Justice

Gabon : Magloire Ngambia aura-t-il un procès équitable ?

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Mis à jour le 10 juin 2020 à 12h19
Magloire Ngambia, en janvier 2014 à la présidence gabonaise, à Libreville (archives).

Magloire Ngambia, en janvier 2014 à la présidence gabonaise, à Libreville (archives). © Afrikimages Agency

Le 22 juin prochain s’ouvrira le procès de l’ex-ministre de l’Économie, Magloire Ngambia. Ses avocats français et sénégalais n’y seront pas à cause de l’interruption des liaisons aériennes. Ils envisagent de demander un renvoi.

Au Gabon, la crise sanitaire liée au coronavirus pourrait avoir une conséquence inattendue. Compte tenu de l’interruption du trafic aérien décidée pour contenir la pandémie, Me Pierre Olivier Sur, l’avocat français de l’ancien ministre gabonais Magloire Ngambia, ne peut pas effectuer le voyage jusqu’à Libreville pour plaider la cause de son client, accusé de faits de corruption. L’ancien bâtonnier du barreau de Paris a donc l’intention de demander le renvoi de l’audience prévue le 22 juin devant les juges de la Cour criminelle spéciale.

« Je ne comprends pas que l’on puisse programmer une audience alors que nous, avocats résidant hors du Gabon, ne pouvons prendre l’avion pour plaider notre dossier, proteste Pierre Olivier Sur. Je considère que c’est une manière de non prise en compte des droits de la défense. »

En détention depuis janvier 2017

Il n’est pas seul dans cette situation. Seydou Diagne, son confrère sénégalais basé à Dakar, ne pourra pas non plus assister à l’ouverture de ce procès emblématique de l’opération Mamba, enclenchée au début de l’année 2017 par le président Ali Bongo Ondimba pour lutter contre la corruption. Autrement dit, si l’audience n’est pas reportée, la Gabonaise Alicia Ondo pourrait être la seule, parmi les conseils de Magloire Ngambia, à être présente le 22 juin.

L’ancien ministre – de l’Économie et des Finances, puis de la Promotion des investissements des Transports, des Travaux publics, de l’Habitat, du Tourisme et de l’Aménagement du territoire – est en détention préventive depuis le 10 janvier 2017. Son procès aurait dû s’ouvrir le 13 mars 2019, mais il n’avait pas pu se présenter à la barre faute d’avoir été extrait de sa cellule de la prison centrale de Libreville.

Cette absence avait été l’occasion d’un vif échange entre les avocats de Magloire Ngambia et Paulette Ayo Mba, alors présidente de la Cour criminelle spéciale. La juge avait dénoncé des « forces obscures qui ne veulent pas faire avancer la justice gabonaise » et ses propos avaient indigné les avocats de la défense. Selon eux, la non comparution de leur client était indépendante de la volonté de ce dernier et due à un dysfonctionnement du système judiciaire gabonais. Ils avaient alors introduit une demande de remise en liberté, qui fut rejetée le 26 juin 2019 par la cour d’appel de Libreville.

4 milliards de francs CFA

Détenu depuis 42 mois, Magloire Ngambia espère toujours obtenir de ses juges le droit de comparaître libre d’autant que, selon le code pénal gabonais, la détention préventive ne peut excéder 24 mois.

En novembre 2019, le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait estimé que la situation du Gabonais violait la déclaration universelle des droits de l’homme, le pacte international relatif aux droits civils et politiques et la charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Il affirmait également que « la privation de liberté de M. Magloire Ngambia [était] arbitraire » et demandait sa libération immédiate.

Autrefois très influent, Magloire Ngambia, 49 ans, est accusé de détournements de fonds publics et de corruption passive, dans des dossiers de construction de logements et de routes notamment liés à l’homme d’affaires italien Guido Santullo. Selon l’acte d’accusation, il aurait détourné quatre milliards de F CFA des caisses de l’État.

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