Santé

Dans l’ombre du Covid-19, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient

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Mis à jour le 15 juin 2020 à 11h00
Un employé indien dans une ferme d’Arabie saoudite près de Riyad. Le gouvernement a demandé que soit porté un masque en présence de ces animaux pour éviter de répandre le Mers.

Un employé indien dans une ferme d’Arabie saoudite près de Riyad. Le gouvernement a demandé que soit porté un masque en présence de ces animaux pour éviter de répandre le Mers. © FAYEZ NURELDINE/AFP

Moins contagieux mais beaucoup plus dangereux que le Covid-19, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers-CoV) sévit principalement dans la péninsule arabique.

Il n’y a pas que le Covid-19 qui menace les vies humaines. Un autre coronavirus, le Mers-CoV, a contaminé 2 553 personnes dans 27 pays et provoqué la mort de 876 de ces malades entre 2012 et le 31 mars 2020, selon le bulletin d’information sur les flambées épidémiques publié le 5 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ses caractéristiques : il est peu contagieux, très dangereux, transmis par le dromadaire et principalement localisé dans la péninsule arabique.

En 2012, intrigué par l’absence d’efficacité d’un traitement antibiotique sur les graves symptômes respiratoires de certains de ses patients, un médecin égyptien travaillant dans un hôpital saoudien avait envoyé un échantillon de prélèvement dans un laboratoire de Rotterdam. Celui-ci avait alors identifié un coronavirus baptisé « syndrome respiratoire du Moyen-Orient » (Mers) et classé dans la catégorie des « syndromes respiratoires aigus sévères » (Sras).

Le 18 février 2020, une note de l’OMS fait état d’un Qatari de 65 ans dont le cas est typique de cette maladie. « Le 9 février, il a été pris d’accès de toux, de palpitations, de vertiges, de frissons et de rigidité, y lit-on. Un prélèvement rhinopharyngé a été réalisé le 17 février […] et a donné le même jour un résultat positif pour le Mers-CoV […]. Le patient présentait des co-morbidités sous-jacentes, notamment un diabète, de l’hypertension artérielle, une obésité et une coronaropathie. Il est dans un état critique. Ce patient a des antécédents de contacts rapprochés avec des dromadaires au cours des quatorze jours qui ont précédé l’apparition des symptômes. »

Le tableau ressemble beaucoup à celui du Covid-19 : mêmes facteurs aggravants (âge, diabète, obésité, insuffisance rénale, pneumopathie, immuno-dépression) et mêmes atteintes au système respiratoire. Sans oublier la source animale commune : les chercheurs pensent que des chauves-souris en sont à l’origine et qu’il a été transmis à l’homme par l’intermédiaire d’un animal « réservoir ».

Moins contagieux mais plus dangereux

Mais le Mers n’est pas le Covid. Première différence, il est essentiellement présent en Arabie saoudite (80 % des cas) et au Moyen-Orient. Les cas recensés aux États-Unis, au Maroc ou en France sont le résultat de déplacements.

Deuxièmement, ce virus est peu contagieux. « Si l’on regarde la courbe épidémique du Mers, on voit qu’elle monte de façon linéaire et qu’elle n’est pas explosive comme celle du Covid-19, explique Bruno Canard, directeur de recherche en virologie au CNRS. Il est probable que le Mers soit présent au Moyen-Orient depuis très longtemps. Les caractéristiques de sa protéine le rendent moins transmissible. »

En revanche, ce virus est beaucoup plus dangereux que le Covid-19. « Son taux de létalité [nombre de morts rapporté au nombre de malades recensés] est très élevé, de l’ordre de 35 %, alors que le taux de létalité du Covid-19 devrait se situer entre 0,3 % et 0,5 % », poursuit Bruno Canard.

Dernière différence, l’animal « réservoir » du Mers est le dromadaire, qui aurait été contaminé par la chauve-souris il y a très longtemps. Les cinq lignées de Mers mises en évidence chez le dromadaire par le séquençage génétique ont toutes provoqué des infections humaines, depuis le rhume banal jusqu’à la crise respiratoire aiguë, ce qui laisse à penser que la barrière inter-espèces est faible dans son cas.

Éviter de boire de l’urine de camélidé

Aucun vaccin n’existant à ce jour contre le Mers, l’OMS préconise à titre préventif de se laver les mains fréquemment après avoir touché des dromadaires – que devraient éviter de fréquenter les personnes à risques – et de « respecter les règles d’hygiène alimentaire, en évitant de boire du lait cru de chamelle ou de l’urine de dromadaire et de consommer de la viande mal cuite ».

Dans le monde arabo-musulman, on attribue en effet de grandes vertus thérapeutiques à l’urine de ces camélidés. Selon le hadith 7:590 rapporté par Al-Boukhari et Mouslim, « le Prophète leur ordonna de suivre ses chameaux et de boire leur lait et leur urine ». Les destinataires de cette injonction auraient été déclarés guéris.

Hormis des mesures prophylactiques renforcées en milieu hospitalier pour éviter la contamination des personnels de santé, l’OMS ne prescrit pas d’autres actions préventives, ni limitation des voyages ni confinement.

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