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McKinsey : qui sont les VIP du réseau du Camerounais Acha Leke ?

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 09 juin 2020 à 18h55
Le Camerounais Acha Leke, à Paris, le 6 mars 2020.

Le Camerounais Acha Leke, à Paris, le 6 mars 2020. © Francois Grivelet pour JA

Le consultant camerounais Acha Leke, qui siège depuis mai au Shareholders Council de McKinsey, a créé en un peu moins de deux décennies un réseau qui réunit les élites politiques et économiques du continent, francophones comme anglophones.

Rwanda, Côte d’Ivoire, Nigeria, Togo, Sénégal… Le Camerounais Acha Leke fait partie de la poignée de consultants qui ont à la fois l’oreille des entrepreneurs les plus puissants du continent et leurs entrées dans les présidences africaines. Son influence lui vaut d’être depuis dix-huit mois le président Afrique de McKinsey (400 consultants) et d’avoir été élu à la mi-mai par les 600 Senior Partners du géant américain du conseil (10 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018) au sein de son Shareholders Council, une sorte de conseil d’administration interne réunissant trente membres pour un mandat de trois ans renouvelable une fois. Une reconnaissance de ses pairs qu’il partage avec un seul autre Africain, son ami zimbabwéen James Manyika, patron du McKinsey Global Institute.

En dix ans, Acha Leke, anglophone originaire de la région du Sud-Ouest camerounais, basé comme son frère Robert – dirigeant du fonds Tana Capital, détenu par la famille Oppenheimer, et le fonds singapourien Temasek – à Johannesburg, a, entre autres, ouvert le bureau de Lagos (2010) et participé à la rédaction des rapports « Lions on the Move I » (2010) et « Lions on the Move II » (2016), qui ont contribué à changer la perception négative qu’avaient une partie des investisseurs internationaux.

Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, il évalue actuellement avec ses équipes l’impact de la pandémie de Covid-19. Il est également membre, à l’invitation de sa compatriote Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, du groupe d’experts qui se réunit chaque mercredi pour définir, en coordination avec l’Union africaine (UA), la réponse du continent à la pandémie. En un peu moins de deux décennies, Acha Leke a constitué autour de lui un réseau qui mixe élites économiques et élites politiques pour faire fructifier ses affaires. Voici le carnet d’adresses de l’un des conseillers économiques les plus écoutés d’Afrique.

L’ami de Dangote au Nigeria

Aliko Dangote, en novembre 2018 à Singapour.

Aliko Dangote, en novembre 2018 à Singapour. © Justin Chin/Bloomberg via Getty Images

Tout juste rentré des États-Unis, où il a fait ses armes à Atlanta, Acha Leke a effectué sa première mission africaine pour McKinsey au Nigeria, en 2001. De cette expérience, il a gardé des liens étroits avec son premier client, Hakeem Belo-Osagie, alors président de la banque UBA et désormais professeur à Harvard ainsi que dirigeant de plusieurs sociétés dans les secteurs de la finance, de l’énergie et de l’industrie musicale.

L’ouverture du bureau de McKinsey à Lagos, en 2010, lui a donné l’occasion de développer davantage ses relations à haut niveau. Pendant cette période, il a travaillé étroitement (presque chaque semaine) avec l’ancienne ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, dont il avait fait la connaissance lorsqu’elle était numéro deux de la Banque mondiale.

La crise du Covid-19 lui a donné ces dernières semaines l’opportunité de reprendre le fil de ces échanges réguliers. Il est également proche d’Akinwumi Adesina, qui a été son client lorsqu’il était ministre de l’Agriculture du Nigeria et qui l’est resté depuis qu’il est président de la BAD.

Son travail au sein de la première économie du continent lui a aussi donné l’occasion de côtoyer certains des plus célèbres capitaines d’industrie du pays, dont Aliko Dangote, qu’il considère comme un ami. Une estime réciproque puisque l’homme le plus riche d’Afrique consulte régulièrement Acha Leke et l’invite parfois à partager son jet privé.

Le consultant revendique également sa proximité avec Lamido Sanusi, dont la liberté de parole lui a valu d’être démis de ses fonctions de gouverneur de la Banque centrale en 2014 – il avait dénoncé la corruption des dirigeants de la société nationale des pétroles – ainsi que de son titre d’émir de Kano l’an dernier, pour avoir critiqué le gouvernement de cet Etat à plusieurs reprises.

Africa Leadership Network, un réseau sur mesure

L’économiste rwandais Donald Kaberuka est l'ancien président de la Banque africaine de développement. Ici à Paris, en 2016.

L’économiste rwandais Donald Kaberuka est l'ancien président de la Banque africaine de développement. Ici à Paris, en 2016. © Vincent Fournier pour JA

Dès 2008, Acha Leke attire l’attention du Forum économique mondial (WEF), qui le nomme parmi les Young Global Leaders. Envoyé pendant dix jours en formation à Harvard, il y fait la connaissance du jeune entrepreneur britannique d’origine ougandaise Ashish Thakkar, fondateur du groupe Mara. Au fil des ans, les deux hommes deviennent amis et ne manquent pas une occasion de se retrouver à Johannesburg, Dubaï ou Kigali, où ils ont chacun leurs habitudes.

Via le WEF, Acha Leke fera aussi la connaissance de la Franco-tchadienne Vanessa Moungar, qui, après avoir fait la promotion du forum sur le continent pendant quatre ans, a été portée en 2017 à la tête du département genre, femmes et société civile de la BAD.

Inspiré par le Forum de Davos, mais aussi par l’Institut Aspen ou la Clinton Global Initiative, Acha Leke a fondé en 2010 avec son ami Fred Swaniker, rencontré chez McKinsey, son propre réseau de décideurs, l’African Leadership Network, afin d’offrir aux élites économiques et politiques du continent un lieu où se retrouver. En parallèle, tous deux ont aussi créé l’African Leadership Academy (ALA) et l’African Leadership University (ALU) dans le but de proposer aux futures élites du continent des formations à même de rivaliser avec celles des meilleures écoles du monde.

Ce club, qui réunit aujourd’hui plus de 2 000 personnalités, va permettre au consultant de multiplier les contacts informels avec les plus hautes personnalités du continent. C’est après avoir invité Donald Kaberuka à l’un des événements de l’ALN qu’il est devenu très proche de l’ancien président de la BAD, par ailleurs cofondateur de la banque d’affaires Southbridge avec l’ex-Premier ministre béninois Lionel Zinsou.

C’est aussi via l’ALN qu’il s’est lié au Sénégalais Abdou Diop, incontournable patron du cabinet Mazars au Maroc, et au milliardaire zimbabwéen Strive Masiyiwa, fondateur du groupe d’Econet Wireless. Depuis 2015, l’ANL appuie l’Africa Business Fellowship, programme lancé par l’homme d’affaires, qui offre l’opportunité à de jeunes diplômés américains de rejoindre de grands groupes africains pour six mois.

Un habitué des palais présidentiels

L’Ivoirien Patrick Achi à Paris, le 15 mai 2013.

L’Ivoirien Patrick Achi à Paris, le 15 mai 2013. © Vincent Fournier/JA

Grâce à McKinsey, Acha Leke est devenu un visiteur régulier des palais présidentiels africains. La publication du rapport « Lions on the Move » a fait de lui un consultant convoité. C’est ainsi, après avoir lu son travail, que la ministre togolaise des Télécoms Cina Lawsondevenue une amie, comme sa soeur Cathia Lawson-Hall, responsable, en Afrique, de l’activité banque d’investissements de Société générale – lui a permis de s’entretenir pour la première fois avec Faure Essozimna Gnassingbé. Il a par la suite intégré le cercle des experts adoubés (DSK, Carlos Lopes…) par le chef de l’État. À Lomé, il travaille souvent avec le conseiller du président, Shegun Bakary.

Acha Leke est aussi présent au Sénégal, où il a contribué à élaborer le Plan Sénégal émergent de Macky Sall, aujourd’hui mis en œuvre par son ami Amadou Hott, ministre de l’Économie. Les quarantenaires se sont rencontrés au Nigeria quand l’ancien banquier sénégalais était directeur général de UBA Capital, puis de Dangote Capital.

À Abidjan, le consultant ne fait en revanche pas partie du premier cercle d’Alassane Ouattara, mais de celui de Patrick Achi, l’actuel secrétaire général de la présidence, comme lui diplômé de l’université de Stanford. Tous deux ont fait connaissance après la crise de 2011, quand l’ancien argentier du PDCI, désormais pilier du système présidentiel ivoirien, détenait le portefeuille des Infrastructures.

Acha Leke compte aussi dans son cercle amical le polytechnicien Abdourahmane Cissé, qui est depuis 2018 ministre du Pétrole et de l’Énergie, après avoir été ministre du Budget, puis ministre conseiller du chef de l’État.

Au Rwanda en revanche, Acha Leke a directement accès au président, Paul Kagamé, depuis que le chef de l’État a participé en 2014 à l’événement organisé à Kigali par l’ALN. Le courant est tellement bien passé avec les promoteurs de cette plateforme qu’il les a ensuite personnellement appuyés lorsqu’ils ont souhaité implanter un campus de l’African Leadership University dans le pays.

Cette proximité s’est encore renforcée quand, en 2016, le président rwandais a désigné Acha Leke membre de la Commission des réformes de l’UA, dont les réunions ont lieu quatre fois par an à Kigali. En son sein, il côtoie notamment Vera Songwe, qu’il connaît depuis l’adolescence, et avec laquelle il a développé au fil des séances de travail une vraie connivence intellectuelle.

Très orienté business, Acha Leke est néanmoins fidèle en amitié

Le patron de McKinsey se tient en revanche à l’écart de son Cameroun natal, bien qu’il ne cache pas ses liens avec Franck Biya, le fils du chef de l’État, Paul Biya (ils sont allés à l’école ensemble) et plus encore avec le bras droit de celui-ci, Christian Mataga, l’un de ses amis d’enfance. Très orienté business, Acha Leke est néanmoins fidèle en amitié, comme le prouve la présence d’un autre de ses amis d’enfance parmi ses intimes, le Camerounais James Kuate, gestionnaire de fonds à Paris.

Fidèle aux ex-McKinsey

Malgré deux décennies passées en Afrique au sein du groupe américain, Acha Leke n’y entretient pas véritablement de relations amicales en dehors de celle qui le lie à Saf Yeboah-Amankwah, l’ex-patron du bureau sud-africain de McKinsey. Après plusieurs années passées à Johannesburg, ce dernier est rentré en 2018 à Washington.

L’influent consultant a en revanche conservé dans son réseau plusieurs ex-collègues, à commencer par son mentor, l’ancien ministre ivoirien Tidjane Thiam, désigné par l’UA, après son départ de Crédit Suisse, envoyé spécial dans le cadre de la crise du Covid-19.

Il est également proche du Marocain Ismail Douiri, numéro deux d’Attijariwafa Bank, et de l’Éthiopien Tenbite Ermias, passé lui aussi par Stanford, qui dirige maintenant entre Londres et Nairobi les activités africaines de l’institution britannique CDC Group. C’est Acha Leke qui l’avait poussé à rejoindre McKinsey alors qu’il travaillait pour un rival, le Boston Consulting Group.

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