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Le Marocain Youssouf Amine Elalamy reçoit le prix Orange du livre en Afrique

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Mis à jour le 08 juin 2020 à 09h25
L'écrivain et artiste marocain Youssouf Amine Elalamy chez lui à Rabat.

L'écrivain et artiste marocain Youssouf Amine Elalamy chez lui à Rabat. © Alexandre MARCHI

Le prix Orange du livre en Afrique, deuxième édition, a couronné le roman « C’est beau, la guerre », de Youssouf Amine Elalamy. Dans son douzième livre, l’écrivain marocain rend hommage aux réfugiés.

« C’est un livre qui parle au cœur et à la raison », confie Véronique Tadjo. L’écrivaine ivoirienne est présidente du jury du prix Orange du livre en Afrique, qui a récompensé cette année, pour sa deuxième édition, C’est beau, la guerre, de Youssouf Amine Elalamy.

« Le jury a été impressionné par le style de l’auteur. Une très belle écriture, poursuit-elle. Nous sommes transportés dans un conflit qui ressemble à beaucoup d’autres dans sa cruauté et son absurdité. Et ce livre est aussi un hommage aux réfugiés du monde entier et à la résilience des survivants. »

Le douzième livre de l’écrivain marocain, né en 1961 à Larache, décrit l’exil forcé d’un comédien de théâtre fuyant une guerre civile interminable. Le régime dirigé par un docteur sanguinaire mate sans distinction la rébellion et la population civile, avec une brutalité inouïe.

Puissance du récit

Dans cette nuit sans fin perce la magie de quelques instants, des beautés fugaces, aussitôt écrasées, saccagées. Ce va-et-vient entre la beauté du monde, les horreurs de la guerre, la force des survivants, l’absurdité des existences soumises aux caprices du destin rythme le roman et lui confère son titre paradoxal.

En exergue, Youssouf Amine Elalamy cite l’écrivaine et journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch : « Aussi cruel que cela puisse paraître, la souffrance humaine est particulièrement artistique. » Le parti pris est illustré par la situation lunaire et désespérée du narrateur. Au moment de quitter sa maison, il emporte avec lui une poule, car « quand on n’a plus personne, une poule c’est la famille. »

Nous ne pouvions rien lire sur les visages. Par pudeur, le noir était venu voiler la détresse de chacun. »

L’auteur excelle aussi bien lorsqu’il décrit la galerie des compagnons d’infortune du comédien que lorsqu’il dépeint des scènes, dans un style incisif. Quand il raconte, par exemple, le voyage en bateau : « La nuit était tombée et nous ne pouvions rien lire sur les visages. Par pudeur, le noir était venu voiler la détresse de chacun. » Beaucoup est dit avec cette économie de mots qui n’enlève rien à la puissance du récit.

Associer la beauté et la guerre était un pari osé. Il est tenu tout au long des quatre parties du roman : l’exil forcé dans le fracas des bombes, le voyage en bateau avec la peur au ventre, le débarquement sur une plage touristique sous le regard des curieux, puis la vie dans un camp avec ses embardées dans des mondes recréés.

Deux maisons d’édition

L’audace domine jusqu’à la fin, ô combien surprenante. Une audace qui a plu au jury du prix Orange, composé des Camerounais Djaïli Amadou Amal (lauréate 2019) et Eugène Ebodé, des Français Yvan Amar, Kidi Bebey, Valérie Marin La Meslée et Nicolas Michel, de l’Algérien Yahia Belaskri, du Congolais Gabriel Okoundji et de la Sénégalaise Mariama Ndoye. « Ce livre s’est imposé tout de suite », affirme Véronique Tadjo, avant d’ajouter : « Mais il y avait des concurrents. »

Au départ, 38 romans étaient en lice, proposés par 28 maisons d’édition de 14 pays différents. Une sélection « assez équilibrée », qui, selon la présidente du jury, « montre que les éditeurs produisent des livres qui sont à la fois ancrés dans le continent africain et conscients de l’extérieur ».

Et, au-delà de ses qualités littéraires, l’éligibilité du livre de Youssouf Amine Elalamy à cette récompense a fait débat. En effet, comme l’indique la fondation, le prix Orange du livre en Afrique a pour objectif « d’accompagner la diffusion du titre lauréat, et le faire connaître à un public le plus large possible, en le rendant plus visible et accessible dans son pays d’édition d’origine mais aussi sur tout le continent africain, ainsi qu’au sein d’un maximum de pays à travers le monde », rappelle Véronique Tadjo. Or C’est beau, la guerre est déjà paru à la fois aux éditions Le Fennec, au Maroc, et aux éditions Au Diable Vauvert, en France.

Youssouf Amine Elalamy recevra une dotation de 10 000 euros et bénéficiera d’une campagne de promotion de son ouvrage.

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