Politique

Gabon : Laure Gondjout rebondit en Côte d’Ivoire

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Laure Olga Gondjout, l’ancienne secrétaire générale de la présidence gabonaise, le 20 décembre 2012 à Libreville.

Laure Olga Gondjout, l’ancienne secrétaire générale de la présidence gabonaise, le 20 décembre 2012 à Libreville. © Desirey Minkoh/Afrikimages

Membre de l’une des familles les plus emblématiques du Gabon, l’ancienne ministre Laure Olga Gondjout a été naturalisée ivoirienne. La voici désormais reconvertie dans le conseil.

Sitôt connue, la nouvelle a suscité l’émoi à Libreville. Ancienne secrétaire particulière d’Omar Bongo Ondimba et membre de l’une des familles les plus emblématiques du Gabon, Laure Olga Gondjout, 66 ans, a été naturalisée ivoirienne. Le décret a été signé le 28 février dernier par le président Alassane Ouattara, mais les extraits du Journal officiel le mentionnant n’avaient jusqu’à présent pas attiré l’attention.

Installée en Côte d’Ivoire depuis septembre 2018, Laure Gondjout a donc pris la nationalité de son pays d’accueil, où elle s’est reconvertie dans le conseil aux entreprises et aux particuliers. Le même décret stipule que son fils, Talyane Chalobah Gondjout, et son frère cadet, Vincent de Paul Gondjout, un ancien député du parti au pouvoir qui avait démissionné de l’Assemblée nationale pour fonder le Rassemblement Héritage et Modernité aux côtés d’Alexandre Barro Chambrier, sont eux aussi naturalisés ivoiriens.

« Je n’ai commis aucun crime »

Au Gabon, pays au nationalisme ombrageux, la nouvelle n’a pas tardé à faire réagir. Laure Gondjout n’a-t-elle pas été plusieurs fois ministre (y compris des Affaires étrangères à la suite de Jean Ping, quand celui-ci a été porté à la tête de la Commission de l’Union africaine en 2008) et même secrétaire générale de la Présidence ? Son père lui-même, Paul Indjendjet Gondjout, ne fut-il pas le premier président de l’Assemblée nationale, entre 1959 et 1960, et l’un des fondateurs de la République gabonaise ? « Je n’ai commis aucun crime », se défend l’intéressée, rappelant que la binationalité est légale au Gabon.

Que s’est-il passé pour que cette ancienne proche collaboratrice d’Omar Bongo Ondimba puis de son fils, Ali, finisse ainsi par quitter la vie publique gabonaise ? L’un de ses proches raconte : le 16 août 2013, alors que les élections municipales de décembre approchent, Ali Bongo Ondimba lui propose de succéder à Jean-François Ntoutoume Emane à la tête de la mairie de Libreville.

Plusieurs collaborateurs du chef de l’État assistent à la scène et font la moue, mais Laure Gondjout accepte et conduit une liste du Parti démocratique gabonais (PDG) dans le 3e arrondissement de Libreville. « Sa liste ne remportera que 10 sièges sur 29. Le jour même de l’élection, le 14 décembre, nous apprenions que certains collaborateurs du président avaient tout fait pour que nous soyons battus, assure la même source. Un officier de l’armée nous a même prévenus du fait que les militaires inscrits dans notre circonscription avaient eu pour consigne de voter contre nous. »

Le couperet tombe, et c’est Christiane Ossouka Raponda, deuxième sur la liste, qui prend la mairie de Libreville. Il ne reste plus à Laure Gondjout qu’à faire ses cartons à la présidence. Elle prend sa retraite administrative et est recasée, en janvier 2014, comme médiatrice de la République. Maigre consolation pour cette femme ambitieuse.

En 2017, en pleine crise postélectorale, elle est invitée à participer au dialogue politique d’Angondje. Elle profite d’une relative liberté de parole pour plaider en faveur d’une concertation élargie aux couches populaires. Ses détracteurs apprécient peu, mais c’est finalement en janvier 2019, alors qu’elle a emménagé à Abidjan depuis déjà cinq mois, qu’il est mis fin à ses fonctions.

Cabinet de consulting

En Côte d’Ivoire, Laure Gondjout a créé un cabinet de consulting. Cette traductrice trilingue y rentabilise l’impressionnant carnet d’adresses qu’elle a constitué au cours des vingt-cinq années passées aux côtés d’Omar Bongo Ondimba. La vie politique gabonaise ? « Tout cela fait partie du passé, affirme son entourage. Elle s’épanouit désormais dans sa nouvelle vie, avec le soutien de son grand frère, Alassane Ouattara. »

La dernière fois qu’elle a vu Ali Bongo Ondimba, c’était le 21 août 2018, lors d’une réception donnée pour la fête de la Tabaski. Tout le monde lui déconseillait d’approcher le président, que certains disaient contrarié. Elle y est quand même allée. « Ils ont échangé en toute convivialité pendant dix minutes. » Une manière de dire qu’aucun conflit de personnes n’explique qu’elle ait fini par rebondir en Côte d’Ivoire.

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