare à coloniser 30% de la Cisjordanie, le 1er juillet. Les Palestiniens, furieux, menacent d’une troisième Intifada. La dynamique de l’escalade est enclenchée.

De fabrication artisanale, les charges explosives étaient prêtes à l’emploi. Une trentaine, disposées le long d’une route qu’emprunte l’armée israélienne quand elle mène des opérations à Jénine, au nord de la Cisjordanie. Alertés du guet-apens, les hommes de la sécurité préventive palestinienne ont également mis la main sur un fusil-mitrailleur.

Si Akram Rajoub, le gouverneur de la ville, dément qu’une attaque était en préparation, la presse israélienne y voit le signe que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, n’a pas totalement rompu la coopération sécuritaire avec l’État hébreu, contrairement à ce qu’il avait annoncé, le 19 mai.

Mahmoud Abbas semble résolu à rompre la coopération sécuritaire avec l’État hébreu

Pourtant, une fois n’est pas coutume, le raïs de 84 ans semble résolu à joindre les actes à la parole. Son premier geste fort : l’abandon par ses policiers des bureaux de liaison servant à coordonner avec l’administration civile israélienne le passage de hautes personnalités, de marchandises ou encore à faciliter l’octroi de permis aux travailleurs palestiniens employés de l’autre côté de la « ligne verte ».

Mesures de rétorsion

D’autres mesures de rétorsion ont suivi, comme l’arrêt des contacts avec la CIA et le transfert vers un lieu tenu secret de tous les dossiers du moukhabarat [renseignement, ndlr] susceptibles d’intéresser les services de contre-espionnage israéliens.

Habitué aux coups de sang d’Abbas, le Shabak, service de sécurité intérieure israélien, n’imagine pas que le leader palestinien puisse se passer d’un mécanisme qui l’aide à se maintenir au pouvoir depuis quinze ans.

Mais l’entourage d’Abbas persiste : « Je peux vous assurer que les Israéliens ne reverront pas de sitôt un leader prêt au dialogue et à reconnaître leur État », assure Saeb Erekat, ancien chef de l’équipe de négociation palestinienne.

« S’ils s’accaparent ne serait-ce qu’un mètre de la Cisjordanie, ils devront à nouveau administrer l’intégralité de ce territoire », menace l’homme fort de Jéricho, dont la ville jouxte la vallée du Jourdain, première région concernée par le projet d’annexion israélien.

Des recrutements de mercenaires et des achats de munitions seraient effectués dans la crainte d’un possible bain de sang

Dissoudre l’Autorité palestinienne, née des accords d’Oslo dans les années 1990, est une rengaine maintes fois entonnée aussi par les apparatchiks de l’OLP. Sauf que dans le contexte actuel, il ne fait guère de doute qu’elle ouvrirait la voie au « fawda » (chaos, en arabe) dans les territoires sous contrôle du Fatah.

Depuis de longs mois déjà, la succession d’Abbas s’y prépare comme à une guerre fratricide. Jibril Rajoub, Majed Faraj et Mahmoud al-Aloul, tous proches de l’appareil sécuritaire palestinien, estimé à 50.000 hommes, recruteraient des mercenaires à tour de bras. Et entasseraient armes et munitions en vue du bain de sang redouté par les connaisseurs de la scène intérieure palestinienne.

Offensive diplomatique

Face aux risques encourus, la stratégie de Mahmoud Abbas interroge. En cas d’annexion israélienne le 1er juillet, trahira-t-il ses aspirations pacifistes en laissant libre cours à une lutte armée à laquelle il n’a jamais cru ? Et s’il laisse la colère de son peuple s’exprimer, parviendra-t-il à garder le contrôle du terrain ? Jusqu’ici, seuls les islamistes du Hamas ont appelé sans détour à une nouvelle insurrection, eux qui rêvent de précipiter la chute de l’Autorité palestinienne par un coup de force, comme ils l’ont fait dans la bande de Gaza en 2007.

Autre inquiétude : le retour en grâce des brigades des martyrs d’Al Aksa. Dissoute après la seconde Intifada, cette milice créée par Yasser Arafat continue de régner en maître dans les camps de réfugiés.

Le 11 mai, la fermeture des comptes bancaires appartenant aux prisonniers palestiniens a poussé des dizaines de militants à faire irruption en pleine nuit, armes au poing et cagoulés, dans plusieurs localités de Cisjordanie.

Notre patience a atteint ses limites et nous nous apprêtons à frapper d’une main de fer »

« Notre patience a atteint ses limites et nous nous apprêtons à frapper d’une main de fer. Tout le monde devrait savoir que nos fusils peuvent atteindre tous ceux qui se plient à l’occupant israélien », avait lancé à la foule l’un des chefs du groupe.

Palestinian protestors clash with Israeli forces near an Israeli checkpoint in the West Bank city of Bethelem © Credit:Wisam Hashlamoun apaima/SIPA

Qu’ils soient mis en scène ou pas, ces coups de semonce résonnent comme un avertissement. Reste que pour faire reculer Benyamin Netanyahou, l’Autorité palestinienne semble, comme toujours, privilégier une offensive diplomatique. Elle aurait même soumis une contre-proposition au plan du président américain, Donald Trump.

« Bibi » agace Tsahal

Après avoir mobilisé ses alliés arabes, la Jordanie en tête, Ramallah tente à présent d’obtenir une condamnation de l’assemblée générale des Nations Unies et espère que l’Union européenne osera franchir le cap des sanctions contre Israël. « Le processus de paix a atteint une impasse et je pense que c’est irréversible », déclarait mardi Mohammad Shtayyeh, le Premier ministre palestinien.

L’armée israélienne redoute une recrudescence d’attentats dans les prochaines semaines

Appelée à se préparer à différents scénarii d’escalade, l’armée israélienne redoute une recrudescence d’attentats dans les prochaines semaines. Mais à vrai dire, l’état-major de Tsahal s’agace de n’avoir reçu aucun calendrier précis de la part du gouvernement. Hésitant, Netanyahou ? A ses alliés nationalistes, il affiche fermeté et détermination. Tout en concédant que la fenêtre d’opportunité pour agir pourrait vite se refermer.

En coulisses, le Premier ministre israélien douterait de plus en plus de la réélection de Trump en novembre. « Bibi » comprend qu’il ne lui reste très peu de temps pour marquer l’histoire. A condition de s’assurer au préalable que le tsunami qui attend son pays ne lui retirera pas tout crédit.

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