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Cet article est issu du dossier «Finance - Les sentinelles du Trésor des Africains»

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Politique économique

À la BCEAO, une méthode (sans discours) nommée Tiémoko Koné

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Mis à jour le 09 juin 2020 à 11h31
Après trente ans au sein de l’institution, l'Ivoirien Tiémoko Meyliet Koné est devenu gouverneur de la BCEAO en 2011.

Après trente ans au sein de l’institution, l'Ivoirien Tiémoko Meyliet Koné est devenu gouverneur de la BCEAO en 2011. © Clément Tardif

Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) place son mandat au « service des économies ». Insensible aux polémiques…

Pour le gouverneur de la BCEAO, c’est la bonne tenue de la monnaie commune aux huit pays de l’Uemoa qui permet à l’Union de traverser les crises et contribue in fine à ses bonnes performances économiques. Pur produit de la banque centrale qu’il intègre en 1975, il est de nouveau en première ligne pour aider les États à surmonter l’impact financier ravageur de l’épidémie de Covid-19 sur les pays.

« La BCEAO a lancé une fenêtre de refinancement à 3 mois « Covid-19 T-Bills » qui permet à chaque pays de l’Uemoa d’émettre un nombre limité de bons du Trésor spéciaux à 3 mois que les banques pourront utiliser en garantie pour obtenir un refinancement à 3 mois de la BCEAO à un taux fixe de 2,5% », décrypte un économiste ouest-africain. Ces bons du Trésor Covid-19 sont émis à un rendement de 3,5% pour tous les pays.

S’il a décentralisé les centres de décision, il est le dernier rempart de l’institution.

« Nos États ont besoin de renforts face au Covid. Et le gouverneur a répondu en ajustant les outils pour permettre à nos pays de respirer », explique notre source.

Austère et réservé

Personnage austère et réservé qui prend sa fonction comme un sacerdoce, selon les mots d’un fin connaisseur de l’institution, Tiémoko Meyliet Koné s’est toujours inscrit dans la continuité des devanciers tout en adaptant les choix à l’évolution du contexte. Grand ami du gouverneur Abdellatif Jouahri du Maroc, les deux hommes s’invitent mutuellement.

« Il est moins bavard que les précédents gouverneurs comme Charles Konan Banny, travaille pour ses employeurs (chefs d’État) dont il est le plus proche. S’il a décentralisé les centres de décision, il est le dernier rempart de l’institution », glisse sous couvert de l’anonymat un banquier.

Ancien directeur de cabinet de Guillaume Soro, alors Premier ministre, le gouverneur Koné a aussi un passé politique. Ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat , il devient brièvement le conseiller spécial, de décembre 2010 à mai 2011, du président ivoirien Alassane Ouattara, chargé des questions économiques et financières avant de prendre les commandes de l’institution monétaire ouest-africaine.

« C’est un pur technocrate issu de l’école du président Ouattara. Son parcours au sein de la banque centrale (ancien contrôleur général de la BCEAO, conseiller du gouverneur, directeur national de la BCEAO en Côte d’Ivoire, directeur du patrimoine etc) lui permet de maîtriser les questions économiques et financières. Je sentais sa grande maîtrise et sa culture actualisée lors des réunions et sur les dossiers qu’il étudie minutieusement », explique un ancien cadre de la Banque centrale évoquant un personnage austère et généreux.

On lui reconnaît également d’avoir découragé les recours massifs aux capitaux de la banque centrale, préservant ainsi ses avoirs extérieurs. « C’est un gouverneur au service de l’Union », confie un proche.

Bien évidemment, en la matière, il n’occulte pas de mettre en avant les performances économiques actuelles de l’Uemoa, qui, contrairement à celles de la zone jumelle d’Afrique centrale, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), sont plutôt bonnes. L’Union voit son PIB augmenter de 7 % en 2016, ce qui représente la plus forte progression de toute l’Afrique, après avoir enregistré entre 2012 et 2015 un taux de croissance de 6,5 % en moyenne.


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Umoa-titres : 12 000 milliards de F CFA mobilisés pour les États

Seul bémol : avoir relevé en novembre 2016 le taux du guichet marginal d’un point à 4,5%. «Le gouverneur voulait animer l’interbancaire mais la mayonnaise n’a pas pris et jusqu’à 30% du système interbancaire n’est pas utilisé », constate un spécialiste du système financier ouest-africain.

L’objectif, c’est de poser des actes qui servent nos États.

Qu’à cela ne tienne, le gouverneur de la BCEAO rappelle que c’est avec cette même monnaie, aujourd’hui décriée, que les économies de la zone réalisent ces performances.

«Mon objectif, c’est d’apporter une contribution significative aux politiques ambitieuses engagées par les États pour accélérer la croissance et atteindre leurs objectifs d’émergence économique », expliquait-il fin 2016 à JA, dans l’une des rares interviews accordées par le dirigeant ivoirien.

Face aux critiques, souvent acerbes, contre le franc CFA, la monnaie utilisée par ses huit pays membres, il a tenu le cap, rappelant sans cesse à ses collaborateurs sceptiques que « l’objectif, c’est de poser des actes qui servent nos États ».

Trouvant naturelles les critiques, le gouverneur décrit par ses proches comme un bourreau de travail n’hésite pourtant pas à innover. Alors que l’Union devait lancer l’eco, le gouverneur a su se comporter en capitaine de vaisseau pour motiver ses collaborateurs en orientant la voile selon le vent. L’une de ses grandes réussites est d’avoir lancé l’agence Umoa-titres qui a permis jusqu’ici de mobiliser plus de 12 000 milliards de F CFA pour les États.

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