Société

[Chronique] George Floyd : des statues d’esclavagistes prises pour cible par des antiracistes

|

Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

Dans la foulée de la vague d’indignation qui a suivi la mort de l’Américain George Floyd, les statues d’esclavagistes ou colonialistes sont la cible de dégradations sur plusieurs continents, de Bristol à Bruxelles.

Le meurtre déjà historique de George Floyd à Minneapolis se révèle être la goutte d’eau qui a fait déborder un vase dont on n’aurait anticipé ni la largeur, ni la profondeur. À l’amplitude géographique des répliques manifestantes s’ajoute aujourd’hui l’anachronisme légitime des analogies. Les réactions à la mort du supplicié afro-américain ont un effet domino sur des faits de plus en plus éloignés des États-Unis, de l’époque actuelle et du ressort dramaturgique de la tragédie du Minnesota.

Qu’importe le flacon de la catharsis pourvu qu’on ait l’ivresse d’une impression de réparation historique tant attendue. En France, la mort de Floyd fait écho au décès du jeune Adama Traoré, en 2016, après son interpellation dans la ville française de Beaumont-sur-Oise.

Au Royaume-Uni, ce dimanche, l’onde de choc provoquée par le drame de Minneapolis a reboosté des mouvements antiracistes qui, sous couvert du slogan « Black Lives Matter », s’en sont pris à la statue d’Edward Colston, un ancien parlementaire et marchand d’esclaves britannique du XVIIe siècle, érigée à Bristol en 1895.

Alors qu’une pétition tentait, depuis trois ans, d’obtenir son déboulonnage, la sculpture de plus de cinq mètres a été traînée dans les artères de la ville, avant de finir sa chute dans l’Avon, la rivière locale. Si la secrétaire d’État à l’Intérieur, Priti Patel, a dénoncé un acte « absolument honteux », le maire de Bristol, Marvin Rees, a invité chacun à écouter « ceux qui estimaient que cette statue constituait un affront à l’humanité ».

Défouloirs

En attendant que les racistes contemporains soient jugés, les statues deviennent des défouloirs de nature à faire le buzz : celle renversée de feu le général confédéré Williams Carter Wickham, ce samedi à Richmond en Virginie, ou celle simplement taguée de l’ancien Premier ministre et créateur de la police métropolitaine de Londres Robert Peel, à Glasgow en Écosse, graffée, ce dimanche, de la mention « ACAB », « All Cops Are Bastards » (« Tous les flics sont des bâtards »).

De l’évocation de brutalités post-esclavagistes à l’invocation du traumatisme colonial, il n’y avait qu’un pas et les Africains ont tôt fait de reconnaître le martyr de leurs ancêtres dans celui de l’Africain-américain Floyd. Or, quelles exactions coloniales furent plus ubuesques que celles de Léopold II au Congo ? Nombreuses, les statues de l’ancien roi des Belges sont depuis longtemps la cible des militants antiracistes. Là aussi, le mouvement Black Lives Matter a servi de catalyseur et d’accélérateur à cette grogne récurrente.

En Belgique, ces derniers jours, des foules ont vandalisé des statues de Léopold II à Anvers, Tervuren ou encore Ostende. À Bruxelles, des manifestants sont montés sur le monument à l’effigie de l’ancien roi pour y brandir le drapeau de la République démocratique du Congo. Congolese Lives Matter…

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte