Société

Mali : « Le risque d’année blanche est réel », malgré la réouverture des classes

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Des écolières à Gao, au Mali. (Image d'illustration)

Des écolières à Gao, au Mali. (Image d'illustration) © Jerome Delay/AP/SIPA

La reprise partielle des cours dans les écoles, collèges et lycées a été perturbée par le boycott d’une partie des enseignants, qui réclament une revalorisation de leurs salaires. Ce qui fragilise encore le secteur de l’éducation, déjà confronté aux crises sécuritaire et sanitaire.

Les élèves en classes d’examen au primaire et au secondaire ont repris le chemin de l’école, mardi, après plusieurs semaines de fermeture. Mi-mars, les autorités avaient décrété la fermeture des classes afin de limiter la propagation de l’épidémie de Covid-19.

« Pour la reprise des cours, nous avons pris certaines mesures afin de respecter les gestes barrière. Certaines classes ont été désinfectées par la protection civile. Nous avons également disposé des kits de lavage des mains à l’entrée des salles qui doivent accueillir au maximum 25 élèves. Tous les enseignants et élèves ont été dotés de masques », assure Kinane Ag Gadeda, secrétaire général du ministère de l’Éducation et de l’Alphabétisation. Et avant que les élèves ne fassent leur retour, « nous avons mis en place un processus d’enseignement à distance, à la télé et à la radio et des comités pédagogiques ont proposé des contenus par discipline, en mettant l’accent sur les connaissances nécessaires pour les examens ».

Bras de fer avec le ministère

Cependant, sur le terrain, et malgré ces dispositions, de nombreuses classes sont restées fermées dans les écoles publiques. La raison ? Le bras de fer qui oppose le gouvernement à des syndicats d’enseignants depuis fin 2019. Ces derniers réclament l’application d’une loi votée en 2018 portant notamment sur les règles du recrutement, de l’avancement et de la rémunération des enseignants. Plusieurs tentatives de négociations ont échoué, le gouvernement arguant en particulier du manque des moyens financiers nécessaires à l’application de ces textes.

« Nous demandons uniquement à l’État d’appliquer les articles d’une loi. Quant aux moyens, ils se créent. C’est le devoir du gouvernement de fournir les moyens nécessaires, surtout lorsqu’il s’agit de l’école », insiste Adama Fomba, porte-parole d’une coalition de syndicats de l’Éducation nationale. Pour le syndicaliste, la décision de reprendre les cours a été prise « sans concertation avec les organisations des enseignants, alors que nous sommes dans un contexte de propagation exponentielle du Covid-19. De plus cette reprise est discriminatoire car tous les niveaux ne sont pas concernés ».

« Le risque d’année blanche est réel », met-il en garde. De fait, alors que les écoles privées affichent un taux d’environ 70% d’exécution du programme, celles du public n’ene sont qu’à environ 35%, selon une source au sein du ministère de l’Éducation. Mi-janvier, des élèves et parents d’élèves avaient d’ailleurs manifesté, à Bamako et dans plusieurs autres villes du pays, pour dénoncer les blocages provoqués par le bras de fer entre les syndicats et leur ministère de tutelle.

« Cri du cœur »

Dans un communiqué publié lundi, le ministre de l’Éducation, Mahamadou Famanta, a lancé « un cri du cœur à l’ensemble des enseignants », les invitant à « accepter les nouvelles propositions du gouvernement (…) et à revendiquer au besoin en étant en classe ». Le communiqué détaillait également un chronogramme prévoyant que la période allant du 2 juin au 31 juillet soit mise à profit pour exécuter un programme d’enseignement condensé et destiné aux élèves candidats aux examens. Quant à la réouverture complète des établissements scolaires, y compris, donc, les classes qui ne sont pas d’examen, le ministère prévoit de la fixer au 1er septembre prochain.

« Les discussions sont toujours en cours pour trouver un terrain d’entente. Si tous les enseignants sont disponibles, il est possible d’exécuter les programmes et d’organiser les examens », assure, optimiste, Kinane Ag Gadeda. Même si un accord est enfin trouvé entre le gouvernement et les syndicats, tous les élèves du pays ne pourront cependant pas retrouver le chemin de l’école. Car au delà de l’aspect sanitaire et du conflit social, l’école malienne paye également le prix de la crise sécuritaire.

 

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