Politique

Décès de Pierre Nkurunziza, l’ex-rebelle devenu président du Burundi

Pierre Nkurunziza, lors des festivités de l'Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2017.

Pierre Nkurunziza, lors des festivités de l'Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2017. © REUTERS/Evrard Ngendakumana

Isolé tout au long de son troisième et dernier mandat, Pierre Nkurunziza est décédé trois semaines après l’élection de son successeur. Il était venu à la politique par le maquis, pendant la guerre civile qui a déchiré le pays.

Pendant près de 25 ans, il aura marqué la vie politique du Burundi, des maquis de la rébellion hutu dans les années 1990 au palais présidentiel de Gitega. De la guerre à la paix, puis à la tension liée à sa troisième candidature à la magistrature suprême en 2015, Pierre Nkurunziza aura décliné des facettes multiples : ancien maquisard condamné à mort, fervent évangélique, passionné de football, accroché au pouvoir au risque de plonger son pays dans le chaos, « Muhuzu » – « le réconciliateur » – s’est éteint à l’hôpital du Cinquantenaire de Karuzi, dans le centre-est du pays, à l’âge de 55 ans.

La rumeur de son décès ne cessait d’enfler depuis le 8 juin, reprise par des médias en ligne burundais et par la presse belge ; elle circulait jusque dans les cercles proches de certains présidents de la région. L’information a finalement été confirmée, ce mardi, par le gouvernement burundais, qui a annoncé « le décès inopiné » du président sortant à la suite d’un « arrêt cardiaque ».

Quelques heures plus tôt, plusieurs de ses proches continuaient pourtant d’évoquer des « rumeurs ». Willy Nyamitwe, fidèle conseiller de Pierre Nkurunziza, appelait ainsi en début de journée à faire « très attention à ce que la rue raconte sur le Burundi car la manipulation de l’information est devenue modus operandi ».

Dans la nuit du 6 au 7 juin, le président burundais « a senti un malaise et s’est vite rendu à l’hôpital de Karuzi pour se faire soigner », détaille le communiqué du gouvernement burundais. Si « son état de santé s’est amélioré » le dimanche, il a été victime d’un arrêt cardiaque dans la matinée du 8. « Une réanimation immédiate a été entreprise par une équipe multidisciplinaire de médecins pendant plusieurs heures avec une assistance cardio-respiratoire », précise encore le gouvernement. Mais, « malgré une prise en charge intense, continue et adaptée, l’équipe médicale n’a pas pu récupérer le patient ».

Quinze années d’un règne mitigé

Pierre Nkurunziza, lors de sa prestation de serment, le 30 juillet 2015.
Riccardo Gangale/AP/SIPA

Pierre Nkurunziza dirigeait le pays depuis 2005. Son successeur et héritier désigné, Évariste Ndayishimiye, jusqu’à présent secrétaire général du Conseil national pour la défense de la démocratie – Force de défense de la démocratie (CNDD-FDD, au pouvoir), a été déclaré vainqueur de la présidentielle contestée du 20 mai dernier avec plus de 68 % des voix. Il doit être investi le 20 août prochain. D’ici là, c’est le président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda qui, selon la Constitution, va assurer l’intérim.

L’élection de Ndayishimiye a mis un terme à quinze années d’un règne au bilan mitigé, marqué par plusieurs années de tensions internes au sein du parti. Son dernier mandat, Pierre Nkurunziza l’aura arraché au prix d’une crise postélectorale dont les effets se font encore ressentir aujourd’hui.

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